Anticiper les risques de vol

Publié le 10 décembre 2019

Ces derniers mois, l’actualité a été marquée par des vols de quantités importantes de produits finis, ou de matières premières, à haute valeur ajoutée : vin, huile essentielle ou huile d’olive en tête. Ces délits sont le fait de réseaux internationaux particulièrement bien structurés, face auxquels une stratégie préventive doit être mise en place. La gendarmerie a d’ailleurs formé des référents ‘sûreté’ qui sont là pour épauler les entreprises agricoles.

 

35 000 hectolitres de vins à Clermont-l’Hérault (34) en mai 2018 ; 35 000 litres d’huile d’olive à Tulette (26) en janvier 2019 ; et, en septembre dernier, 40 000 litres d’huile essentielle de lavande dans les Baronnies provençales. Les malfrats ne reculent devant rien, y compris le vol de quantités importantes de produits finis ou de matière première à haute valeur ajoutée. “La menace est de plus en plus prégnante et nécessite aujourd’hui d’impératifs changements dans la chaîne de prévention des entreprises agricoles, moulins, caves et distilleries en particulier”, explique Robert Kaufling, chef de bureau renseignement de la division des opérations de la région de gendarmerie Auvergne-Rhône-Alpes1.

Ces trafics mettent en jeu un banditisme transfrontalier de plus en plus structuré, avec des réseaux internationaux qui profitent des différences de prix importantes entre les pays producteurs : “Par exemple, sur l’huile d’olive, le prix varie de 3 €/litre en Espagne, 6 € en Italie et jusqu’à 20 €, voire plus en France, en fonction des signes de qualité”, note le commandant de gendarmerie. Et le procédé est rodé : “Sur l’huile d’olive toujours, ces réseaux internationaux mélangent de l’huile volée et de l’huile légale, et revendent au meilleur prix.”

Des constances

Néanmoins, ces vols de quantités importantes réalisés ces derniers mois ont des facteurs constants : les équipes sont structurées, préparées, “et il ne s’agit pas là de délinquance de bas spectre, mais bien de réseaux de grand banditisme”. Et, généralement, la préparation est fine et minutieuse : “Il est vital que vous préveniez vos équipes au moindre comportement suspect, car ces vols sont préparés bien en amont, avec des essais pour évaluer votre réactivité.” Les repérages se font généralement plusieurs semaines à l’avance, d’où le conseil du gendarme : “Ne laissez pas entrez n’importe qui dans les endroits stratégiques ! Dans le cas du vol à Tulette, plusieurs venues leur ont permis de savoir où percer pour se retrouver juste au-dessus des cuves ! Attention donc aux visiteurs car, sans en être conscients, vous êtes un maillon de cette chaîne de prévention”, alerte Robert Kaufling.

Le premier indice à prendre en compte doit être le déclenchement intempestif et répété d’alarmes. “Soyez vigilants, ils vous observent et évaluent dans quel laps de temps vous réagissez. Une fois, deux fois, trois fois. Et la quatrième, vous ne venez pas, vous disant que l’alarme est encore défaillante. Et là, ils frappent, généralement le week-end, quand l’attention retombe.” Portails et autres clôtures ne les refroidissent pas, d’autant qu’ils s’appuient sur une logistique bien préparée qui passe inaperçue : “Quoi de plus naturel qu’un camion-citerne dans une cave coopérative, ou un moulin ? Cela n’alerte personne, et encore moins le voisinage, d’autant qu’ils sont, en général, équipés de fausses plaques”, souligne Robert Kaufling.

Bien sûr, il n’est pas question de se mettre à faire des patrouilles dans les caves et autres distilleries. “Mais soyez attentifs. Et sachez que la gendarmerie a mis en place des référents à qui vous pouvez transmettre vos doutes.” Un interlocuteur de la brigade d’intervention (voir encadré) est en effet dédié pour accompagner les structures qui en feraient la demande pour faire un état des lieux. “La prévention permet de dissuader le passage à l’acte. Elle détecte, le plus en amont possible, les actes suspects” et, pour cela, des outils tels que la vidéo-protection, ou la détection périphérique peuvent être utiles, à condition de respecter la réglementation en place. Enfin, n’hésitez pas à alerter la brigade locale (17). n

Céline Zambujo

 

(1) Il intervenait à l’occasion de la rencontre Techno’Huile, organisée par France Olive, en juin dernier, à Nîmes.


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