Congrès jeunes agriculteurs : les Bouches-du-Rhône, un département qui installe malgré tout

Publié le 22 juin 2021

Du canton jusqu’au niveau national, les Jeunes agriculteurs et leurs partenaires veulent relever le défi de l’installation (@ E. Delarue).

Le renouvellement des générations et l’installation des jeunes sont au cœur des préoccupations des JA dans le département. Le marché foncier reste bien évidemment tendu, mais les solutions existent et les bonnes volontés sont là.

L’accès au foncier est une thématique récurrente pour l’agriculture du département. C’est aussi la difficulté principale aujourd’hui pour les jeunes qui souhaitent s’installer“, confiait Thomas Chaullier, président des Jeunes agriculteurs des Bouches-du-Rhône (JA 13). Et le défi est de taille puisque “d’ici 10 ans, 50 % des agriculteurs auront pris leur retraite“.

Pour son congrès annuel qui s’est tenu à Aureille, le 15 juin, le syndicat départemental avait choisi de proposer un tour d’horizon de la situation sur l’installation, d’évoquer les difficultés principales et les solutions existantes pour mieux accéder au foncier. Pour participer au débat, différents représentants de structures concernées au quotidien par le sujet étaient invités. Jean-Marc Bertrand, le responsable du pôle ‘Aménagement du territoire’ à la Chambre d’agriculture, rappelait d’abord quelques caractéristiques de l’agriculture du département. Dans une grande partie sud, le marché du foncier répond surtout à des logiques urbaines, alors qu’au nord, les territoires conservent une agriculture spécialisée, comme la riziculture, les fruits à pépins, etc. “Le marché foncier reste malgré tout tendu dans l’ensemble du territoire. En cause, la forte démographie du département et un foncier convoité pour d’autres activités que l’agriculture. Avec un rythme de consommation annuelle de l’ordre de 1 300 hectares par an, le foncier agricole est attaqué de toutes parts. À cette allure, il ne restera rien de l’agriculture dans 80 ans !“, indiquait Jean-Marc Bertrand.

La préservation du foncier agricole est un combat permanent de la Chambre d’agriculture et, aujourd’hui, l’aménagement du territoire est régi par de nombreux documents permettant de faire entendre la voix agricole. Les Jeunes agriculteurs – qui siègent au comité technique Safer ainsi qu’à la CDPNAF – constituent aussi des acteurs du foncier. Avec une boîte à outils réglementaire qui s’est étoffée, et au travers des études et des diagnostics agricoles qu’elle propose aux élus et aux intercommunalités, la Chambre participe en amont au redéploiement de l’agriculture dans les territoires du département. L’action publique (PLU, PAEN, conventions Safer, etc.) peut bien sûr, dans bon nombre de cas, influer sur le redéploiement de l’agriculture.

Le comité technique Safer, un rôle déterminant

De son côté, dans le département, la Safer s’appuie sur un champ d’intervention qui s’est aussi, ces dernières années, étendu pour contribuer à son développement local. Comme le rappelait Christophe Campanelli, directeur départemental de la Safer Paca pour les Bouches-du-Rhône, “pour maintenir la vocation agricole d’un bien et éviter la surenchère des prix, la Safer intervient en tant que médiateur entre projets. Elle travaille aussi au développement de l’agriculture et en faveur de l’installation en particulier“. Quand elle transmet une propriété ou une parcelle entre un vendeur et un acheteur, elle assure son rôle grâce à une articulation efficace sur le terrain. Une grosse partie de son activité est réalisée dans un cadre amiable, mais la Safer intervient aussi dans le cadre de la préemption simple, de la préemption avec révision de prix et de la préemption partielle, depuis quelques années. C’est d’ailleurs dans les Bouches-du-Rhône que la Safer réalise le plus de préemptions en France.

Le comité technique départemental – qui rassemble tous les organismes professionnels agricoles et les syndicats majoritaires – est l’une des instances clé dans ce domaine. Entre 10 et 12 comités techniques par an se tiennent dans le département pour donner un avis sur les projets présentés. Son rôle est déterminant et sa responsabilité lourde, pour favoriser l’accès au foncier des nouveaux installés.

