Congrès FDSEA 13 : la relance syndicale est engagée

Publié le 20 juin 2022

Pour Romain Blanchard, “commencer par se parler est ce qui permettra de faire réseau, au plan local, régional et national” (© E. Delarue)..

Plus assez nombreux ni assez forts pour avancer séparément, la FNSEA et les JA veulent parvenir à mieux travailler ensemble, pour faire face aux défis qui les attendent. Pour l’intérêt commun et le collectif, ces fronts doivent se construire dans les départements.

“Notre monde et ses problématiques changent et notre syndicalisme, de par sa responsabilité, son rôle majoritaire et de locomotive de l’agriculture, se doit d’évoluer afin d’avoir un coup d’avance.” Les propos du président de la FDSEA des Bouches-du-Rhône – en préambule de la table ronde organisée à l’issue du congrès annuel, mercredi 7 juin – ne laissaient planer aucun doute. C’est bien l’action collective des corps intermédiaires qui permettra de répondre à ces enjeux et à bien d’autres. Mais voilà, dans les rangs du syndicat majoritaire, adhérents et militants sont de moins en moins nombreux. Face au dilemme de cette érosion qui touche aussi bien la FNSEA que les JA, les deux réseaux veulent relever ensemble les manches. “Et c’est le local et le régional qui permettront de se souder, de faire réseau”, lançait
Romain Blanchard. Pour étayer le propos et lancer les échanges autour de l’avenir du syndicalisme agricole – dans un contexte dominé par la reconquête de la souveraineté alimentaire –, le président de la FDSEA 13 avait pris soin de faire témoigner des personnalités d’autres milieux professionnels.

Frédéric Verdet, vice-président de la CPME 13 (syndicat des petites et moyennes entreprises), et Pascal Lefeuvre, ancien président de la CFE CGC (syndicat de l’encadrement), partagent aussi le constat du monde agricole. L’érosion des adhérents, la perte de motivation dans l’engagement et la disparition de l’attachement viscéral au syndicalisme, encore présent il y a quelques années, ne sont plus les mêmes dans les entreprises. Une tendance qui a conduit à aller chercher d’autres profils d’adhérents, des gens désireux de mettre en avant des valeurs nouvelles, des valeurs de résilience, de courage, de Responsabilité sociétale d’entreprise (RSE), d’acteur social et territorial.

Pour inverser la tendance

Sur le terrain, ces responsables syndicaux ont naturellement continué de miser sur le soutien juridique, le conseil et la formation, pour susciter l’adhésion. Mais ce n’est pas toujours suffisant. D’autres actions ont été engagées pour la renforcer. Sur la CPME 13, “un calendrier régulier de ‘business meeting’ et ‘d’after work’ a été mis en place, pour créer des conditions de rencontres et d’échanges. Un ‘réseautage’ efficace pour permettre aux chefs d’entreprise de sortir de leur isolement, se faire connaître et développer leur activité. Des systèmes de reconnaissance ont aussi été développés, pour apporter aux chefs d’entreprise ce petit supplément d’âme qui les pousserait à s’engager socialement sur leur territoire”, expliquait Frédéric Verdet.

Des initiatives efficaces et attractives qui ont sans doute fait écho à ce que la FNSEA souhaite activer. Représentant national de la FNSEA invité à Aix-en-Provence, Jérôme Despey a présenté les perspectives de rénovation et de modernisation sur lesquelles le réseau travaille. Ainsi, le projet FNSEA 2025 est né d’un constat établi il y a trois ans, lors des dernières élections des Chambres d’agriculture. “Nous avons fait le choix d’engager un plan de relance syndical, en raison de l’érosion du nombre d’agriculteurs, de la baisse des installations, mais surtout parce que notre taux d’érosion des adhésions était supérieur à cette pyramide des âges, qui nous est déjà défavorable”, indiquait le secrétaire général de la FNSEA.

Ce constat a conduit la structure à engager un plan de réformes en interne, afin d’aider les femmes et les hommes, qui ont le goût d’entreprendre en agriculture, à s’engager pour des territoires vivants et dynamiques. Renouer le contact des adhérents, aller à la rencontre des sympathisants, mais aussi de ceux qui sont dépendants de l’activité agricole, font partie des premières initiatives qui seront lancées. “Pour faire le bilan de l’offre de service du réseau et des attentes nouvelles, nous avons ce travail de proximité à mener avec les syndicats locaux, et nous avons besoin que vous vous mobilisiez pour aller convaincre ces sympathisants”, ajoutait Jérôme Despey.

