Campagne apicole : entre espoir et dépit

Publié le 26 mai 2020

Le niveau de pression du varroa en sortie d’hivernage a été assez hétérogène selon les exploitations. Certaines ont réussi à bien cibler leurs traitements. Pour d’autres, les traitements de rattrapage ont été nécessaires.

L’apiculture provençale souffre d’une baisse de la production de ses ruches liée à des facteurs climatiques, régulièrement défavorables, mais aussi physiologiques. Sur un autre terrain, la filière aspire également à plus de soutien.

La saison apicole a démarré pour les producteurs les plus précoces, dès le mois de mars avec la floraison du romarin et, pour beaucoup d’apiculteurs professionnels de la région, la période des transhumances vient de débuter. Le transfert des ruches permet ainsi d'augmenter les récoltes et de diversifier les miels produits en fonction du calendrier de floraison.

Si l’apiculture provençale a toujours été transhumante, les contraintes climatiques et physiologiques ont rendu, ces dernières années, la pratique encore plus courante. Certains professionnels n’hésitent d’ailleurs pas à charger leurs ruches, et à parcourir des centaines de kilomètres pour traverser la vallée du Rhône, remonter dans l’Ain, le Mâconnais et même le Jura.

Dépopulations inquiétantes

Néanmoins, l'apiculture régionale souffre d'une baisse chronique de la production et de celle du rendement de ses ruches, baisses en partie liées aux dépopulations de colonies. C’est la préoccupation majeure de la filière régionale actuellement. Le phénomène – qui entraîne une baisse de la production des colonies – se traduit par une disparition des abeilles censées butiner et entretenir la ruche. “Le couvain vient alors à manquer, et les ruches ne comptent plus que de jeunes abeilles. Elles se mettent à surconsommer une grosse partie des provisions, et la reine, en situation de stress, provoque un ralentissement de la ponte“, explique Jean Silvain, président de l’Adapi.

Actuellement, les départements des Bouches-du-Rhône et du Vaucluse sont les secteurs les plus impactés. La filière et les structures techniques qui l’accompagnent s’emploient à résoudre le problème, mais l’Adapi souhaiterait pouvoir s’appuyer davantage sur le soutien des organisations professionnelles agricoles. “Car ces pertes de production, dues aux dépopulations, peuvent considérablement amputer le revenu des apiculteurs, et ne portent pas un message positif envers les futures générations d’apiculteurs“, observe Jean Silvain. En effet, quand, dans certaines régions, le rendement se situe aux alentours de 25 kg de miel par ruche, en région Paca, les professionnels atteignent difficilement les 15 kg.

Perte des soutiens européens sur la pollinisation

Un des combats qui tient actuellement à cœur du responsable de l’organisation du développement apicole régional est celui de la reconnaissance de l’apiculture comme filière à part entière du secteur agricole.

En effet, les apiculteurs souhaitent affirmer leur place dans le monde agricole, “car nous sommes clairement des éleveurs, des producteurs, avec les mêmes contraintes que les agriculteurs. Mais nous n’avons pas forcément le sentiment d’être considérés comme tels“, regrette l’apiculteur. Pour le président de l’Adapi, l’appui de ses pairs contribuerait, dans le même temps, à peser davantage pour défendre certains dossiers. L’apiculture bénéficiait, par exemple, d’une aide Pac depuis quelques années. Or, cette Maec sur le soutien à la pollinisation n’a pas été renouvelée pour les années à venir. Et c’est pendant le confinement qu’une consultation sur la redistribution des financements européens a tranché en leur défaveur. “Pris de court et coincés sur leurs exploitations, les apiculteurs n’ont pas pu se mobiliser“, regrette Jean Silvain.

La filière apicole régionale – dont les services rendus sont pourtant essentiels – n’en a pas non plus fini avec l’un de ses principaux ennemis : le varroa. Le parasite est toujours là, même si la profession s’appuie sur un dispositif de prévention efficace, et validé par le réseau national ADA France.

Le comptage des parasites dans la ruche était jusqu’à présent difficile. Pour sauver la colonie, il fallait pourtant pouvoir mieux anticiper et réagir. “Les techniciens ont appris aux apiculteurs de la région à utiliser ces systèmes de comptage. Avec ces données, ils sont capables de savoir exactement, à dix varroas près, la pression d’une ruche en sortie d’hivernage. Les apiculteurs peuvent ainsi établir des stratégies de traitements, et les réajuster selon les périodes“, explique l’apiculteur vauclusien.

Espoir sur la miellée de lavande

Pour cette année, le niveau de pression du varroa en sortie d’hivernage a été assez hétérogène selon les exploitations. Certaines ont réussi à bien cibler leurs traitements. Pour d’autres, les traitements d’hiver n’ont pas été suffisamment efficaces, et ils ont dû recourir à des traitements de rattrapage. Mais “la santé du cheptel de la région est plutôt bonne cette année par rapport au parasite“.

Difficile pourtant de présager de la campagne à venir et de la production globale de miel sur la région. Pour l’heure, les résultats sur le pourtour méditerranéen ne sont pas au rendez-vous. “Les apiculteurs qui transhument dans la vallée du Rhône, voire au-delà, ont commencé à rentrer du miel. En revanche, c’est encore très timide dans les Bouches-du-Rhône comme dans le Vaucluse. Mais nous avons quand même beaucoup d’espoir sur la miellée de lavande, qui représente entre 50 % et 60 % du miel produit dans les exploitations. Et tant que nous ne sommes pas au 15 juin, rien n’est joué“, observe le président de l’Adapi.

Après les récentes pluies, la remontée des températures devrait déclencher les miellées. À condition que le mistral ne souffle pas trop fort, ni trop longtemps... 

Emmanuel Delarue

 


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