Coopération Agricole Sud : à la croisée des chemins

Publié le 12 janvier 2021

L’accompagnement des coopératives dans de nouvelles filières de qualité apparaît comme l’un des grands objectifs de la Coopération Agricole Sud (Photo : E. Delarue).

Face à la crise, le système coopératif a montré sa capacité de résilience. Mais les défis à relever sont nombreux. Attachée à son territoire, la Coopération Agricole Sud refuse l’inertie et veut répondre aux attentes de ses adhérents et de la société.

Dans un contexte économique de mondialisation, de démantèlement des organisations de marché, et de concentration des acteurs économiques, les coopératives agricoles entendent continuer à défendre leurs spécificités. C’est aussi ce modèle qui a montré sa capacité à s’adapter, et à se mobiliser, pour maintenir l’activité des entreprises coopératives, face à la crise sanitaire et économique. Elles ont ainsi assuré la continuité de l’alimentation des Français.

Dans la région, les coopératives agricoles se sont inscrites comme un acteur incontournable de la chaîne alimentaire, en proposant une alimentation saine, de proximité et de qualité, accessible à tous. Elles ont aussi bénéficié du soutien de la distribution, qui a permis à certaines productions en difficulté de résister, comme la filière ovine, ou la fraise et l’asperge. Dans la gestion de cette crise, la fédération s’est pleinement investie, en accompagnant ses adhérents dans la poursuite de leurs activités.

Mobilisation et cellule de crise

Elle s’est rapidement réorganisée dès le début du confinement. Des remontées d’informations régulières auprès des pouvoirs publics nationaux et issues du terrain, à la recherche d’informations concrètes, pour différents territoires et filières, ont été assurées. La fédération a aussi travaillé en totale collaboration avec le Conseil régional, la Draaf, la Chambre régionale d’agriculture et les principales instances agricoles régionales, dans le cadre d’une cellule de crise, dont l’objectif était d’aider le monde agricole à faire face à l’urgence. Dans ce contexte difficile, une aide juridique en continu a pu être déployée, avec l’accompagnement des coopératives en droit social. Enfin, la fédération s’est efforcée de transmettre, au fur et à mesure de leurs sorties, les informations relatives à la poursuite de l’activité, à l’évolution de la réglementation, au report des assemblées générale, etc., et a su proposer aussi des webinaires sur diverses thématiques.

Dans un monde de plus en plus concurrentiel, les coopératives agricoles doivent néanmoins améliorer leur compétitivité et développer des stratégies d’alliances dans chacune des filières, afin de développer le revenu des adhérents, et de garantir la pérennité des métiers.

Mais au cours d’une année qui n’a épargné aucune filière, le système coopératif a cependant fait montre d’une grande résilience. Les défis que les entreprises coopératives entendent relever sur leurs territoires sont pourtant nombreux. Toutefois, elles peuvent s’appuyer sur le regroupement de moyens, de compétences et d’une écoute renforcée des besoins des adhérents pour atteindre leurs objectifs. De cette période inédite, la Coopération Agricole Sud veut tirer les bons enseignements. “L’avenir des coopératives se trouve dans la poursuite de leur solidarité et du travail collectif“, rapporte son président, Stéphane Honorat. “Nous devons capitaliser sur nos acquis et nous structurer pour relever trois défis majeurs : les transitions agro-écologiques, la souveraineté alimentaire, et le maintien de notre compétitivité. Nous pouvons déjà être fiers du chemin parcouru. Je ne doute pas que les coopératives – résolument solidaires, efficacement ancrées dans leurs territoires, et faisant toujours preuve d’agilité et d’innovation – puissent, une fois de plus, faire face“, com-
mente-t-il.

Structurer de nouvelles filières de qualité

Il s’agit, par exemple, d’agir pour une meilleure structuration des filières de qualité. Dans cet objectif, une dynamique collective a été lancée cette année avec la Chambre régionale d’agriculture, pour créer un collectif réunissant plusieurs organismes de défense et groupements de producteurs autour de l’émergence d’une nouvelle filière de qualité.