Un projet porté
par les départements

Au niveau national, un travail sera piloté et animé par un groupe d’élus départementaux, une ‘task force’ issue des territoires dont Romain Blanchard fait partie. D’ici le prochain congrès de la FNSEA, elle sera chargée d’aller à la rencontre de chacun des départements, pour déterminer de quelle manière cette stratégie de relance syndicale sera déployée.

Pour motiver les départements dans sa mise en place, il est aussi prévu que la FNSEA récompense les fédérations départementales portant les initiatives les plus efficaces, lors du mois de la relance syndicale. Un cursus de formation à destination des membres des conseils d’administration des fédérations départementales va aussi être lancé.

Dans ce que vous engagerez, nous voulons valoriser ce qui s’inscrira dans la reconquête locale des adhésions au réseau, et créer des passerelles entre Jeunes agriculteurs et les fédérations”, ajoutait Jérôme Despey.

Dans beaucoup trop de départements, des Jeunes agriculteurs qui se sont investis ne se retrouvent pas ensuite au niveau des fédérations. La FNSEA et JA ont alors travaillé sur un état des lieux communs et “les résultats des deux côtés détonnent”, assure Jérôme Despey. “Mais c’est très instructif, car ils vont nous obliger à travailler sur nos fonctionnements respectifs, pour de meilleures transitions entre nos deux structures.

Les deux réseaux se retrouveront dans un conseil fédéral commun, prévu le 20 octobre prochain. Des propositions d’amélioration dans les relations et les fonctionnements permettront de créer ces fameuses passerelles. Une perspective qui réjouit déjà les Jeunes agriculteurs. Fraîchement élu secrétaire général au conseil d’administration lors du congrès national des JA, au Havre, Pierrick Horel, est déjà - avec les équipes de son réseau - bien attelé à améliorer la collaboration entre les deux maisons.

En première ligne pour détecter les futurs responsables syndicaux de demain, les JA ont aussi “du mal à capter des jeunes qui s’installent en agriculture, et c’est avec la FNSEA que nous voulons relever ces défis démographiques des agriculteurs dans les territoires”, lançait-il. Le manque de formations des adhérents et des jeunes responsables observé à un moment donné au sein des réseaux, au plan local jusqu’au niveau national, est aussi un constat que JA et FNSEA partagent.

S’enrichir de ses différences avec les plus jeunes

Pour le reste, “les désaccords peuvent arriver, mais l’important est que l’on se parle”, assure Romain Blanchard. D’ailleurs, en région, les relations FNSEA-JA se construisent et s’enrichissent déjà dans le dialogue. Dans les Alpes-de-Haute-Provence, si les rapports entre les deux structures n’ont pas toujours été évidents, les JA et la FDSEA ont su, depuis deux ans, développer une synergie entre les jeunes et les plus vieux.

Les deux têtes de réseau ont changé simultanément, et il y avait tout à créer. “La relance syndicale a commencé tout de suite. Et avec les JA, il était important d’avoir un syndicat fort et un poids politique crédible face aux services de l’État. On s’est enrichi de nos différences. Nous avons œuvré à équilibrer nos forces, pour être en capacité de travailler plus sereinement. Et cela passe notamment par la confiance”, indique Laurent Depieds, président de la FDSEA des Alpes-de-Haute-Provence. Ce que confirmait Jérémy Lieutier, secrétaire général des JA du 04, pour qui “les liens se sont construits et continuent de s’entretenir, même si nous ne sommes pas systématiquement d’accord. Mais l’on ne peut plus se permettre d’être désorganisés pour aucun des sujets agricoles”.

C’est cette complémentarité qui permettra à la grande famille FNSEA-JA d’être porteuse de solutions, de répondre aux attentes des filières, d’assurer les transmissions et le renouvellement des générations. C’est tout l’objectif du Réseau FNSEA 2025. Avec les élections des Chambres d’agriculture qui se profilent dans trois ans, l’enjeu est de taille. Mais il n’est pas trop tôt pour que les deux réseaux se penchent sérieusement sur ces questions. 

Emmanuel Delarue

 


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