Circuits courts : s’adapter encore et toujours

Publié le 03 novembre 2020

Comme l’ont témoigné de nombreux acteurs de la région à l’occasion d’une conférence Med’Agri, les circuits courts permettent au produit local de regagner de la visibilité et des parts de marché. © DR

Si cette année 2020 a bousculé le monde agricole et les producteurs dans leur organisation commerciale et leurs relations avec les clients, elle a aussi révélé, ou accéléré, de nouvelles opportunités. Mais à y regarder de plus près, les canaux de distribution des produits agricoles sont en réalité en constante évolution. En témoignent les initiatives prises ces dernières années en région.

C’est un fait avéré : les circuits courts sont en pleine mutation. Dans le Vaucluse, par exemple, l’association de compétences et de moyens entre agriculteurs, la Chambre d’agriculture et la Communauté d’agglomération du Grand Avignon a permis de récupérer un capital confiance auprès des consommateurs locaux. À l’origine, la volonté de s’adapter à l’évolution de la demande des consommateurs urbains, et de répondre à de nouveaux débouchés. Plusieurs projets vont alors émerger grâce à l’association ‘En direct de nos fermes’ à partir de 2016, comme la mise en place de distributeurs automatiques de produits fermiers sur Avignon (deux distributeurs pour 200 casiers), la création d’une plateforme Agrilocal, pour alimenter la restauration collective, ou d’un drive fermier, plus récemment.

La période du confinement a fortement sollicité ces circuits de vente directe existants, comme en témoigne Hervé Larguier, arboriculteur à Cavaillon, membre de l’association ‘En direct de nos fermes’. “Le 14 mars, quand tout s’est arrêté, nous avions déjà des marchés engagés avec les collectivités, et l’on s’est retrouvé avec d’importants volumes de pommes à commercialiser. Le drive fermier, en place depuis 2018, a heureusement permis de continuer à commercialiser, mais ce n’était pas les mêmes marchés : il a fallu s’adapter, faire de plus petits lots, s’organiser pour les livraisons, etc. Par la suite, la demande en fruits et légumes frais a explosé, et nous avons su répondre aux exigences sur le service avec des livraisons rapides, la fraîcheur et la qualité des produits. L’expérience a été très positive. À nous maintenant de continuer à travailler, sur l’animation notamment, pour entretenir le lien avec les clients.”

 

Et maintenant les autoroutes

Mais, pour la Chambre d’agriculture du Vaucluse – qui intervient sur tous les projets de drive fermier ou de site de e-commerce en lien avec l’agriculture –, “le développement de points relais pour être au plus proche des consommateurs va se poursuivre sur le département”, confie Guillaume Sinard. Un nouveau driver fermier – composé d’un distributeur de 48 casiers réfrigérés – a déjà été testé sur l’aire d’autoroute de Morières-les-Avignon pendant quelques mois. Ce premier partenariat avec Vinci Autoroutes s’est révélé un succès, et la Chambre d’agriculture de Vaucluse envisage désormais d’étendre ce type d’actions à d’autres aires ou parkings de co-voiturage de la région. Laurent Noé, responsable de la communication chez Vinci Autoroutes, confirme d’ailleurs son intérêt autour de ces initiatives : “Pour favoriser l’arrêt sur nos aires, nous avons besoin de diversifier les produits et les services proposés, nous avons besoin de proposer de l’authenticité, et les produits agricoles locaux répondent incontestablement à une demande de nos clients, des sociétés d’autoroutes et des enseignes”.

Dans les Bouches-du-Rhône, le marché physique de demi-gros – piloté par la Métropole Aix Marseille Provence avec le concours de la Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône – fonctionne lui depuis 12 ans déjà, avec toujours autant de succès. Son objectif ? Rapprocher le consommateur et le producteur. Les producteurs dans un chapiteau y vendent en demi-gros, ce qui permet aux consommateurs de s’y retrouver sur le prix. La démarche génère de gros volumes depuis ses débuts. Ainsi, 1 000 tonnes de produits ont été vendues sur six mois cette année. Et, côté fréquentation, 90 000 visiteurs se sont déplacés à la halle, un circuit qui rassemble plusieurs typologies d’exploitants agricoles. “La particularité cette année est que la halle de Plan de Campagne, qui a ouvert fin mai, s’est vue complétée quelques jours plus tard d’un drive fermier, avec la mise en place de deux points de récupération des produits. Une solution identifiée avec le confinement”, explique Grégory Galtier. En charge de circuits courts à la Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône, il a observé la même pression au niveau de la vente directe sur le printemps. Pour y répondre, il a fallu orchestrer une double mécanique, avec la halle d’un côté et le drive de l’autre. Mais ce nouveau débouché offre de nouvelles perspectives : “Une dizaine de producteurs de la halle a voulu jouer le jeu sur le drive : cela a permis de lancer un événement, de montrer aussi aux consommateurs une nouvelle façon de réserver. Le drive a perduré durant toute la période du confinement, mais les consommateurs sont ensuite progressivement revenus sur leurs habitudes d’achat sur le marché physique. Toutefois, les retours sur cette nouvelle possibilité pour eux sont cependant très positifs”, rapporte Grégory Galtier.


