Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône : “L’heure est venue de donner un cap qui ait du sens”

Publié le 21 mars 2022

La session de la Chambre d’agriculture s’est déroulée le 14 mars en présence d’Anne Laybourne, pour la préfecture, et de Lucien Limousin, pour le Département (© Magali Sagne).

Covid, gel, Ukraine… La Chambre d’agriculture doit sans cesse adapter son accompagnement des agriculteurs et des territoires, dans un contexte difficile et changeant. Or, le contrat d’objectifs – signé en novembre dernier avec l’État – apporte contraintes et incertitudes sur le financement, ce qui complexifie la mission des Chambres.

D’après le dernier recensement agricole, “la Surface agricole utile se stabilise. Notre modèle agricole familial et à taille humaine est préservé”, indique, en préambule, Patrick Lévêque, président de la Chambre d’agriculture, lors de la session du 14 mars. “Plus d’un tiers des exploitations est désormais sous signes de qualité. 200 000 élèves sont formés chaque année.” En revanche, “la diminution du nombre d’exploitations se confirme, même si elle s’est ralentie, et doit nous alerter et devenir une véritable cause nationale”, synthétise-t-il. Entre Covid et crise en Ukraine, la souveraineté alimentaire est pourtant revenue sur le devant de la scène.

De plus en plus conscient que la partie qui se joue actuellement, l’État affiche l’ambition de 20 000 installations par an.” La Chambre d’agriculture n’avait pas attendu ces directives et s’est particulièrement investie dans les domaines de l’installation, de la transmission et de la formation. “L’ambition qui s’exprime ici au quotidien, à travers le travail de nos équipes, n’est pas de faire du chiffre, mais de mettre sur les rails et d’accompagner des projets performants et durables.” Et la Chambre appelle de ses vœux un certain nombre de mesures pour dynamiser l’installation : aides financières, baisse de cotisations, solutions de portage pour les cédants... Mais, pour installer, encore faut-il que les conditions économiques attractive. Or, “nous subissons actuellement une véritable flambée de nos coûts de production, dont tout indique qu’elle va durer. Jugez plutôt : en un an, le coût de l’alimentation de nos troupeaux augmente de 15 %, l’énergie et les emballages de 40 %, les engrais et le Gazole non routier de 100 %, l’électricité de 300 %, le gaz naturel de 600 % !

Accompagner la transition

Nonobstant ces considérations, la Chambre d’agriculture accompagne les agriculteurs dans la transition écologique, à travers, par exemple, les diagnostics carbone, l’accompagnement à la plantation de haies, la valorisation des déchets verts ou encore l’animation de l’Observatoire agricole de la biodiversité… “Et nous avons, là aussi, des propositions à faire : la mise en place d’un diagnostic ‘transition’ à 360 degrés, permettant à chaque agriculteur d’identifier ses leviers d’action ; des chèques-conseil, pour les financer ; des dispositifs d’aide à l’investissement en agroéquipement et nouvelles technologies, dotés de moyens financiers à la hauteur de l’enjeu. La juste reconnaissance de l’apport de notre secteur à la lutte contre le changement du climat, à la captation du carbone, à l’entretien de milieux favorables à la biodiversité… Et, évidemment, le déploiement d’un dispositif assurantiel rénové…” Sans oublier que “la meilleure assurance récolte reste encore l’irrigation. Il convient, certes, de continuer à améliorer l’efficience de l’irrigation, de travailler à l’adaptation des systèmes de culture, mais il est indispensable également de stocker en période hivernale. Quand la surface équipée pour l’irrigation stagne dans notre pays, elle progresse de 15 % en moyenne en Europe !

En ce qui concerne les circuits courts, là aussi la Chambre formule des propositions : l’adoption d’un cadre juridique au regard du droit de l’urbanisme, qui permettrait le développement de l’agritourisme ; mais aussi la modification des règles de la commande publique, afin que puisse être retenu un critère d’approvisionnement local car, “en dépit des ambitions portées par la loi, 50 % de produits durables et de qualité, 20 % de produits bio dans les approvisionnements de la restauration collective, nous atteignons péniblement 5 à 6 %”.

Des équations insolubles

Malgré tous les efforts engagés, l’équation risque de devenir insoluble sur le terrain, compte tenu des contraintes toujours plus fortes qui pèsent sur la production. “Une ZNT ‘eau’ de 100 mètres, telle que la réclament les défenseurs de l’environnement, génère une emprise de 9 000 hectares à l’échelle du département, quasiment notre surface de vignoble ! Aujourd’hui, des avancées ont été obtenues, notamment en termes de modalités d’information des riverains. En revanche, le sujet de la réciprocité à imposer aux aménageurs est laissé de côté comme évidemment celui, explosif, de la compensation”, poursuit le président.

Face aux tensions ressenties, “les cellules de soutien psychologique, c’est bien, mais il nous faut surtout des solutions”, s’inquiète Isabelle Grandin : “Nous n’avons pas commencé à ramasser les artichauts, mais les produits espagnols sont en rayon à des prix en dessous des coûts de production. Et il faut arriver à embaucher et à sauver les cultures envahies de campagnols, quand ce ne sont pas les sangliers…”. La hausse des emballages inquiète aussi, comme le souligne l’oléiculteur, Laurent Israelian : “Au-delà de la hausse des coûts de l’emballage, il y a également des problèmes de délais d’approvisionnement. Il faudrait faire du stock mais, pour cela, il faut avoir la trésorerie”.

L’Ukraine a remis la balle au centre”, résume Patrick Lévêque, en rappelant l’importance de la souveraineté alimentaire. Mais encore faut-il donner les moyens aux agriculteurs de répondre aux attentes, de maintenir “une agriculture compétitive. (…)
À partir de là, les installations, les transitions de l’agriculture, la création de valeur et d’emplois dans les territoires suivront naturellement”. 

Magali Sagnes


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