Coopération agricole Sud : “Pour transformer nos modèles”

Publié le 10 novembre 2020

Stéphane Honorat, viticulteur sur Eguilles et président de la Coopération Agricole Sud, aux côtés de Dominique Chargé, éleveur et céréalier en Loire Atlantique et président de la Coopération Agricole, le 26 octobre sur Avignon (Photo : E. Delarue).

Avec la volonté de prendre en compte les grandes évolutions économiques, sociétales et celles de ses adhérents, la Coopération Agricole veut redéployer un projet stratégique à l’horizon 2030. Dominique Chargé, le président national, a entamé un tour des régions pour présenter ses ambitions. Le 26 octobre dernier, il était sur Avignon aux côtés de Stéphane Honorat, président de la Coopération Agricole Sud.

Au sein de la chaîne alimentaire, l’organisation des coopératives agricoles se félicite d’avoir pu relever, et tenir, le défi de la production, de la collecte, de la transformation et du maintien des approvisionnements, dans un contexte très exceptionnel. Pour Dominique Chargé, le président de la Coopération Agricole, “cela a montré à la fois l’engagement des différents collaborateurs au sein des entreprises, mais aussi la robustesse et la résilience de nos modèles économiques coopératifs”.

En région, les structures ont réussi à passer le cap, comme l’indique Stéphane Honorat, président de la Coopération Agricole Sud. “Le système coopératif a joué son rôle de tampon, et aucune coopérative ne s’est écroulée. De son côté, notre fédération s’est mobilisée avec ses partenaires pour trouver des solutions, limiter les pertes et maintenir l’activité des structures.

Cet accompagnement se poursuit d’ailleurs, afin de trouver des dispositifs au cas par cas. “On étudie les situations très diverses de chacun selon les filières et les contextes – débouchés export, situations de surproduction, etc. – pour intervenir et les aider à développer leur résilience.

Affaiblissement des capacités d’investissement

Mais la crise sanitaire n’est pas finie, bien au contraire, et son issue reste toujours aussi incertaine, en particulier avec le reconfinement actuel. “Nous avons tenu, mais certaines filières – non alimentaires en particulier – et celles en lien avec la restauration ont beaucoup souffert. Malgré des adaptations importantes dans les chaînes de production pour répondre à l’évolution de la demande, elles subissent toujours des pertes de marchés”, poursuit Dominique Chargé.

Aux surcoûts qu’il a fallu supporter pour les coopératives, se sont aussi ajoutées “les difficultés liées au changement climatique subit dans le cycle des productions, et les conséquences d’impasses liées au retrait de molécules chimiques, pour lesquelles nous n’avons pas encore de solutions alternatives”.

Le cumul de l’ensemble de ces éléments a conduit la coopération à une analyse des difficultés sur le résultat économique à venir des structures. Elle y fait notamment le constat de l’affaiblissement de ses capacités d’investissement. En effet, la capacité des coopératives à relever les défis – en matière de restauration de la souveraineté alimentaire et sur les transitions agro-écologiques – est grandement mise en mal.

Nous avons fait valoir un certain nombre de mesures d’urgences pour venir en aide à certaines filières, comme la viticulture. Avec une administration très à l’écoute, des solutions, dont nous avions besoin, et des accompagnements financiers ont été mis en œuvre”, relate le président de la Coopération Agricole.

Au-delà de ces mesures d’urgence, la Coopération Agricole a travaillé, dès le mois de juin, avec les pouvoirs publics, pour participer au plan de relance. Afin d’inscrire les coopératives dans une action plus structurelle, elle a produit de son côté une plateforme de 30 propositions d’avenir, qui visent à restaurer la souveraineté alimentaire tout en accélérant la transition agro-écologique.

Nous avons trouvé, dans le plan de relance de l’État, un certain nombre de points que nous avions présentés dans nos mesures d’avenir, et qui nous permettent d’actionner plusieurs leviers”, indique le président Chargé. La Coopération Agricole se félicite notamment des mesures intéressantes en termes de diminution des impôts de production, mais aussi sur la formation aux métiers stratégiques et d’avenir, sur la relocalisation des approvisionnements stratégiques, le soutien à l’export ou encore sur le renforcement des fonds propres des entreprises.

Ce plan de relance va permettre aux PME de pouvoir souscrire à des moyens renforcés en fonds propres. Dans le plan d’investissement d’avenir, elles peuvent aussi trouver des leviers d’investissement collectifs, y compris pour la recherche et l’innovation”, commente Dominique Chargé.

Un fonds demandé pour la transition agro-écologique

Mais, “pour diffuser toutes ces techniques alternatives et ces solutions pour la transition agro-écologique jusqu’au cœur des exploitations, nous avons besoin de moyens et de temps. Or, l’échelle de temps du plan de relance de deux ans sera insuffisante”, estime l’agriculteur de Loire Atlantique. Pour ce projet de l’après-crise, le mouvement de la Coopération Agricole a demandé au gouvernement la création d’un fonds pour la transition agro-écologique, “qui doit permettre de rester compétitifs”. À ce stade toutefois, son financement est en réflexion. Mais “les parlementaires et les administrations y prêtent beaucoup d’attention”, précise Dominique Chargé. Son objectif serait de financer le déploiement de solutions pour accompagner les coopératives agricoles. Un amendement sur le Projet de loi de finance 2021 a déjà été déposé à l’Assemblée nationale.

Pour redonner de la dynamique et de l’attractivité, le plan de relance du gouvernement, et celui travaillé par la Région Sud, apportent des réponses. Il y a des opportunités en termes d’investissements, mais il faut regarder plus loin”, confirme Stéphane Honorat.

Les coopératives agricoles souhaitent pouvoir assurer le quotidien – à savoir la rémunération, la valorisation de la production, l’écoulement des marchandises malgré les difficultés sur les marchés –, mais aussi pouvoir investir sur l’avenir. Toutefois, le prix du produit agricole seul ne leur suffira pas pour travailler sur les deux grands axes du plan de relance que sont la restauration de la souveraineté alimentaire, et les réponses aux demandes sociétales sur les enjeux de transition écologique. “Nous souhaitons aussi pouvoir transformer nos modèles – basés sur une production de masse pour répondre aux enjeux d’approvisionnement de la chaîne alimentaire – vers un modèle tourné vers les attentes des consommateurs”, conclut le président national. 

Emmanuel Delarue


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