Chasseurs des Bouches-du-Rhône : l’horizon se dégage enfin, ou presque

Publié le 12 septembre 2022

Sur le petit gibier, la sécheresse devrait impacter la saison. Les niveaux de reproduction sont bas et les pertes importantes (© E. Delarue)..

Déchirée par des tensions internes, la fédération départementale des chasseurs des Bouches-du-Rhône est sous tutelle de la justice depuis quatre ans. Avec le travail que réalisent l’administrateur provisoire et son directeur, un retour à la normale est bientôt envisageable.

À quelques jours de l’ouverture de la saison, les esprits sont tous concentrés vers ce petit matin du 11 septembre prochain. Mais malheureusement, l’actualité cynégétique dans les Bouches-du-Rhône reste toujours liée au contexte politique, duquel la fédération départementale des chasseurs cherche à sortir depuis plusieurs années. Celle-ci est toujours sous administration provisoire. Une situation qui avait débuté en 2018 avec un premier administrateur, puis un second en décembre 2019. Le retour à un fonctionnement normal et régulier de la fédération passe, entre autres, par l’approbation d’un schéma de gestion cynégétique départemental et d’un règlement intérieur. Mais dans leur mandat et leurs missions, l’administrateur actuel et son directeur se heurtent toujours à des postures de quelques personnes, dont le pouvoir de nuisance semble toujours très présent. Lors de la dernière assemblée générale de la fédération, qui s’est tenue à Arles le 23 avril dernier, le projet de schéma départemental de gestion cynégétique pour les six ans à venir, ainsi que le nouveau règlement intérieur cohérent avec les nouveaux statuts, en ont de nouveau fait les frais. Toutes les résolutions se sont heurtées à l’opposition des chasseurs à plus de 70 %.

Recentrer la fédération sur son cœur de métier

Mais le directeur de la fédération, Michel Bruchon, reste serein. Depuis quatre ans, il s’efforce de “travailler pour l’intérêt général des chasseurs du département, en cherchant à regagner par son action la confiance des services de l’État”.

Retravaillé, le schéma de gestion cynégétique est rentré depuis en phase consultative, avant d’être soumis à l’approbation du préfet. Même situation pour le règlement intérieur de la fédération, déjà massivement refusé par les chasseurs l’année dernière, et dont les modifications apportées n’ont pas non plus été approuvées.

Une fois ces dossiers réglés, l’administrateur et le directeur auront terminé leur mission qui consistait à recentrer la fédération sur son cœur de métier, la gestion cynégétique, en se dotant notamment de compétences. Dans les faits, deux nouveaux techniciens ont été embauchés, sur la gestion des oiseaux d’eau et la petite faune. Une nouvelle chargée de missions va rejoindre l’équipe pour travailler sur la cartographie et effectuer, entre autres, des suivis numériques qui manquaient sur les territoires chassés et non chassés. Il sera donc bientôt possible de réintroduire les comptages, pour évaluer le gibier par territoire.

En tant que gestionnaire de la faune, la fédération souhaite aussi pouvoir rapidement disposer de chiffres fiables sur les prélèvements de grands gibiers, données qui font toujours défaut.

La communication interne et externe, aujourd’hui déficiente, doit également être revue, avec le recrutement d’une personne qualifiée sur le milieu de la chasse. Enfin, la fédération travaille aussi sur la police de la chasse et devrait se doter de nouveaux moyens. Elle souhaite également se rapprocher des mairies afin d’évaluer les besoins, établir des conventions et travailler sur des opérations spécifiques.

Malgré les tensions et dysfonctionnements encore palpables, l’administrateur et son directeur continuent de travailler à construire une structure consciente des enjeux de la chasse.

L’objectif visé par l’équipe actuelle est de “pouvoir laisser derrière elle une gouvernance de chasseurs responsable et sérieuse, avec une image nouvelle”. Ce n’est pas gagné certes, et la perspective de la prochaine assemblée générale de la fédération, qui sera élective, pose encore beaucoup de questions en interne. Aussi, le rapport de la cour des comptes nationale, qui avait soumis la fédération à un contrôle l’année dernière, est beaucoup attendu.

Une ouverture en demi-teinte 

Mais l’heure est à la validation des permis. À quelques jours de l’ouverture, il est trop tôt pour savoir si les chasseurs seront plus ou moins nombreux dans le département, puisque bon nombre de validations sont enregistrées après l’ouverture.

12 500 validations l’ont été à ce jour, contre 16 000 environ sur l’ensemble de la saison dernière. Mais à même date, les chiffres seraient à 500 permis d’écart sur la même période.

Reste que l’ouverture ne sera peut-être pas possible partout. Sur certains territoires, ce sont les risques de feux de forêts et l’accès aux massifs interdits qui peuvent la compromettre. Notamment dans le massif de la Montagnette, touché par un important incendie en juillet.
Par ailleurs, la sécheresse va inévitablement impacter la saison de chasse cette année. Celle du petit gibier en particulier. Les niveaux de reproduction sur le lapin et le perdreau sont au plus bas et les pertes importantes. D’autant que ce défaut de repeuplement devrait s’accentuer cette saison en raison des nuisibles. Certaines communes ont perdu le droit de piégeage sur les espèces retenues au niveau du département, comme susceptibles de causer des dégâts sur le petit gibier de reproduction.

Faute de petit gibier de reproduction, les chasseurs pourront se tourner vers le petit gibier sauvage et les migrateurs. Mais là aussi les couloirs de migration et les données changent avec l’évolution du climat. 

Emmanuel Delarue


L’ouverture de la chasse ce dimanche 11 septembre ne sera peut-être pas possible partout. Sur certains territoires, risques de feux de forêts et accès aux massifs interdits peuvent en effet la compromettre (© ED)..

Chasse gibier sanglier