Château Grand Boise : le vin en mode haute couture

Publié le 25 janvier 2022

Jean Simonet a pris la tête de Château Grand Boise à seulement 26 ans (© J. Dukmedjian)..

Dirigé depuis près de dix ans par Jean Simonet, le Château Grand Boise a opté, sous sa houlette, pour un positionnement très haut-de-gamme. Résultats ? Des vins issus de sélections parcellaires, une politique environnementale vertueuse et une démarche hyperqualitative, dans les vignes comme en cave.

Obtenir des résultats, tant sur le plan économique qu’écologique : c’est l’objectif que s’était fixé Jean Simonet en prenant la gérance du Château Grand Boise, en 2013, racheté sept ans plus tôt par Xavier Gervauson. Près de dix ans plus tard, il récolte les fruits de son labeur. Une gageure, quand on sait qu’il n’a que 26 ans quand il succède à Olivier Dauga, consultant star et ‘Faiseur de vins’, précédemment aux manettes de ce très vaste domaine – 360 hectares, dont 40 ha de vignes –, situé à Trets, sur les hauteurs de l’appellation Sainte-Victoire. “Après une visite des lieux et nous avoir donné des documents concernant le château, le propriétaire nous a demandé un business plan sur cinq et dix ans“, raconte rétrospectivement Jean Simonet, à l’époque sélectionné avec deux autres candidats bien plus capés que lui. “J’ai misé sur le haut-de-gamme et le bio“, explique ce dernier.

Un positionnement cohérent, allié à “beaucoup de persévérance et de l’audace“ ont, semble-t-il, séduit Xavier Gervauson. Sous sa houlette, Grand Boise s’est diversifié, avec l’ouverture d’un caveau de vente et d’une brasserie, situé à Rousset sur la RN7, un lieu conçu comme une vitrine du domaine : on y sert à table les vins de la propriété et une cuisine ‘bistronomique’, basée sur des produits bio et de saison. Le second volet – événementiel et hébergement –, malmené depuis deux ans par le Covid, l’a obligé à revoir depuis son modèle économique. Le troisième
enfin, lié à la production de vin, s’appuie sur “un des plus beaux terroirs de Provence“ et prend forme après des années de restructuration du vignoble. “Un de mes objectifs de départ était de remettre davantage de moyens dans le fond, en réinvestissant dans la cave et les vignes, plutôt que dans la forme“, détaille Jean Simonet, rompant ainsi avec la politique de son prédécesseur.

Un terroir aux conditions “extrêmes

Le réinvestissement s’est traduit par la replantation de 26 ha de vignes et la mise en œuvre d’“une agriculture encore plus pérenne“. Autrement dit une feuille de route, pour les équipes en charge de la viticulture au sein de Château Grand-Boise, basée sur un retour aux fondamentaux – “le travail du sol, la taille, l’ébourgeonnage...“ –, et celui d’“un bon équilibre naturel des sols“ incluant des semis de céréales et de légumineuses entre les rangs, l’épandage de fumure de vache... L’ensemble du domaine était déjà conduit en bio, mais Jean Simonet a décidé d’aller plus loin en travaillant certaines des 90 parcelles (de 50 ares en moyenne), selon les règles de la biodynamie, mais “avec une approche cartésienne : cela fonctionne, même si je suis incapable de l’expliquer rationnellement“, explique-t-il. “Nous appliquons des principes de la biodynamie depuis plusieurs années, même si nous n’avons pas souhaité nous engager, jusqu’à présent, dans une démarche de certification. Cela impliquerait de privilégier l’anticipation, tout en laissant peu de place aux ‘corrections’. Comment réagir, dès lors, en cas d’attaques de maladies ou de ravageurs ? La priorité, c’est de sauver les cultures“, tranche Jean Simonet, qui rappelle avec pragmatisme que “l’important, in fine, c’est que le vin soit bon et un reflet du terroir“.

De ce point de vue, celui du Château Grand Boise bénéficie de conditions “extrêmes“ : les parcelles se répartissent entre 300 et 640 mètres de hauteur, dont certaines situées dans des zones avec un faible ensoleillement. “Après quelques années à essayer de produire du rosé avec de faibles rendements, sur ces parcelles trop isolées pour les irriguer, nous avons décidé de prendre le problème à l’envers et d’y replanter du grenache“, explique le dirigeant. La moitié de la production reste, pour l’heure, dédiée au rosé, contre 30 % pour le rouge et 20 % pour le blanc. Mais les lignes devraient bouger, avec un équilibrage prévu des volumes produits en blanc et en rouge – au détriment du rosé – dans les années à venir.

Des sulfites à doses homéopathiques

Omniprésente dans les vignes, sa politique de “verdissement“ du domaine s’est aussi imposée en cave : les levures sont indigènes et si des sulfites sont ajoutés – après fermentation –, c’est “de façon homéopathique“, avec l’objectif d’obtenir des vins les plus “naturels“ possible. En sortie de cave, Jean Simonet a également revu la stratégie commerciale mise en œuvre par la précédente direction : la distribution des 180 000 bouteilles/an se répartit entre les cavistes (40 %), les restaurateurs (35 %) et la vente en direct (25 %). La direction du domaine a par ailleurs choisi de capitaliser “sur la marque plutôt que sur les AOP“ Côtes de Provence et Côtes de Provence – Sainte-Victoire. Ce pari, inspiré par la démarche de vignerons comme Eloi Dürrbach, séduit selon lui sa clientèle : “Nous avons procédé étape par étape, pendant ces dix ans, en emmenant notre clientèle avec nous“. Celle-ci se compose d’ailleurs très majoritairement d’acheteurs français, avec 20 % seulement de la production destinée à l’export : un choix assumé qui “correspond à une volonté de cohérence, vis-à-vis de notre engagement environnemental“, note le dirigeant du Domaine Grand Boise. 

Julien Dukmedjian


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