Les objectifs sont de développer l’ingénierie régionale pour le soutien des SIQO1 et des Organismes de gestion (ODG) existants, tels que la figue de Solliès par exemple, mais aussi d’accompagner l’émergence de nouveaux ODG et signes de qualité, comme le projet blé dur.

Dans ce cadre précis, la Coopération Agricole Sud a été mandatée pour étudier la faisabilité et les opportunités associées à la mise en place d’une IGP pour le blé dur méditerranéen. Ce projet a débuté en septembre 2020 et se poursuivra en 2021. L’exemple de construction de la filière blé tendre, projet auquel la fédération a largement contribué, servira de ligne conductrice pour une partie des actions à mener. En ce qui concerne la filière courte ‘Lou pan d’ici’, après une première année de mise en place, de nombreux outils ont été créés, pour permettre aux partenaires du projet de faire connaître leur engagement auprès de leurs collaborateurs et des consommateurs.

À l’été, les blés tendres ont été récoltés dans de bonnes conditions, la qualité de la moisson était globalement au rendez-vous et ce, malgré les grandes difficultés de la campagne 2019-2020 liées au climat. Les meuniers ont ainsi pu établir leurs plans de production, suite aux résultats des analyses des grains récoltés.

En octobre dernier, les semis ont démarré dans de bien meilleures conditions que l’année précédente. Ainsi, un an après la première production de farine, la totalité des blés de la récolte 2019 dédiés à la filière avait été utilisée pour produire plus de 300 tonnes de farine ‘Lou pan d’ici’. L’année 2021 devrait permettre le déploiement de la filière.

Cap sur la certification environnementale

Parmi les nombreux autres chantiers qui attendent le monde coopératif, figure la certification environnementale, dont l’objectif est de valoriser le travail et les bonnes pratiques sur les exploitations.

Les coopératives régionales ont été amenées à initier une réflexion sur leur stratégie dans ce domaine. Cette année, la Coopération Agricole Sud et la Chambre régionale d’agriculture ont travaillé conjointement à animer la certification en Région, pour sensibiliser, informer et accompagner le monde agricole dans ses réflexions et démarches de certifications collectives. Dans le cadre d’une enquête régionale, un état des lieux de l’offre et de la demande en produits certifiés Haute valeur environnementale (HVE) a notamment permis de mettre en évidence un intérêt global, de l’amont à l’aval, pour la HVE, mais aussi un véritable besoin d’information de la restauration collective sur cette certification.

Les actions de la Coopération Agricole Sud autour de la HVE se poursuivront en 2021 par de la formation, des animations et de l’accompagnement autour de la démarche.

Une carte à jouer sur le local

Avec le confinement, les citoyens ont redécouvert la proximité, la localité et le territoire. Ils ont aussi constaté que les coopératives étaient totalement inscrites dans les circuits courts. La plupart des structures ont organisé des drives, des livraisons et ont apporté, très tôt, des réponses aux attentes des citoyens.

Forte de ce constat, la Coopération Agricole Sud a souhaité travailler à la mise en place de filières d’approvisionnement régionales au sein des coopératives agricoles, qui ont notamment la particularité de se positionner tant en fournisseur qu’en distributeur. L’enjeu est de renforcer les liens entre différents acteurs d’un même territoire, mais aussi de répondre à l’ensemble de leurs besoins en matière d’approvisionnement local.

Un groupe de travail a planché sur la possibilité de mettre en place un espace dédié à la vente de produits alimentaires régionaux au sein des coopératives possédant des magasins de vente directe (caveaux, moulins, jardineries). Un travail sur le sourcing de cet approvisionnement local a, depuis, été engagé : il doit aboutir à l’élaboration d’une charte garante du respect des critères de chacun des fournisseurs, puis d’un catalogue à destination des coopératives.

En parallèle, la Coopération Agricole Sud a également initié une réflexion sur la logistique et la livraison de petits volumes, pour optimiser les coûts d’acheminement des produits. L’idée est de se rapprocher des Min de la région, pour regrouper les produits à livrer dans un même secteur.

D’autres actions sont également prévues pour la suite de ce projet, qui souligne que la coopération a une réelle carte à jouer sur le local. 

Emmanuel Delarue

1 Signe d’identification de l’origine et de la qualité.


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