CIVP : Les Vins de Provence engagés dans une stratégie ambitieuse

Publié le 17 décembre 2019

C’est au LEAP de la Provence Verte, à Saint-Maximin, que s’est tenue l’assemblée générale du CIVP. L’occasion de mettre l’accent sur l’importance de la formation et les besoins de compétences de la filière viti-vinicole.

Face aux nombreux défis à relever dans un contexte contraint, le Conseil interprofessionnel des vins de Provence maintient le cap de la prémiumisation, en portant une stratégie ambitieuse de consolidation de ses marchés traditionnels et de développement de destinations émergentes à l’export.

“Le CIVP et les Vins de Provence viennent de vivre une année intense “, souligne le président de l’interprofession, Jean-Jacques Bréban, en revenant sur les nombreuses actions mises en œuvre en 2019. De la relance des ‘Rencontres du Rosé’, à Marseille en début d’année, au nouveau partenariat avec l’Occitane, au Japon, en passant par le renforcement de la communication digitale sur les réseaux sociaux et via les influenceurs, la création de l’évènement ‘Les jolis soirs’ pour les Coteaux varois en Provence, ou encore le lancement d’un mook1 Côtes de Provence, le CIVP innove et multiplie les initiatives. “Toutes ces nouveautés, additionnées aux dizaines d’actions réalisées en France et à l’international, ont pour objectif d’accroître sans cesse la notoriété de nos appellations, et d’accompagner leur mon­tée en gamme dans le monde entier”, rappelle Jean-Jacques Bréban, en félicitant les équipes pour “leur énergie et leur implication”.

Un plan d’actions à 7 millions d’euros par an

Et ce n’est qu’un début, tant les ambitions et les attentes sont fortes. À la suite de l’augmentation des cotisations de ses adhérents, votée lors de l’assemblée générale de juillet dernier, le CIVP s’appuie sur un budget en haus­se de 27 %. “Une augmentation de cotisation n’est jamais une décision anodine. C’est une décision courageuse, signe que nos entreprises ont pris cons­cience du potentiel de développement de nos vins, des défis à relever, des ambitions à porter, et des moyens collectifs à mettre œuvre”, salue Jean-Jacques Bréban.

L’interprofession va pouvoir mettre en œuvre, sur trois ans, un ambitieux plan d’actions de près de 7 millions d’euros par an, visant 17 marchés cibles. L’objectif affiché du CIVP est de consolider ses positions sur les marchés dits mûrs, tout en développant les marchés émergents, notamment sur la zone Asie-Pacifique, en faisant le choix assumé de la diversification. Ainsi, si l’effort sera maintenu sur des destinations phares comme les USA, l’Angleterre ou l’Allemagne, l’interprofession entend, en parallèle, renforcer sa présence au Canada, redynamiser la communication sur plusieurs pays européens

- dont les Pays-Bas, la Suède, la Belgique et le Danemark -, et aller plus avant à la conquête de la Chine, Hong-Kong, la Corée du Sud, le Japon, l’Australie, ou encore la Nouvelle-Zélande. Sans oublier, évidemment, le marché intérieur français. “La communication sera équilibrée. Il n’est pas question d’abandonner la France. Car si l’export coûte plus cher, le marché français est plus compliqué”, explique Jean-Jacques Bréban.

Après une année 2019 déjà intense, 2020 s’annonce donc comme “l’année de tous les défis “. “Brexit, taxes américaines, chute de la consommation de vin en France, augmentation de la concurrence... Nous sommes confrontés à une conjoncture particulièrement difficile”, résume le président de l’interprofession. Pour Jean-Jacques Bréban, le potentiel encore important de croissance du rosé à l’international, le caractère de référence des rosés de Provence à travers le monde, les bons équilibres économiques au vignoble, et la qualité des produits - le millésime 2019 étant annoncé comme “exceptionnel” - sont autant d’atouts à faire valoir pour les Vins de Provence. Et la diversification est une perspective d’avenir, dans un contexte socio-politique mondial mouvant et agité.

Rester unis, raisonnables et combatifs

Pour autant, ambition doit se conjuguer avec prudence sur des marchés tendus. “L’export est globalement stable, mais le circuit de la grande distribution en France est en baisse de 30 %, et le rosé est à peine émergent encore dans de nombreux pays. On retrouve les baisses de production au vignoble sur les marchés aujourd’hui, ce qui crée des tensions, des hausses de prix et des distorsions”, analyse le directeur du CIVP, Brice Eymard. Si le disponible 2019 a progressé de 2 % par rapport à 2018, après deux petites récoltes, il reste bas par rapport à la moyenne quinquennale. Pour le millésime 2019, les estimations tablent sur une production de rosé de 1 125 000?hl pour les trois appellations des Vins de Provence, soit une hausse sensible par rapport au millésime précédent. Les aléas de production restent une préoccupation majeure.

“Comme si cela ne suffisait pas, alors que la viticulture est un fleuron de l’image et de l’économie française, qu’elle façonne les territoires et les paysages, qu’elle s’engage toujours plus fortement dans la transition écologique, les entreprises et les organisations vitivinicoles ne reçoivent, en retour, qu’attaques et pressions sociétales, encouragées par quelques associations radicales, média et politiques sensationnalistes et, plus grave, parfois même par nos propres ministères. Au niveau national, les récents échanges avec les autres interprofessions, au CNIV, semblent montrer que nos interlocuteurs, dans les ministères, n’ont toujours pas compris l’importance de ces enjeux. Malheureusement, ce n’est pas mieux au niveau local : nous avions proposé aux députés locaux une rencontre la semaine dernière, pour leur exposer nos problématiques. Aucun n’était disponible. Je le dis ici : nous ne devons rien lâcher et rester combatifs. Et j’espère bien pouvoir compter également sur un soutien plus fort de nos élus locaux et de l’État”, défend Jean-Jacques Bréban avec force.

Mais c’est, avant tout, sur leurs propres ressources que comptent les Vins de Provence. “Après des années un peu folles et face à des marchés qui se compliquent, c’est l’heure de vérité pour notre vignoble. Je vous engage donc tous à rester unis, raisonnables et ambitieux collectivement, pour pérenniser le succès et garantir l’avenir de nos Vins de Provence. C’est ensemble que nous devons mener ce combat compliqué”, conclut dans cet esprit le président du CIVP.

Gabrielle Lantes

 

1 Un mook est une publication périodique de forme hybride, entre magazine, revue et livre.

 

Photo G.L.


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