CIVP : les Vins de Provence résistent aux aléas du marché

Publié le 18 février 2020

Brice Eymard, directeur du CIVP, aux côtés de Jean-Jacques Bréban, président de l’interprofession des Vins de Provence.

Entre taxe Trump et Brexit, sur un marché mondial de plus en plus concurrentiel, les Vins de Provence résistent et entendent maintenir leur dynamique, et leur positionnement, en tant que leader référent sur le rosé.

Si le vin français fait les frais du bras de fer entre les USA et la France autour d’Airbus et des Gafa, le président du Conseil interprofessionnel des vins de Provence (CIVP), attentif à la situation, reste optimiste. “Nous sommes des gens de terrain, nous savons nous adapter“, positive Jean-Jacques Bréban, conforté par les chiffres de l’Observatoire mondial du rosé, qui traduisent le dynamisme des vins rosés dans le monde.

La taxe américaine de 25 % sur les vins français – ainsi que la menace, pour l’heure écartée, d’une taxation de 100 % – a néanmoins suscité beaucoup d’inquiétudes. “La fin d’année a été un peu bousculée, mais producteurs et négociants ont su réagir. Nos importateurs étaient inquiets. On a vu des clients acheter plus et plus tôt, pour faire des réserves, mais on a pu apprécier l’attitude responsable des différents opérateurs qui, pour limiter l’impact, ont fait des efforts sur leur marge. Dès décembre, tout le monde s’est mobilisé, et les entreprises ont su prendre un risque mesuré pour ne pas perdre ce marché américain. Aujourd’hui, je crois que l’on a su le préserver. Tout ça pendant les grèves, avec la fermeture de certains ports qui a parfois entraîné le blocage de containers. Certains envisageaient de faire des mises en bouteille aux USA, mais je ne pense pas que cela soit une bonne solution : on perdrait en valeur ajoutée, sans compter la question de la maîtrise de la qualité et de la traçabilité“, explique Jean-Jacques Bréban.

Des voyants au vert malgré un contexte mouvementé

Première destination à l’export des Vins de Provence avec 200 000 hectolitres, soit 17 % de la production et 47 % des exportations, les USA restent un marché crucial et porteur. Pour défendre ses positions, la filière a sollicité les députés locaux et interpellé les ministères, sans grand effet. “Clairement, les enjeux aéronautiques passent avant la viticulture. Nos élus sont, je pense, un peu éloignés des considérations agricoles, et l’exécutif ne prend pas la mesure de la situation“, regrette le président du CIVP.

Plus près, la Grande-Bretagne est le deuxième marché à l’international des Vins de Provence, et le Brexit y réduit la visibilité. “Pour 2020, on va continuer à vendre nos vins normalement. Il faudra voir par la suite, en fonction de ce qui se décidera en fin d’année“, juge Brice Eymard, directeur du CIVP.

Dans ce contexte compliqué, les voyants restent pourtant au vert pour les Vins de Provence, qui continuent à se vendre, et à bien se vendre, aux USA comme en Grande Bretagne. “On prévoit encore une hausse sensible des exportations en 2019. Cela montre une certaine capacité de résilience, et une puissance de la marque Vins de Provence. La demande est là. Si les volumes baissent un peu vers la Belgique, l’Allemagne ou la Suisse – des marchés traditionnels sensibles au prix –, on voit que les pays où nous sommes bien positionnés sur le premium résistent plutôt bien à l’augmentation de prix“, développe Brice Eymard.

Diversification et typicité

Les aléas de la politique internationale viennent finalement conforter les orientations du CIVP, dont le plan d’action, pour les années à venir, privilégie la diversification des marchés à l’export. “Les USA sont un vrai moteur, mais ne peuvent pas être le seul. Le rosé est un produit émergent dans de nombreux pays. C’est encore le cas aux États-Unis qui, en étant un gros consommateur, représente moins de 5 % de la consommation totale de vins. Il y a aussi un gros potentiel en Asie, une terre vierge à conquérir, et en Australie. L’enjeu est de garder notre leadership à l’international, en se positionnant dès le départ sur du premium. C’est un peu plus compliqué en Europe, où le rosé a encore trop souvent une image d’entrée de gamme“, analyse Brice Eymard. La Chine est, notamment, l’un des principaux pays cibles du CIVP, qui a pour objectif d’y vendre entre 5 et 10 % de ses volumes, d’ici cinq ans.

Le marché français, premier en volume pour environ 60 % de la production, n’est bien sûr pas oublié. Et la grande distribution (GD) ne doit pas être écartée, selon Jean-Jacques Bréban. “On a décroché un peu sur la GD, à un moment où il y a eu à la fois petite récolte et augmentation de prix. La demande a alors poussé vers l’export, et puis la grande distribution est en pleine restructuration. Mais la situation ne résulte pas d’une volonté de notre part : il faut continuer à alimenter la grande distribution“, souligne le président du CIVP, fier ambassadeur des Vins de Provence. “Nous avons une identité et une typicité qui sont des atouts. Il faut d’ailleurs veiller à garder notre palette aromatique et nos couleurs. Même si cela peut être difficile à l’étranger, cela reste très important, particulièrement en France, d’avoir cette diversité qui fait nos rosés de Provence“, défend-il. 

Gabrielle Lantes

 


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