Châteaurenard : Solis Culturae transforme la spiruline en or vert

Publié le 19 octobre 2021

La spiruline est cultivée sur 7 000 m² de bassins, répartis sur deux sites, à Châteaurenard (© J. Dukmedjian).

En dix ans, Solis Culturae s’est imposé comme l’un des leaders français de la production de spiruline. Pour y parvenir, ses dirigeants ont misé sur la complémentarité de leurs parcours professionnels, tout en s’inspirant des méthodes de production de l’industrie.

Tout est une question d’échelle. En comparaison de la majorité des spiruliniers français, pour l’essentiel de petites unités de production, Solis Culturae fait figure de géant avec ses 7 000 m² de bassins et ses dix tonnes de spiruline déshydratées produites chaque année. Mais si l’on ramène ces chiffres à la consommation annuelle française de cette micro-algue (400 tonnes), l’exploitation agricole – implantée à Châteaurenard et dirigée par trois amis d’enfance – semble bien modeste.

La spiruline – utilisée par des ONG pour lutter contre la malnutrition dès les années 70, puis adoptée massivement par les sportifs, notamment, pour ses nombreuses vertus (protéines, vitamines, minéraux, anti-oxydants...) comme complément alimentaire – s’apparente à un nouvel or vert. Relativement facile à produire, elle nécessite par ailleurs des investissements de départ réduits : d’une part, des bassins où cette cyanobactérie se développe dans une eau douce saumâtre sous l’action de la chaleur ; d’autre part, des bacs pour extraire l’eau de la biomasse, avant que cette dernière ne soit séchée puis transformée en gélules, en paillettes ou en poudre.

Une success story provençale

La valeur ajoutée de chaque spirulinier réside d’abord dans le choix des souches d’Arthrospira platensis utilisée“, le nom scientifique de cette cyanobactérie, résume Joris Manson, en charge du développement commercial, au sein du Gaec Solis Culturae. En revanche, le second élément différenciant – le savoir-faire pour les étapes successives de production et de transformation – est commun à d’autres productions agricoles végétales. Et de ce point de vue, les trois dirigeants du Gaec s’appuient sur des parcours professionnels complémentaires, d’une part ; et sur une ambition commune concernant le développement de leur exploitation, d’autre part.

L’histoire de Solis Culturae n’a rien à envier à celles d’entreprises de la Silicon Valley, comme Apple ou Google, créées dans un garage et passées, en quelques années, du statut de start-up à celui de groupe d’envergure mondial. Pour Lilian Ducci, Julien Le Tellier et Joris Manson, la success story débute à Châteaurenard et plus précisément... à l’école maternelle, où ils se sont connus. “Notre amitié date de cette époque. Elle a très certainement contribué à la réussite de Solis Culturae“, raconte Joris Manson. La complémentarité de leurs choix d’études supérieures et leurs parcours professionnels respectifs ont également beaucoup compté : Lilian est technicien supérieur en aquaculture et titulaire d’une licence gestion durable de l’environnement ; après un BTS en maintenance industrielle, Julien a suivi un cursus d’ingénieur en génie industriel au Conservatoire national des arts et métiers ; enfin, titulaire d’une licence en maintenance des installations énergétiques, Joris s’est ensuite orienté vers des fonctions de technico-commercial.

10 000 m² de bassins supplémentaires

En lieu et place d’un garage, c’est sur une parcelle agricole appartenant au père de Lilian Ducci, que ce dernier aménage avec Julien Le Tellier des serres sous lesquelles ils construisent 1 000 m² de bassins, pour débuter la production de spiruline. Lilian – qui a travaillé pour l’Ifremer notamment – apporte ses compétences techniques pour la culture de la spiruline et Julien, son expérience professionnelle acquise dans l’industrie, pour le volet transformation. Un premier agrandissement intervient deux ans plus tard : le duo rachète un terrain de 4 000 m², sur lequel ils créent 1 000 m² de bassins supplémentaires... Les deux dirigeants, auxquels Joris Manson s’est joint en 2019, disposent désormais de 7 000 m² de bassins, répartis sur deux sites et prévoient, pour l’an prochain, la création de 700 m² supplémentaires qui accueilleront des bureaux, les ateliers de conditionnement et un espace de stockage des matières sèches.

Notre objectif est la création de 10 000 m² de bassins supplémentaires à court terme, soit 17 000 m² au total. Nous aurons alors atteint une taille critique qui nous convient. Nous ne souhaitons pas nous développer davantage“, commente Joris Manson. En parallèle, les trois associés souhaitent développer une SAS qui regroupera d’autres producteurs, aux côtés de Solis Culturae. Cette dernière pourrait mettre à disposition d’autres spiruliniers de la région ses outils de transformation et de conditionnement, dans le cadre de cette structure, mais “rien n’est arrêté pour l’heure, concernant son fonctionnement“ explique Joris Manson.

Une identité agricole revendiquée

Nous sommes concentrés, pour l’instant, sur le développement de la notoriété de notre marque et la commercialisation de nouveaux produits, comme la spiruline surgelée, qui représente un nouveau marché en pleine évolution, avec un fort potentiel“, poursuivent-ils. Le surgelé viendrait s’ajouter aux trois formats déjà existants – les paillettes, la poudre et les comprimés – produits majoritairement en marque blanche, pour des distributeurs et des laboratoires. Le reste de la production est commercialisé auprès de grandes surfaces spécialisées, comme Biocoop (le Gaec est référencé au niveau national) ou ‘Marcel & fils’, “qui nous a fait confiance dès le début“, sans oublier un réseau de 200 revendeurs (épiceries, pharmacies...) en France.

Enfin, pour s’imposer face à la concurrence représentée par la spiruline importée de pays hors UE (Chine, USA, Inde), qui bénéficie – via un processus d’équivalence – de la certification en agriculture biologique, Solis Culturae met en avant ses certifications Ecocert et Haute valeur environnementale, et revendique son statut d’entreprise agricole française. Autant d’arguments commerciaux destinés à se démarquer sur un marché national en pleine expansion, dont seulement 10 % des 400 tonnes de spirulines déshydratées consommées en 2020 sont originaires de France. 

Julien Dukmedjian


Après une première phase d’égouttage et de filtrage, le reste d’eau est séparé de la biomasse dans des cadres (© J. Dukmedjian).

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