Cette année encore, le melon connaît bien des pépins

Publié le 09 mai 2022

Les prévisions de plantations de melons ont été présentées par Olivier Masbou, journaliste, Myriam Martineau, présidente de l’AIM, Jérôme Jausseran, président de Force Sud, et Marion Mispouillé, animatrice de l’AIM (© M. Masson).

Avec une légère baisse au Maroc et en Espagne, et des pertes historiques en France, l’alerte est donnée concernant les prévisions de plantations pour la filière française melon, qui s’annoncent très incertaines. L’Association interprofessionnelle du melon a débattu sur le plateau du MedFel des raisons et des solutions à cette crise.

Avec des conjectures en légère baisse au Maroc ainsi qu’en Espagne, les pertes de surfaces dédiées à la culture du melon sont historiques en France, en particulier dans le Sud-Ouest. Un constat alarmant pour l’Association interprofessionnelle du melon (AIM), qui est intervenue sur le plateau du MedFel, mercredi 27 avril, afin d’aborder les prévisions de plantations du melon.

Pour Myriam Martineau, présidente de l’AIM, ces pertes étaient attendues, "la faute à des conditions climatiques désastreuses en 2021, particulièrement dans le Sud-Ouest, avec un été froid et humide qui n’a pas permis aux productions et au marché de bien se développer." Des aléas qui se sont répercutés sur le prix du melon l'an dernier, mais qui ont aussi freiné la remise en culture cette année en France. Du côté des autres pays producteurs comme le Maroc et l’Espagne, les prévisions de plantations sont également à la baisse. Une bonne nouvelle cependant : selon les diverses études menées par l’association interprofessionnelle, 90 % des consommateurs sont séduits par le melon.

Au Maroc, des prévisions en légère baisse pour 2022

Le Maroc est touché par une légère diminution de surfaces de production, avec 75 hectares de moins sur les 1 410 ha dédiés au melon. Marrakech enregistre la plus forte décrue, avec une perte de 75 ha sur 960 ha. La faute à des conditions de culture difficiles, avec des épisodes de sécheresse entre janvier et février, puis des conditions pluvieuses qui ont provoqué un manque d’ensoleillement au mois de mars, le tout compromettant cultures et rendements cette année. 

En plein champ, les plantations se sont étalées de janvier jusqu’à mi-février, avec une récolte démarrée le 15 avril et prévue jusqu’à fin mai. "La nouaison est plutôt hétérogène et échelonnée", annonce Marion Mispouillé, animatrice de l’AIM.  Si la campagne n’est ni tardive ni précoce, "on observe toutefois un manque de linéarité sur les volumes, avec une régression sur le mois de mai, malgré les bons calibres récoltés en avril", poursuit-elle.

Le bât blesse côté logistique, qui subit quelques difficultés avec une augmentation du coût, mais aussi un manque de disponibilité des opérateurs. Du côté des régions de Kenitra, 120 ha sont dédiés au melon, 140 ha dans la région d’Agadir et 200 ha pour Dakhla, "où les surfaces sont stables, avec des conditions de culture et un calibre corrects", continue Marion Mispouillé.

En Espagne, une baisse historique des prévisions

L’Espagne est sur une campagne 2022 incertaine, avec une perte de 800 ha sur un total de 4 000 ha (-16 %). Une baisse d’autant plus inquiétante que "les prévisions ne tiennent pas compte des conditions météorologiques, notamment les derniers épisodes de gel qui ont eu lieu début avril", avance Marion Mispouillé. "Les pertes ne sont pas encore chiffrables", poursuit-elle. Cependant, on estime le déficit dans la région de Murcia-Alicante à plus de 500 ha sur 3 100 ha, soit 20 %, la région produisant 80 % de melons charentais jaunes. Il s'agit là d'une "baisse historique des surfaces, une conséquence de la campagne 2020-2021 où la précocité était toujours recherchée, rendant les plannings plus resserrés pour les plantations sur le mois de février et les premières semaines de mars", explique Jérôme Jausseran, président de Force Sud. Ce qui a inévitablement provoqué une baisse sur les productions plus tardives, afin d’éviter les chocs des origines Espagne/France.

