Compostage à la ferme, un processus à maîtriser

Publié le 01 août 2022

Discussions et échanges autour du principe et des objectifs du compostage en bout de champ (© E. Delarue).

Les agriculteurs ont besoin de solutions efficaces pour redonner de la vie à leurs terres et limiter l’impact du réchauffement climatique. Le compostage de proximité se présente comme un procédé idéal. Encore faut-il en maîtriser la pratique.

Les sols provençaux sont globalement en mauvaise santé et pauvres en matières organiques. La recherche de solutions pour réintroduire de la vie dans les sols d’un côté, et le développement de la valorisation des sous-produits organiques d’origine diverse de l’autre, constituent des enjeux agricoles et sociétaux forts. Parmi les différents modes de traitement des déchets, le compostage à la ferme se présente comme un moyen privilégié par de plus en plus d’exploitations.

Mais, plusieurs critères sont à prendre en compte pour se lancer dans une démarche de recyclage de déchets, afin d’en maîtriser pleinement le processus. Le service ‘Agronomie et environnement’ de la Chambre d’agriculture du Var organisait à ce titre une rencontre sur le sujet, dans la plaine de Trets, le 4 juillet dernier. En compagnie de Stéphane Guillouais, chef de projet ‘Matières organiques’ à la Chambre d’agriculture de la Drôme, et d’agriculteurs, une tournée sur plusieurs parcelles a permis de faire un large tour d’horizon sur les objectifs et les pratiques du compostage.

Des discussions et des échanges entre participants autour de tas de biomasses plus ou moins compostées (déchets verts, fumiers, mélanges...) ont surtout été l’occasion de faire témoigner des ‘pratiquants’ du compostage de proximité.

Retourner, arroser et surveiller

Rémi Roubaud – qui exploite 25 hectares de vignes conduites en Haute valeur environnementale – a réservé une parcelle sur son exploitation pour installer une plateforme de compostage. Il y entrepose du fumier de cheval – que des écuries à proximité lui permettent de récupérer – et fait composter ces déchets durant six mois, avant d’épandre la matière dans ses vignes. 

Dans la pratique, il réalise plusieurs andains à la fin mars, avec un épandeur à fumier, puis il les arrose et fait monter en température jusqu’à 70°C. Les tas sont retournés ensuite au moins deux fois pour pouvoir être épandus. L’exploitant procède à des analyses de son compost, qu’il complète éventuellement avec un engrais minéral.

Fin septembre, il épand le compost obtenu à une quantité de 25 tonnes par hectare, un rang sur deux. Mais le fumier de cheval est pailleux, et il faut arriver à le faire bien décomposer avant de le mettre dans le sol. Il sème aussi un engrais (mélange de vesce, orge et avoine locale) deux rangs sur trois, sur tout son vignoble au mois d’octobre. Aux premières gelées, il passe le broyeur pour enfouir le couvert.

Depuis quatre ans, ce système convient bien à ses terres légères. “Cette solution me permet d’aller chercher de la structure dans les sols. J’ai constaté aussi un regain de vigueur sur les vignes, et j’ai déjà divisé par deux mes apports en engrais minéral”, explique Rémi Roubaud. Il devrait d’ailleurs les abandonner à terme. “Le procédé comporte néanmoins des contraintes. De temps notamment, pour suivre de près l’évolution des étapes du compostage”, observe le viticulteur.

Remettre de la vie dans le sol

Dans le même secteur, d’autres initiatives sont développées depuis quelques années autour des déchets verts. Un véritable réseau s’est mis en place, avec les plateformes de gestion des déchets verts, dans l’idée d’alimenter les agriculteurs en engrais naturels. Avec l’association ‘Argena1’ et différents partenaires, un produit affiné issu du broyage des matières ligneuses est utilisé comme compost pour des exploitations à dominante viticole. “Pour ces exploitations, l’objectif était de remettre de la vie et structurer le sol”, explique Thibaut Juvenal, de la Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône.

La bonne formule a été trouvée avec l’industriel Véolia, qui accompagne les agriculteurs dans cette démarche, ce qui permet désormais de gérer plusieurs dizaines de milliers de tonnes de compost de qualité. Une fois broyés, triés et affinés, ce ne sont en effet plus des déchets verts, mais des Matières végétales affinées (MVA) inscrites sous cette dénomination au catalogue Écocert. C’est aussi un produit bio qui peut être stocké sur un terrain jusqu’à 1 000 t, sans installation particulière, à condition de respecter le règlement sanitaire départemental.

Comme l’expliquait Mireille Milliau, viticultrice sur Trets et présidente de l’Argena, “l’association a beaucoup travaillé sur la structuration des sols, avec la recherche d’un itinéraire technique adapté qui repose aussi sur les engrais verts. Sur vigne, les apports massifs de MVA avant plantation, mais aussi au printemps, permettent au sol de se renforcer, de protéger les cultures, mais aussi de réduire leur consommation en eau”.

Dans la pratique, les exploitations apportent généralement 20 t/ha/an de MVA. Des apports massifs – de l’odre de 200 t/ha avant plantation – ont aussi montré leur intérêt pour régler les potentiels problèmes de faim d’azote.

Pas de copier-coller

Dans le compostage à la ferme, tout n’est pas dans le copier-coller d’initiative de certains chez d’autres. Les objectifs de départ doivent d’abord être bien définis, et c’est grâce aux échanges et expériences que les pratiques peuvent être localement adaptées et reproduites. Le compostage à la ferme est un procédé plutôt rustique, et l’un de ses inconvénients est qu’il demande à être ‘travaillé’, pour compenser les variations de dégradations des matières”, souligne le conseiller Stéphane Guillouais.

La durée du processus de dégradation dépend aussi des matières mises à composter : plus elles sont carbonées, plus elles seront longues à dégrader. À l’inverse, plus elles sont azotées, et plus elles se dégraderont rapidement. Par ailleurs, lorsque le compost est mal maîtrisé, ou qu’il contient des éléments trop grossiers ou trop ligneux, il faut faire attention au risque de faim d’azote. Dans tous les cas, il est recommandé de faire une analyse en laboratoire, pour s’assurer des paramètres agronomiques et de la valeur fertilisante du compost.

Dans le cas de la valorisation des déchets verts, la transformation en amendement permet aux exploitations de disposer d’une solution ‘clé en main’ livrée bord de champ.

Depuis cinq ans, le réseau Argena – qui capitalise des connaissances sur le recyclage et des méthodes de compost à la ferme – permet de valoriser une source importante de matières organiques végétales du territoire. La collaboration et son tissu de partenaires techniques a permis de lancer aussi un projet (Adamos, pour Appui au développent d’apports de matières organiques pour les sols, ndlr) autour de ces pratiques, et continue d’approvisionner les agriculteurs du réseau, à moindre coût, grâce aux déchets verts.

Au cours de l’année 2021, quelque 7 000 t de MVA ont été ainsi fournies aux exploitations du secteur la Vallée de l’Arc. 

Emmanuel Delarue


Le compostage est un processus qui débute avec leur mise en tas. Plusieurs autres phases sont nécessaires pour la transformation en compost au cours d’un processus global de six à huit mois.

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