Chambre d’Agriculture des Bouches-du-Rhône : L’agriculture veut faire entendre sa voix

Publié le 06 mars 2020

La Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône et ses élus veulent rendre audibles les préoccupations des agriculteurs, à la veille de la période d’élections locales et nationales qui se profilent.

La session de la Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône, qui se déroulait lundi dernier, a été l’occasion, pour son président, de rappeler aux élus et aux représentants de l’État présents le rôle central de l’agriculture dans le département et ses territoires.

À quelques jours du premier tour des élections municipales, l’allocution prononcée à l’occasion de l’assemblée plénière par Patrick Lévêque, président de la Chambre départementale d’agriculture, avait de nets airs de campagne... électorale. Tout au long d’un discours fleuve, ce dernier a rappelé les attentes des agriculteurs à l’orée d’une période de trois ans pendant laquelle vont se succéder les échéances électorales, pour désigner les maires et conseillers métropolitains, renouveler une partie des sénateurs, sans compter les élections départementales, régionales, présidentielles et législatives ! “Un marathon électoral“ pour reprendre les mots de Patrick Lévêque, au cours duquel la profession souhaite peser, “afin de réaffirmer le rôle central de l’agriculture dans la vie communale et intercommunale ; et de rappeler le rôle prépondérant qu’elle joue dans l’aménagement des territoires, l’entretien des paysages, sans compter le fait qu’elle est génératrice d’emplois, d’opportunités de croissance...“.

Après ce préambule, l’élu est entré dans le vif du sujet : il a décliné ses sujets d’agacement, voire de colère, à commencer par la question de l’interdiction du glyphosate, et plus généralement de l’empilement de normes édictées à la profession : “Il ne pourra être demandé indéfiniment à l’agriculture française, et sans contrepartie, d’apporter son écot à l’adaptation au changement climatique, à la réduction des impacts environnementaux et de l’utilisation des produits phytosanitaires, au maintien de la biodiversité, à l’amélioration du bien-être animal… Le tout, au pas de charge, et en prenant en compte le pouvoir d’achat des consommateurs“, a taclé le président de la Chambre, avant de rentrer dans la réalité des chiffres. “On ne peut parler de retrait du glyphosate sans évoquer la contrepartie économique pour les filières...“. Selon ce dernier, cette interdiction occasionnera, “à dire d’experts, un surcoût annuel de près d’un milliard d’euros pour la filière grandes cultures, occasionné par le coût des substances alternatives, celui de la main-d’œuvre supplémentaire, du passage au désherbage mécanique“. Quant aux filières très représentées sur le territoire régional, comme la viticulture, l’élu chiffre le surcoût annuel à 200 millions d’euros, et entre 1 000 à 1 500 €/hectare/an pour celle des fruits et légumes...

Les grands projets d’aménagements en ligne de mire

Les Zones de non-traitement constituent un autre sujet d’incompréhension pour Patrick Lévêque, qui a fait mine de s’étonner de “l’urgence injustifiée avec laquelle les ZNT ont été instaurées“. Qualifiant le texte de loi de “bâclé et imprécis, ne tenant pas compte de la diversité des exploitations“, il note au passage qu’il “ne satisfait personne à l‘arrivée : j’en veux pour preuve les recours exercés par les associations environnementales devant le Conseil d’État, visant à en obtenir l’annulation. Point tant de zèle, en revanche, pour faire respecter la loi Egalim, votée en octobre 2018 !“.

Le président de la Chambre départementale d’agriculture est aussi revenu sur des préoccupations plus locales, invitant les élus présents, dont Lucien Limousin, maire de Tarascon et vice-président du Conseil départemental 13 en charge de l’agriculture, à tenir compte “de l’enjeu de la préservation des espaces agricoles dans les projets d’aménagement du territoire ». Parmi ces derniers figure “le décorsetage du Petit Rhône, de Fourques jusqu’à la mer, sur des terres alluviales d’une qualité agronomique exceptionnelle“ qui devrait entraîner, selon lui, la disparition de 166 hectares, “peut-être le double“, au titre de la compensation environnementale et des besoins d’extraction pour la réalisation de la digue. “Nous serons extrêmement attentifs à l’issue de ce dossier.“

Autre point qui focalise toutes les attentions : le projet de contournement autoroutier d’Arles a, quant à lui, été l’occasion de railler les aménagements de la future aire de service, laquelle devra répondre aux obligations légales (vente de carburants, parking poids lourds...), mais également offrir des services aux usagers. “Il faut permettre à l’automobiliste de se changer les idées. On nous annonce des jardins partagés... Des jardins partagés à l’endroit même qu’un agriculteur exploitait avant l’expropriation ! Et pourquoi pas exempter les jardiniers amateurs de péage, tant qu’on y est ?“.

Entre deux coups de griffes, l’élu a aussi distribué quelques satisfecit, au moment par exemple d’évoquer le Plan alimentaire territorial (PAT) du département des Bouches-du-Rhône, récemment labellisé par le ministère de l’Agriculture, dont il a souligné l’“ambition“. Ou encore le choix de l’approvisionnement local, qui répond à une demande réelle et croissante de la société : “Il y a là, pour notre agriculture, une formidable opportunité de développement, et un rôle central à jouer pour les communes et intercommunalités“. Évoquant les objectifs de la loi Egalim en matière de restauration collective1, Patrick Lévêque a assuré les élus de son soutien, “pour réorienter l’approvisionnement de leurs cantines scolaires et autres crèches, en améliorant ainsi la qualité des repas servis“. n

Julien Dukmedjian

1 Les repas servis dans les restaurants collectifs publics devront contenir au moins 50 % de produits sous signe de qualité dont 20 % de bio, d’ici au 1er janvier 2022.


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