Canebiera.com, de la lavande au chanvre

Publié le 04 avril 2022

Sébastien Genre aux côtés de son associé, Morgan Imbert.

Issu du plant de chanvre, le CBD est au balbutiement de son essor commercial sur le marché du cannabis thérapeutique. Basée à Aix-en-Provence, la société Canebiera, qui mise sur la qualité optimale et sa production en agriculture biologique, y compte bien.

Entre la lavande et la fleur de CBD il n’y a qu’un pas. En tout cas, Sébastien Genre, lavandiculteur depuis une douzaine d’années, l’a franchi avec sérieux. Mais entre les deux productions, les approches culturales restent quand même bien différentes. 

La lavande, Sébastien en maîtrise très bien la culture. Il en produit depuis une douzaine d’années aux côtés de son père, qui s’est lancé avec succès sur Aix-en-Provence il y a 32 ans. Mais, il y a quatre ans, l’essor du marché du cannabis thérapeutique qui s’annonce à l’étranger et en France titille le fiston. Son background de commerce et le constat qu’il dresse avec un ami, très investi dans le e-commerce de vins d’exception, mûrissent leur réflexion. “Le CBD est un produit que l’on connaissait déjà. Des proches se soignaient avec sur des pathologies lourdes. Nous avons regardé ce qu’il se passait dans les pays limitrophes, comme en Suisse, et le développement déjà très important aux états-Unis et en Israël “, rapporte le jeune homme. Les deux amis partent du constat d’un marché pas encore organisé, mais surtout caractérisé par des produits de qualité médiocre et une traçabilité très opaque pour se lancer ensemble dans l’aventure. “Lui était dans le commerce de vins haut-de-gamme, et moi dans le local, le bio et le 100 % français. On s’est dit que la ‘Romanée Conti‘ du chanvre était à notre portée !“, plaisante Sébastien.

Leur projet se concrétise par l’adoption d’un credo simple, mais ambitieux : produire du chanvre d’une qualité optimale sur de petites surfaces en agriculture biologique, tout en maîtrisant le process jusqu’à la commercialisation.

Pour verrouiller leur projet, les deux producteurs en herbe le présentent auprès de différentes autorités. “Nous nous sommes adressés à la gendarmerie, la police nationale, les douanes, le ministère de la Santé, l’ANSM, l’ARS, la sous-préfecture...Nous n’avons pas toujours eu de retours, mais certains nous ont malgré tout encouragés dans cette voie“, rapporte Sébastien.

Si le développement du chanvre est à ce jour très limité dans la région, on estime à une centaine le nombre de producteurs en France. Mais, pour miser sur la production et la commercialisation de CBD bio, Sébastien et son acolyte, Morgan Imbert, sont les premiers. “Nous avons commencé doucement, sans faire de bruit, en tâtonnant, en faisant de la recherche et développement à notre échelle“, commente Sébastien.

Une plante fragile

Sur le plan cutural, la lavande est beaucoup plus rustique que le chanvre. “Si la plante est stressée en raison d’un excès de chaleur, de froid, d’un manque d’eau, d’une branche cassée par exemple, elle se met en sécurité et devient hermaphrodite. Elle n’est pas impropre à la consommation, mais sa valeur se voit diviser par cinq“, indique-t-il. Cette plante fragile, dont on va favoriser la production de fleurs femelles, demande un suivi rigoureux, beaucoup d’eau et énormément de soins. “Nous avons appris petit à petit, en essuyant les plâtres, et compris qu’il fallait aborder la plante comme un arbre, avec une taille spécifique pour produire le maximum de fleurs par pied, en optimisant la qualité. Tout est fait à la main, rien n’est mécanisé et nous sommes certifiés en agriculture biologique, certification obtenue auprès d’Ecocert“, explique Sébastien.

La plante réagit au soleil et dépend vraiment de la lumière. Les plantations s’effectuent généralement entre mars et avril, les récoltes en octobre. Sébastien conserve des pieds mères qu’il fait analyser, pour réaliser ensuite des boutures.

Pour contrôler si les têtes sont prêtes pour la récolte, c’est au microscope que le stade des trichomes, ces petits fils de résines présents sur les fleurs, est évalué. Pour obtenir les taux optimums de CBD, il faut récolter les fleurs avant que les trichomes deviennent ambrés. Après la cueille manuelle, les fleurs sont séchées à l’envers, une dizaine de jours, à une certaine température et hygrométrie. 

Sébastien procède ensuite à une manucure des fleurs pour écarter toutes les feuilles. Ses produits bénéficient, en plus, d’un affinage de trois mois dans des bocaux en verre.

Pas de produit ‘washé’ chez Canebiera

Le savoir-faire soigneusement préservé permet au producteur d’atteindre des taux de CBD très élevés, de l’ordre de 13,1 % jusqu’à 13,7 %, ce qui constitue un gage essentiel de qualité. Sur le marché français, les taux qu’il obtient sont d’ailleurs les plus élevés.

Ce que l’on trouve actuellement sur le marché français provient essentiellement de Suisse et d’Italie. Là-bas, les taux autorisés de THC sont plus importants qu’en France. Aussi, pour le marché français, les fleurs reçoivent un ‘washing’ qui permet de faire descendre ce taux de THC. Mais ce lavage au CO2 fait aussi descendre le taux de CBD. On se retrouve avec un produit qui n’a rien de naturel, dont les vertus thérapeutiques ont fortement été réduite“, aux antipodes de ce que Sébastien et son associé proposent.  à savoir, un produit naturel, sans modification génétique. 

Canebiera, la société des deux associés, c’est aujourd’hui une gamme d’une dizaine de variétés de fleurs. La petite entreprise développe des produits annexes, élaborés à partir des éléments végétaux issus de la manucure des fleurs. Sur le site de e-commerce, on peut y trouver de l’huile, mais également de la bière ! Certains de ces produits sont aussi présents en pharmacie, dans des boutiques spécialisées, des magasins bio, etc.

Fort de leur succès et de la demande qui se développe, les deux associés s’apprêtent à tripler leur surface de production pour la prochaine campagne, et ont surtout fait l’acquisition d’un terrain de cinq hectares pour étendre leur production sur
3 000 à 4 000 m2.

Sébastien regrette aujourd’hui un manque de communication sur le marché, sur le CBD en général et l’origine et la traçabilité des produits proposés. Avec un produit qualitatif, sain, et 100 % français, “nous sommes presque trop en avance, mais le secteur commence à s’éduquer. L’essor du marché ne fait pas de doute. La législation n’est pas encore claire, c’est le problème, mais nous sommes au tout début“, assure le lavandiculteur chanvrier. 

Emmanuel Delarue

 


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