Sur les projets d’installation, le foncier est justement très convoité, entre agriculteurs, entre nouveaux porteurs de projets, mais pas seulement. Et lorsque la Safer doit gérer des dossiers, rares sont ceux pour lesquels il n’y a pas de concurrence. Un constat assez révélateur d’une conjoncture qui reste favorable pour l’agriculture. Tout ce qui a trait au foncier reste toujours très passionné, mais l’arbitrage des dossiers au sein du comité technique se fait toujours “en regard des missions d’intégration du projet dans le tissu local, de sa conformité avec la politique locale, de la compétence du candidat et de la solidité technique et financière de son projet“, ajoutait Christophe Campanelli. Et les Bouches-du-Rhône sont un département où l’on installe beaucoup : ainsi, les chiffres de 2019 font état de 312 dossiers de rétrocession réalisés, 22 dossiers d’installation – dont 16 hors-cadre familial –, et 61 dossiers ont été réalisés pour consolider dans les cinq ans après l’installation.

Dynamique favorable dans le département

La dynamisation du tissu agricole est plus facile à impulser à l’échelle d’une collectivité. Et localement, la politique conduite en faveur de l’installation reste volontariste, comme l’a souligné Marie-Pierre Callet, vice-présidente du Département en charge de la viticulture. Elle se traduit d’abord d’une manière globale par une enveloppe de dix millions d’euros au profit de l’agriculture. Le Fonds départemental de gestion de l’espace rural du Département (FDGER) est également l’un des outils dédiés à l’installation. Doté d’une enveloppe de 700 000 €/an, “il est utilisé pour accompagner le renouveau des territoires agricoles abandonnés (8 000 hectares de friches sont recensées dans le département, ndlr), pour créer les conditions d’une exploitation et d’un entretien durables et raisonnés de ces espaces, dans un souci environnemental, de lutte contre les risques naturels ou de conservation d’un terroir agricole, dans les secteurs où il est menacé par la pression foncière“, explique-t-elle. Différents travaux peuvent être financés par le biais de ce fond (aide de 40 % à 80 % pour les agriculteurs désirant acheter un terrain en friches), comme les travaux de remise en état des sols, les aménagements sylvo-pastoraux et des travaux annexes (drainage, plantations de haies ou réfections de restanques), le tout avec un plafond de travaux finançables fixé à 100 000 € par exploitation. Le dispositif FDGER a permis de restituer, dans le département, 1 350 hectares à l’agriculture depuis 2015.

Quand il s’agit d’acquérir du foncier, de nombreuses questions se posent aussi ensuite pour le porteur de projet. “Le foncier est à la fois un bien professionnel et patrimonial pour un agriculteur. Son financement et son rattachement juridique doivent donc prendre en compte de multiples paramètres“, soulignait Vincent Thoral, de CERFrance. Il est donc impératif pour un candidat à l’acquisition de “planifier sa capacité de financement, de réfléchir au devenir à moyen et long terme du bien mais surtout, de croiser les regards d’experts“.

Même si Nicolas Milan, notaire sur Saint-Rémy-de-Provence, confirmait que, dans le département, “la pression foncière restait énorme“, il observe aussi que “d’autres mécanismes que le schéma d’acquisition classique du foncier se développent pour installer les jeunes, notamment avec la délégation du portage du foncier à un tiers“, par le biais de partenaires institutionnels, comme la Safer, les collectivités, mais aussi à l’initiative d’investisseurs privés.

57 ans, c’est l’âge moyen des agriculteurs du département. Un constat qui force à s’interroger sur l’avenir de notre secteur“, lançait Romain Blanchard, président de la FDSEA 13, à l’issue des différentes prises de parole. La question du foncier reste donc bien la pierre angulaire de l’installation, même si les enjeux autour de la souveraineté alimentaire sont aussi prégnants. “Alors, si tout n’est pas parfait en matière d’accès au foncier, on observe pourtant chez toutes les structures impliquées une vraie volonté d’avancer main dans la main pour permettre à la jeune génération d’y répondre“, concluait le président des JA 13, Thomas Chaullier.

 Emmanuel Delarue


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