Agence de l’eau : un manque évalué à 345 millions de mètres cubes

Publié le 31 août 2021

Après plusieurs années marquées par de graves sécheresses, les situations de crise sont fréquentes. Pour prévenir les conflits d’usage et éviter de dégrader l’état des rivières et des nappes, le principe qui prévaut aujourd’hui est de gérer collectiv

À l’occasion de sa journée d’échanges sur le partage de l’eau, organisée fin juin à Montpellier, l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse a réuni plus de 200 participants représentant les collectivités, le monde agricole et le monde économique. Objectifs ? Faire le point sur la disponibilité en eau dans le sud du bassin Rhône-Méditerranée et sur les stratégies adoptées pour gérer collectivement une ressource en tension.

En Provence-Alpes-Côte d’Azur en 2020, 21 bassins-versants et nappes souterraines ont été en déficit d’eau, et cinq départements sur les six de la région ont pris des arrêtés sécheresse. C’est le constat fait fin juin, à l’occasion de la journée d’échanges sur le partage de l’eau, organisée par l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse. Des Plans de gestion de la ressource en eau (PGRE) sont très largement engagés, en concertation avec tous les usagers.

Dans le détail, les études révèlent un manque d’environ 35 millions de m3 (Mm3), pour satisfaire l’ensemble des usages sur ces territoires, et laisser un débit suffisant dans les rivières, pour préserver la qualité de l’eau et la vie biologique. L’autre constat est que la ressource en eau est relativement abondante en Provence-Alpes-Côte d’Azur, mais très inégalement répartie. Les deux tiers proviennent du système Durance-Verdon, qui fournit les secteurs moins dotés, comme le littoral (Marseille, Toulon), grâce aux grands aménagements hydrauliques, tel que le canal de Provence. Mais ils ne peuvent suffire à satisfaire en permanence l’ensemble des besoins.

En cas d’inaction, avec le dérèglement climatique et la croissance démographique – d’ici 2030, une augmentation de la population de 500 000 à 600 000 habitants est prévue, source Insee –, les situations de crise vont se multiplier. À l’horizon 2050-2070, le débit moyen des principales rivières de France devrait diminuer d’au moins 10 à 40 %.


Gérer collectivement une ressource toujours plus rare

Après plusieurs années marquées par de graves sécheresses, les situations de crise sont fréquentes. Pour prévenir les conflits d’usage et éviter de dégrader l’état des rivières et des nappes, le principe qui prévaut aujourd’hui est de gérer collectivement la ressource en eau. La stratégie et les mesures à prendre sont connues, et déjà engagées dans des Plans de gestion de la ressource en eau (PGRE), qui deviennent progressivement des Projets de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE), en application des décisions nationales prises dans le cadre des Assises de l’eau.

Construits en concertation entre l’ensemble des usagers du territoire, ces projets de territoire visent à garantir un partage équilibré entre les besoins des différents usages (eau potable, irrigation, industrie...), tout en laissant un volume d’eau suffisant dans les rivières et les nappes, pour leur bon fonctionnement et leur bon équilibre. Des règles de partage de l’eau sont définies, avec une répartition par usage et type d’usagers, et un programme d’actions mis en place. Le territoire régional compte désormais 19 plans de gestion de la ressource en eau, déjà adoptés, ou en cours d’adoption, sur les 21 à élaborer. Cela représente un gain potentiel de 35 Mm3 d’eau économisés ou substitués. La dynamique est donc engagée, mais il reste essentiel de pouvoir rendre compte de la mise en œuvre effective des plans d’actions définis, de constater leur efficacité, et de développer une vision prospective de l’évolution de la ressource et des besoins, dans le contexte du changement climatique.


Accompagner les territoires

Au cours des dix dernières années, les économies d’eau dans le bassin Rhône-Méditerranée ont permis d’économiser 347 Mm3/an – soit 35 % des prélèvements annuels pour l’eau potable sur la région Paca – en particulier grâce à des travaux sur les réseaux d’eau potable et sur les canaux d’irrigation agricole.

Les équipements de substitution des prélèvements (retenues de stockage ou équipements de transfert d’eau) ont également fortement progressé. Depuis 2015, l’Agence de l’eau a financé 55 ouvrages de substitution en lien avec les PGRE, dont 34 pour des usages agricoles. Ils ont permis de substituer 52 Mm3 d’eau pour 192 millions d’euros (M€) de travaux.

L’enjeu est maintenant de desserrer collectivement les tensions et d’identifier les marges de manœuvre pour un partage équilibré de la ressource, dans le respect du bon fonctionnement des milieux aquatiques“, indique Laurent Roy, directeur général de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse. “Les projets de territoires et les plans de gestion de la ressource sont une première étape incontournable et structurante, même si leur mise en œuvre peut être complexe. J’invite tous les acteurs des territoires à garder le cap des ambitions et des actions définies dans ces plans de gestion.“ 

Source : Agence de l’eau RMC

 

Bouches-du-Rhône : une modélisation de la nappe de la Crau pour un usage futur pérenne

La nappe de la Crau fait l’objet de nombreux prélèvements, notamment pour l’alimentation en eau potable, les industries et les cultures. Sa recharge est fortement soutenue par l’irrigation des prairies de foin de Crau, dont l’eau provient de la Durance. Aujourd’hui, l’augmentation des besoins et la réduction de la disponibilité en eau, liées au changement climatique, imposent d’optimiser ce transfert d’eau. Depuis 2016, le Syndicat mixte de la Crau a engagé une démarche de modélisation qui vise à identifier les incidences d’une réduction de la recharge sur l’équilibre de la nappe et à connaître les marges de manœuvre possibles, en intégrant des données sur la hausse des températures et le développement urbain. Cette étude débouche sur quatre stratégies possibles, de l’inaction au partage des efforts. Dans le cadre du Schéma d’aménagement et de gestion des eaux (Sage) en émergence sur la Crau, les élus devront décider de l’opportunité de se doter d’un projet de territoire pour la gestion de l’eau.


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