Bio de Provence-Alpes-Côte d’Azur : le bio résiste mais cherche aussi à se renforcer

Publié le 02 mai 2022

L’équipe de Bio de Provence-Alpes-Côte d’Azur réunie à Aureille, le 21 avril dernier. (© E. Delarue)

En dépit de la multiplicité des propositions commerciales, l’agriculture biologique reste un formidable levier pour répondre aux enjeux de société et environnementaux. Le réseau – qui attend toujours les signes forts d’un soutien à son mode de production – planche aussi sur un renforcement de son label.

L'agriculture biologique (AB) se porte bien dans la région. En dépit d’un tassement sur les prix observé au plan national et d’une baisse significative du chiffre d’affaires du bio en grande distribution notamment, les agriculteurs bio de la région n’observent pas, pour l’instant, de signes inquiétants sur leurs volumes de vente.

Du point de vue de la production, la dynamique de développement des surfaces et des installations continue même d’être bien présente dans les départements. Les surfaces en conversion ont connu au global une hausse de près de 11 %, et la région reste celle qui compte le plus de surfaces agricoles en bio, avec 34 % de la Surface agricole utile (SAU) enregistrés fin 2020. Comme le reconnaît aussi le président de Bio de Paca, Yves Gros, “la crise sanitaire, qui dure depuis deux ans, a fortement changé les habitudes de consommation, et nous subissons une concurrence de certains labels ou allégations pourtant moins-disants sur le plan environnemental“. Les mois prochains devraient donc clarifier si les interrogations actuelles sur l’état du marché du bio ne sont que passagères.


Vers une ‘Bio +’

Toujours est-il qu’en cette période de crise, chez les producteurs en amont comme du côté des opérateurs économiques de l’aval, le bio suscite un intérêt toujours croissant. Une satisfaction pour le réseau associatif régional qui accompagne le développement de l’AB et qui voit dans le local, la restauration collective et des outils comme les Projets alimentaires territoriaux (PAT) des leviers sur lesquels il faut impérativement jouer, pour consolider les filières et valoriser le potentiel de production disponible qui va continuer de croître. Le réseau s’est d’ailleurs attaché à construire cette année encore, par ses actions de mise en relations entre acheteurs et producteurs bio et l’appui des collectivités, l’application de la loi Egalim.

Sur le plan national, on s’active pourtant à chercher à renforcer l’image du bio face à la multiplication des labels, qui trouvent de plus en plus écho chez les consommateurs. “Nous avons travaillé avec la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab) sur la question des labels et du label bio européen, pour essayer de développer un ‘Bio+’, avec davantage de valeurs éthiques, que beaucoup pratiquent, mais qui ne sont pas inscrites dans le cahier des charges“, rapporte Yves Gros. L’ambitieux projet en question porte aussi une dimension économique et cible un prix plus juste. La réglementation a été également enrichie de critères sur le commerce équitable pour l’amélioration du bien-être au travail, mais aussi sur la biodiversité au sein des fermes biologiques. Le réseau s’est engagé dans une démarche de progrès, d’innovation sociale et de préservation de la biodiversité, et des tests sont en prévision pour l’année à venir autour de ce nouveau label.


L’AB, “oubliée de la Pac

Pour le président du réseau régional, les politiques publiques ne semblent pas avoir tiré les bonnes conclusions des crises qui se succèdent, en “continuant d’orienter les soutiens toujours en direction d’un système productiviste“. Si, au plan syndical, le réseau régional s’est mobilisé pour défendre l’agriculture bio avec la Fnab dans la future Pac, “celle-ci a été oubliée. On continue d’attribuer des subventions à l’hectare plutôt qu’à l’actif. La Pac ne reconduira pas l’aide au maintien ni les services environnementaux du bio, et cela s’est résumé à l’augmentation du crédit d’impôt“, déplore Yves Gros.

Si le manque de soutiens financiers reste préoccupant, pour l’heure, le réseau continue d’œuvrer dans ses différents territoires départementaux sur tous les fronts du développement du bio.

Qu’il s’agisse d’apport d’informations et de conseils sur les aspects administratifs, réglementaires ou techniques, d’organisation de formations, de journées techniques ou encore de la mise en relation des producteurs avec les opérateurs de la transformation et de la distribution, le réseau associatif continue d’intervenir et de jouer son rôle.

Aux agriculteurs en conversion, aux futurs candidats à l’installation comme aux agriculteurs bio, le réseau associatif se mobilise pour leur permettre de connaître les conditions de réussite commerciale et technique de leurs productions. Il s’agit de leur apporter toutes les clés d’entrée et de développement sur chaque filière. Pour les aider à mieux valoriser leurs productions sur les différents marchés et circuits de vente, Bio de Paca a, par exemple, travaillé, en 2021, sur un vaste programme d’actions cofinancé par la Région et la Draaf, et par le biais d’autres projets sur des financements spécifiques, européens notamment ou de type Casdar. De nombreuses actions ont mobilisé toute l’équipe de la structure dans différents axes d’intervention.

Bio de Provence a ainsi travaillé sur un projet qui vise à mieux comprendre les freins à l’adoption de certaines innovations par les fermes bio, dans l’objectif de faciliter leur transfert, ou encore sur une plateforme qui vise à rendre le bio plus accessible, avec le levier de la restauration collective notamment. Autant de projets qui tendent à promouvoir le modèle de l’agriculture biologique. Dans le contexte géopolitique actuel, ses valeurs ont plus que jamais du sens, estime le président du réseau régional. “Alors que les approvisionnements de tous bords sont limités, l’agriculture bio – moins dépendante aux énergies fossiles et qui utilise la fertilisation organique – est beaucoup moins impactée que l’agriculture conventionnelle. C’est un atout majeur afin de rester indépendant pour nourrir les plantes, et aller dans le sens de la souveraineté alimentaire“, ajoute Yves Gros. 

Emmanuel Delarue


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