Restauration collective, une clientèle d’avenir

Aujourd’hui en région, la restauration collective est l’une des voies de diversification qui apporte le plus de dynamique sur les territoires. Avec l’évolution des demandes, il y a une vraie opportunité autour de ce débouché, en particulier depuis la loi Égalim. Mais vendre aux cantines peut faire peur à certains. Adhérent depuis 2014 à la plateforme Agrilocal, Hervé Larguier explique “qu’il a même fallu au départ convaincre certains responsables et gestionnaires”. Il s’agit, pour lui, d’un segment à aborder sous un certain angle : “On ne vend pas des volumes conséquents, mais les opportunités de répondre à des demandes tout autour de nous sont nombreuses. Après, il faut aller chercher les structures collectives et leur apporter un service”. Ainsi, pour livrer les collèges, il faut aussi s’adapter, en particulier sur les coûts qui sont, pour les cantines scolaires, “vraiment serrés”, mais aussi sur la livraison des bonnes quantités, “afin de répondre aux exigences sur des demandes spécifiques”, témoigne le producteur. Mais les chiffres sont là. “Aujourd’hui, la plateforme profite à 91 acheteurs dans le Vaucluse, et plus de 210 fournisseurs sont référencés, dont 170 exploitations agricoles. La restauration collective est une clientèle d’avenir et les cantines s’intéressent de plus en plus à cet approvisionnement local de qualité. Les agriculteurs, comme ceux de l’association ‘En direct de nos fermes’, ont tout intérêt à se regrouper pour répondre à ces demandes, qui seront de plus en plus intensives sur ce segment”, commente Pauline Ricard, en charge de l’animation de la plateforme Agrilocal 84 pour le Département de Vaucluse.

Mais, au-delà du département, la réflexion autour de la restauration collective est engagée depuis un certain temps avec de nombreuses démarches. “Plusieurs groupes d’agriculteurs se sont constitués pour créer des plateformes physiques d’approvisionnement de la restauration collective. Pour répondre à ces marchés publics et travailler avec les cantines des collèges, lycées et cuisines centrales, il faut s’en rapprocher”, explique Grégory Galtier, en charge du réseau régional des plateformes.

Plus qu’une opportunité, c’est donc bel et bien une nouvelle filière qui est née pour les approvisionnements de la restauration collective. Avec les associations de producteurs, la restauration collective, les casiers, les drive et maintenant l’autoroute, tous ces débouchés qui s’agglomèrent répondent à un objectif : “Permettre au produit local de développer de la valeur ajoutée, pour que tout le monde s’y retrouve. Le Covid nous a montré au moins une chose : il faut savoir réagir, et vite, pour répondre aux attentes de la société et des agriculteurs”, observe André Bernard, président de la Chambre régionale d’agriculture. 

Emmanuel Delarue

 

De nouvelles opportunités avec le e-commerce

Le e-commerce offre de nouvelles possibilités à l’agriculture mais, comme l’indique Anne Pyt-Bennato, de l’Association permanente des Chambres d’agriculture, il s’agit aussi d’un segment qui évolue très vite et qui a aussi ses contraintes.

En dix ans, le chiffre d’affaires généré par les cyberacheteurs en France a été multiplié par trois. Et l’évolution de ce segment très technologique continue d’augmenter. “Il est évident qu’il faut réagir, se positionner pour intégrer ce train qui va vite et devient incontournable. Et, dans ce nouveau paysage, l’alimentation prend toute sa part” mais doit proposer de nouveaux services, explique-t-elle.

Ainsi, la livraison le jour même devient un véritable enjeu ce qui, pour les circuits courts, n’est pas forcément un paramètre facile à intégrer. Le segment concerne de plus en plus les PME et TPE, qui l’utilisent comme un prolongement de leur activité et un support de communication pour réaliser des ventes supplémentaires. En circuits courts, le e-commerce peut s’envisager de multiples manières, le drive étant un exemple des plus aboutis. Encore faut-il veiller à lui donner les moyens de réussir, car le succès n’arrive pas seul. “Il ne suffit pas de créer un site internet pour qu’un driver fermier, ou de la vente de produits agricoles, se fasse tout seul. Il faut de l’humain ; il faut que les agriculteurs soient au cœur du système pour développer un projet viable et une organisation pérenne”, résume Anne Pyt-Bennato. Un drive atteint sa maturité en 18 mois, d’où l’importance d’avoir une communication dès le départ. C’est un circuit qui a besoin d’animations, de rencontres avec les producteurs, de parrainage, de fidélisation, etc. 



Aujourd’hui en région, la restauration collective est l’une des voies de diversification qui apporte le plus de dynamique sur les territoires. © Ville de Nevers

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