Amande bio : les solutions techniques en vue

Publié le 28 septembre 2021

Deux vergers expérimentaux d’amandiers ont été plantés au printemps, sur 1,8 hectare, à Saint- Rémy-de-Provence (© J. Dukmedjian).

Si la culture de l’amandier se développe en région Paca, sa production en bio reste en revanche limitée. La faute à un manque de réponses adaptées contre les ravageurs et les maladies. Le projet ‘Elzéard’ ambitionne de lever ce frein, avec la mise au point de solutions techniques pour viabiliser cette culture en bio.

Massivement représentée dans les Alpilles jusque dans l’entre-deux guerre, au siècle dernier, la culture de l’amandier avait, depuis, brutalement décliné, jusqu’à 2018 et le Plan de relance initié par la Chambre régionale d’agriculture et des industriels, notamment. Leurs efforts conjugués ont porté leurs fruits : création d’une interprofession (France Amande), replantations massives de vergers... Mais la culture en agriculture bio restait à la traîne de cette dynamique, en dépit d’une forte demande des consommateurs et des transformateurs.

Les raisons du manque d’enthousiasme des arboriculteurs bio à replanter des amandiers tenaient jusqu’à présent au peu de solutions techniques à leur disposition pour lutter contre les ravageurs, et en particulier Eurytoma amygdali, la guêpe de l’amandier. Cet insecte – dont la particularité est de pondre ses œufs dans les jeunes amandes – peut en effet entraîner des dommages très importants : jusqu’à 80 % de perte de récolte. Le projet ‘Elzéard’, porté par plusieurs acteurs engagés dans la filière ‘amande’1, pourrait changer la donne dans les années à venir. Présenté jeudi dernier à Mas-Blanc-des-Alpilles par des représentants de ces différents acteurs, et en présence d’Olivier Belorgey, le président de France Amande, ‘Elzéard’ s’appuie sur quatre grands axes de recherche : agronomique, environnemental, nutritionnel, territorial et social.

Les objectifs sont en effet “multiples et complémentaires“, comme l’ont expliqué les différents intervenants, lors de cette présentation : apporter des solutions techniques pour lutter contre la mouche de l’amandier et les maladies fongiques, “proposer un modèle systémique de culture durable et rentable“ (quels sont les apports de fertilisation et hydrique optimaux ?) et, enfin, créer un écosystème autour de l’amande sur le territoire de Communauté de communes Vallée des Baux-Alpilles.

L’essor de la filière bio à l’arrêt

Le projet ‘Elzéard’ s’est déjà concrétisé en début d’année via deux réalisations principales. Il s’agit, d’une part, de la coordination d’un réseau de vergers français sur lesquels seront expérimentés plusieurs leviers agroécologiques (alternatives aux insecticides chimiques, agroforesterie et plantes de service, notamment), “selon une approche participative avec les producteurs associés“, précise le Groupe de recherche en agriculture biologique (Grab). D’autre part, deux vergers pilotes ont vu le jour en mars 2021, avec la plantation de 710 amandiers issus de différentes variétés (Ferragnès, Lauranne et Ferrastar) sur des parcelles (1,8 hectare) appartenant à l’oléicultrice bio Agnès Benoît, à Saint-Rémy-de-Provence. Le premier est conduit en agriculture biologique traditionnelle et utilise les techniques connues à ce jour. Le second, de “type innovant“, se caractérise par des plantations d’amandiers en haute densité, protégées par des filets anti-insectes. Ces deux vergers feront l’objet d’un diagnostic agroenvironnemental, afin d’en évaluer l’empreinte écologique, mais aussi d’une analyse globale de leurs performances et d’une étude nutritionnelle des amandes issues des variétés plantées. Dès 2024, un 3e verger, dit de “2e génération“, sera planté. Il sera composé d’amandiers issus de choix variétaux innovants. Les solutions scientifiques trouvées seront par ailleurs disponibles en “open source“, afin de “nourrir la recherche et partager les connaissances“.

La piste du piégeage massif

D’ici là, deux pistes prioritaires de lutte contre Eurytoma amygdali, le principal frein à la culture de l’amandier en bio, sont envisagées : celle des kairomones, afin de provoquer une confusion sexuelle chez les insectes ; et celle des auxiliaires de cultures. Comme l’a expliqué Jean-Michel Montagnon, conseiller en amandiculture au sein de la Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône, la première piste implique “d’identifier le bouquet susceptible de modifier le comportement de l’insecte, le reproduire et l’utiliser via des piégeages“. Deux équipes de recherche de l’Inrae (Versailles et Avignon) y travaillent actuellement. La seconde piste de recherches consisterait à implanter des bandes fleuries dans les vergers, pour encourager la présence des auxiliaires. À plus long terme, des recherches pourraient être menées pour identifier des variétés résistantes aux maladies et à plus fort rendement.

Il faut dire que l’enjeu est de taille pour la filière de l’amande bio : les vergers AB ou en conversion représentent pour l’heure moins de 10 % des surfaces de Paca. Sans solutions techniques de lutte contre Eurytoma amygdali, ce chiffre ne devrait pas significativement augmenter, alors même que la demande est évaluée à 1 000 tonnes/an. Un chiffre à mettre en perspective avec celui de la production actuelle française qui n’est que 100 tonnes/an. 

 Julien Dukmedjian

(1) La Communauté de communes Vallée des Baux-Alpilles, la Chambre d’agriculture 13, le Groupe de recherche en agriculture biologique et la Fondation Ecotone.


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