Les conditions climatiques, là aussi, n’ont pas aidé la filière. "Le gel a été évité de peu dans les régions productrices les plus au sud, mais le climat a été pluvieux et froid durant tout le mois d’avril, ce qui a été beaucoup plus impactant que les conditions de culture de 2020-2021", observe
Marion Mispouillé. Avec, à la clé,
des plantations compromises, un retard de nouaison et des cultures, "et des volumes qui restent confidentiels pour le mois de mai", précise-
t-elle. Avant de donner l’alerte : "Du fait des conditions météorologiques, les baisses de surfaces de production pourraient être bien plus conséquentes."

Une situation très préoccupante en France

En France, la situation est jugée alarmante, avec une perte de 10 % des surfaces nationales destinées à la production de melon. Le Centre-Ouest est principalement touché, avec une baisse de 800 ha sur 2 700 ha, dont 10 ha de serres. Le Sud-Est enregistre un déficit important de 250 ha sur 5 400 ha, et le Sud-Ouest perd 100 ha sur 2 300 ha. Des parcelles ont été impactées par l’épisode de gel de cette année. "Heureusement, les plantations débutaient : il y a eu peu d’impacts directs et des plants ont été repiqués", précise Marion Mispouillé.

Pour le Sud-Est, la situation a été plus complexe, avec une reprise des plantes difficile à cause des épisodes de froid. Au total, les dommages sur le territoire national sont estimés à 1 250 ha de moins. Des pertes notables dues à la météo (manque d’ensoleillement, pluie, froid et gel…) comme au Maroc et en Espagne. De plus, "les quelques hausses modérées de marchandises chez certains opérateurs ne parviennent pas à compenser les pertes plus importantes ailleurs, liées à des arrêts de production ou à une diminution importante de surfaces", s’inquiète-t-elle.

Un avenir incertain pour la filière

Cependant, Marion Mispouillé nuance : "Les plantations se poursuivent et les prévisions en termes de volumes dépendront du climat à venir aux mois de mai et juin, et des conditions de nouaison des cultures." Pour l’instant, l’entrée en production est progressive, et le melon français sera présent au mois de mai pour les abris chauffés, et vers la fin mai pour les grands abris non chauffés. La récolte des cultures sous chenilles "risque de décaler l’entrée en production. Toutefois, ces estimations dépendront de l’évolution des conditions météorologiques", ajoute-t-elle. Sans compter que la campagne 2022 est sous contraintes "du fait du contexte géopolitique actuel et du manque de matières premières – dont l’engrais –, de la pression sur la location des terres suite à l’augmentation du prix des céréales, de la réduction, voire la disparition d’opérateurs dans la filière, et de l’augmentation du coût des intrants qui est sans précédent, avec une hausse de 30 %. Il faut aussi ajouter la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (Agec), qui met la segmentation de la filière en danger", avance Jérôme Jausseran. Des exigences qui pèsent de plus en plus lourdement sur la filière.

La météo et le prix plombent le marché

Car, malgré les conditions météorologiques défavorables au développement de la filière sur le sol français, ces dernières ont été aussi la source d’une baisse de consommation. Et d’une augmentation du prix pour compenser ces pertes. "Nous avons les capacités de produire, et il est vital, pour la filière du melon, que nous mettions tout en œuvre pour la redynamiser, en attirant de nouveau les consommateurs, malgré la hausse du prix qui permet à peine de couvrir les frais des producteurs", avance Myriam Martineau. "L’AIM a mené de nombreuses études qui indiquent que le consommateur est prêt à accepter de payer plus cher." 

D’autres solutions ont également été mises sur la table pour lutter contre cette crise, en commençant par cesser la diversification pour que les opérateurs se concentrent sur l’essentiel : le melon charentais. Et, afin de stimuler la filière du melon en France, l’AIM compte mettre en place une stratégie de communication digitale, avec une présence accrue sur les réseaux sociaux. Cela doit permettre, d'une part, de communiquer sur la filière et, d'autre part, de redonner aux consommateurs le goût du melon, en créant divers contenus incitatifs. L’association va également déployer un dispositif de communication de crise exceptionnelle, comme en 2021, avec des campagnes radio en juillet, des publicités sur les applications météorologiques, ainsi que sur des sites affinitaires en septembre. 

Margaux Masson


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