Congrès de la FDSEA 13 : “nous avons besoin de temps“

Publié le 25 février 2020

Lors du congrès de FDSEA, le débat autour des signes de qualité a mis en lumière les attentes des agriculteurs concernant la rémunération de leurs produits, lorsqu’ils s’engagent dans des démarches souvent lourdes pour les exploitations.

Indispensables au territoire, les agriculteurs réaffirment leur rôle sur les plans économique, sociétal et environnemental. Aussi, la profession réclame-t-elle du temps et de la considération, pour continuer de s’adapter.

Less Bouches-du-Rhône sont un département atypique, de par la mosaïque de leurs filières, leurs différents territoires, leurs qualités et leurs nombreux atouts. Lors de sa visite pour le congrès de la FDSEA, organisé cette année à Puyricard, Arnaud Rousseau – le président de la Fédération française des producteurs d’oléagineux (Fop), également président du Groupe Avril –, en aura découvert quelques-uns. Il a aussi eu l’occasion de remarquer combien les agriculteurs locaux ont su relever les défis qui se sont dressés sur leur chemin, et comment ils abordent aujourd’hui ceux portant sur les attentes sociétales autour de l’environnement, la biodiversité, tout en s’adaptant aux changements climatiques. “Nous sommes encore et toujours prêts à faire évoluer nos pratiques. Mais il faut nous laisser le temps, et ne pas nous mettre le pistolet sur la tempe“, tempérait aussi Patrick Lévêque. Le président de la fédération évoquait la situation dans laquelle se retrouvent aujourd’hui certaines productions, impactées par le retrait de nombreuses substances actives, sans solutions de remplacement. “Le retrait du Mocap contraint, par exemple, les producteurs de pommes de terre à partir sans filet cette année. Ce qui n’est pas le cas des producteurs belges qui ont gardé le produit.“

Un observatoire mis en place contre l’agribashing

Mobilisée avec ses partenaires de la Chambre d’agriculture et des stations d’expérimentation pour répondre à ses nouveaux défis, et apporter aux agriculteurs des solutions économiquement viables, la profession est pourtant accusée de tous les maux, malgré tous ses efforts.

Gaspilleurs d’eau, empoisonneurs, pollueurs et assassins... La coupe est pleine et déborde quand des collègues agriculteurs sont empêchés de travailler ou agressés !“ Et c’est le cas dans le département, où les incidents se sont multipliés ces derniers mois, soulignait le président de la FDSEA 13.

La fédération a d’ailleurs réagi face à l’agribashing, notamment par la mise en place, demandée en Préfecture, d’un observatoire qui coordonnera les services de l’État. Sur ce sujet, la profession est d’ailleurs vivement invitée à porter plainte, dès que des faits de cette nature surviennent, et à les faire remonter, pour que la fédération agisse en justice. “La peur doit changer de camp !“, lançait Patrick Lévêque.

Vent debout contre les ZNT

Autre sujet d’inquiétude croissant : le décret d’application sur les Zones de non-traitement (ZNT) de 5 à 20 mètres. Un décret “inapplicable“ selon le syndicat, et qui a largement alimenté les échanges du congrès. Certes, il laisse encore aujourd’hui beaucoup de questions sans réponse, mais le moratoire très attendu, demandé par la FNSEA1, semble en bonne voie.

Cependant, les agriculteurs exigent que la future loi foncière en “gestation éléphant, car toujours repoussée“, d’après le président, tienne compte de ces ZNT pour les nouvelles constructions : “C’est aux constructions de reculer devant les terrains agricoles, et non l’inverse !“, tempête Patrick Lévêque.

Mais le sujet ZNT n’est pas le seul qui affecte l’utilisation des terres agricoles. L’accès même au foncier et à l’eau conditionne la poursuite de l’agriculture méditerranéenne. L’action et l’engagement du syndicat dans la lutte contre l’artificialisation des terres n’ont pas faibli cette année. Mais le président appelait aussi à la vigilance face aux velléités de renaturation des terres agricoles de certains organismes, au profit d’une nature vierge et livrée à elle-même. “Les terres agricoles ne peuvent devenir des réserves ou des sanctuaires !“, affirme haut et fort le président de la FDSEA 13.

D’autres sujets occupent aussi l’attention du syndicat, à l’image de celui de l’emploi. Il y aura encore besoin de se mobiliser pour pallier au besoin de main-d’œuvre, pour garantir les introductions de contrats de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) répondant notamment aux besoins des productions spécialisées, ou bien encore pour repartir au combat sur le dossier du coût du travail et des TODE pour 2021.

Amortir la baisse etéfendre les particularismes

La réforme des retraites, la question de l’installation des jeunes ou encore la Pac et son prochain budget, sont également au centre de l’action du réseau syndical. “Nous devons pousser, avec le réseau FNSEA et celui des Chambres d’agriculture, pour amortir la baisse programmée du budget européen, et pour défendre les particularités de notre région“, résumait Patrick Lévêque.

Même si la politique européenne a toujours été au centre de l’attention des agriculteurs, la politique locale reste, elle aussi, essentielle pour faire entendre la voix de l’agriculture. “Les élections municipales sont une véritable caisse de résonance pour notre profession, et nous aurons la possibilité d’interpeller les candidats sur nos revendications“, concluait le président Patrick Lévêque. n

Emmanuel Delarue

1 Lire notre édition du 7 février 2020, page 3.


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