Arles : chez les Fejoz, des choix de diversification gagnants

Publié le 01 août 2022

Spécialisée dans l’élevage ovin et le Foin de Crau AOP, la famille Fejoz a créé, au fil des années, un écosystème vertueux basé sur la vente directe, la diversification vers des marchés de niche, et la transformation de produits de la ferme, synonymes de valeur ajoutée.

Chez les Fejoz, l’élevage ovin est une vocation qui se perpétue sur le temps long et en famille : associés depuis 2009 avec leur père Michel, au sein du Gaec ‘Mijeba’, Baptiste et Jérôme Fejoz représentent désormais la 4e génération aux commandes de l’exploitation. S’ils sont implantés depuis plusieurs décennies à Moulès, une commune d’Arles, le berceau familial se trouve en revanche en Savoie, précisément dans la vallée de la Maurienne. “Dans les années 50, l’arrière-grand-père cherchait des pâturages pour mener ses brebis en hiver, dans la région d’Arles”, raconte Julie, l’épouse de Jérôme Fejoz. “Il y a finalement acquis du foncier et la famille a fait souche, tout en gardant des attaches en Savoie…

Plus d’un demi-siècle plus tard, c’est désormais dans l’autre sens, vers la vallée de la Maurienne, que la transhumance des 400 brebis du Gaec s’effectue. Depuis mi-juin et jusqu’au 15 octobre environ, la quasi-totalité du cheptel est partie en estive vers les Alpes sous la conduite d’un berger, où les Fejoz possèdent toujours des terres et des cabanes d’alpages. En complément de l’élevage ovin, le Gaec ‘Mijeba’ exploite 40 hectares de prairies dédiées à la production de Foin de Crau AOP. Pour mener de front ces deux activités, chacun des deux frères s’est spécialisé : le volet élevage pour Jérôme, celui de la fenaison pour Baptiste. Une répartition des rôles “qui n’empêche pas la polyvalence”, relève Julie Fejoz. Elle-même prend en charge la vente directe de viande d’agneau et de produits transformés, au sein d’un point de vente dédié attenant à l’exploitation, ainsi que la commercialisation de foin en petit conditionnement, pour les animaux de compagnie.

Ce modèle économique est récent : adhérente de la coopérative ‘Agneau soleil’, la famille commercialisait jusqu’en 2010 les carcasses sous le signe de qualité Label Rouge ‘Agneau de Sisteron’. Un modèle vertueux, mais qui s’est révélé inadapté au fil des années, explique Julie Fejoz : “Une grosse partie des agneaux était déclassée parce qu’ils n’avaient pas le poids requis. Nous ne souhaitions pas les sevrer trop tôt et/ou les complémenter, pour accélérer l’engraissement… La vente directe commençait à se développer, à l’époque. Nous avons beaucoup hésité, avant de prendre la décision. Certains étaient réticents, mais douze ans plus tard, ce choix fait consensus au sein de la famille”. Les Fejoz ont, en revanche, poursuivi l’élevage des races ovines imposées par le cahier des charges Label Rouge : le mérinos d’Arles d’une part, et l’Île-de-France, d’autre part. “C’est une race qui associe un bon rendement poids/carcasse et une bonne valeur laitière pour l’allaitement des agneaux. Elle s’adapte aussi à toutes les conditions d’élevage : bergerie ou plein air”, note Julie Fejoz.

Une diversification tous azimuts

Douze ans après la mise en place du point de vente sur l’exploitation, sous l’enseigne ‘La Moulésienne’, la formule est désormais bien rodée : la viande y est commercialisée chaque semaine, de décembre à juin, sous forme de demi-carcasses d’agneaux en caissettes. ‘La Moulésienne’ dispose par ailleurs d’un site internet vitrine sur lequel les acheteurs peuvent réserver, et d’un click and collect pour les produits transformés. “Notre bassin de clientèle s’étend jusqu’à Beaucaire, Avignon et Marseille”, note Julie Fejoz, qui estime la part de la clientèle locale à 30 % du chiffre d’affaires.

À l’issue de la descente d’estive, entre 15 et 20 agneaux de montagne sont également proposés à la vente. La famille, qui est restée adhérente de la coopérative ‘Agneau Soleil’, confie l’abattage et la découpe à l’abattoir de Sisteron. Depuis cinq ans, la gamme s’est élargie avec des produits transformés : charcuteries (terrines, chorizos, saucissons), saucisses, andouillettes, merguez et des plats cuisinés en bocaux (navarin, mitonnés d’agneau...), dont la fabrication est sous-traitée à la boucherie Perez, à Fourques. Si l’essentiel du Foin de Crau produit sur l’exploitation est revendu à des distributeurs, une petite partie est destinée aux propriétaires de rongeurs (lapins, cobayes, hamster...), via les animaleries : un marché de niche avec une forte valeur ajoutée1, sur laquelle plusieurs PME de la région sont positionnées, et qui a pris de l’ampleur au fil des années. Julie Fejoz – qui a eu l’idée de cette diversification (elle avait des rongeurs quand elle était enfant) – expédie mensuellement six tonnes de foin conditionnées en sachet de 1,5 à 3 kg, vers des réseaux de magasins spécialisés et des centrales d’achat françaises, dont une partie est destinée à l’export. “Les vétérinaires sont, dans ce domaine, mes meilleurs prescripteurs : ils préconisent de nourrir les lapins de compagnie avec du Foin de Crau, en raison de ses qualités nutritionnelles”, se réjouit la jeune femme.

Le dernier volet de la diversification réalisée au fil des années par la famille concerne l’hébergement touristique. Labellisée ‘Gîtes de France’, cette activité est supervisée par la mère de Jérôme et Baptiste Fejoz. Deux appartements sont proposés à la location au sein du mas, de mars à octobre. “La clientèle est composée majoritairement de familles avec enfants. La possibilité de voir et de côtoyer les animaux de la ferme pendant leur séjour est un élément de choix important pour eux”, précise Julie Fejoz. Et si peu d’hôtes repartent chez eux avec un agneau ou un demi-agneau, beaucoup se laissent en revanche séduire par les plats cuisinés, les terrines ou les charcuteries issus de l’exploitation...  

Julien Dukmedjian


Les produits transformés sont proposés toute l’année, contrairement à la vente de viande d’agneau, qui s’étale de décembre à juin (© JD).

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