Crédit Agricole Alpes Provence : “La priorité est aux entreprises et à leur trésorerie“

Publié le 19 mai 2020

“Nous avons accordé 2700 Prêts garantis d’État rien que pour le marché agricole, soit 210 millions d’euros injectés dans nos trois départements“, annonce Franck Alexandre, président du conseil d’administration du Crédit Agricole Alpes Provence.

Vingt-deux ans qu’un agriculteur n’avait pas été à la tête de la caisse régionale du Crédit Agricole Alpes Provence ! Franck Alexandre, vigneron à Gigondas, vient d’être élu président du conseil d’administration de la banque verte coopérative.

Quels sont les grands axes que vous souhaitez porter pour votre mandature ?

Franck Alexandre : “La priorité du conseil d’administration, et donc la mienne, est de valider les orientations de la caisse régionale proposées par la direction générale, et de les appuyer au quotidien, car nous sommes d’abord et avant tout une banque coopérative. La seconde priorité est de veiller à la mise en application de cette politique. L’activité bancaire est évidemment la base de notre action, mais notre statut de banque coopérative nous confère aussi une responsabilité supplémentaire, qui prend tout son sens en ces temps difficiles. Notre solidité financière – liée au fait que nous conservons en réserve, chaque année, près de 85% de nos résultats – et notre ancrage dans l’économie de nos territoires sont des atouts importants. Sachez que le groupe assure aujourd’hui entre 20 et 30 % des Prêts garantis d’État.“

En quoi le fait d’être une banque coopérative prend-il tout son sens ?

F. A. : “Nos fonds propres et nos résultats alimentent divers outils que nous avons mis en place au fil des années, pour soutenir des initiatives locales au-delà de l’activité bancaire. Par exemple, nous avons créé, il y a 12 ans, la ‘Fondation d’entreprise’, un outil grâce auquel nous déclinons nos valeurs sur le territoire. Nous avons ainsi soutenu 440 projets, pour plus de 10 millions d’euros, permettant d’intervenir sur plusieurs thèmes – comme la solidarité et le patrimoine –, et de créer du lien avec les acteurs de la vie locale, dans le Vaucluse, les Bouches-du-Rhône et les Hautes-Alpes.

Nous accompagnons également les entreprises innovantes, avec ‘Cap’Innov’, un fonds de dotation lancé il y a cinq ans, pour soutenir par des prêts d’honneur les porteurs de projets innovants.

Enfin, il y a trois ans, nous avons identifié six thèmes d’action au service des territoires, pour accompagner des projets locaux, avec notamment ‘Terroir Passionnément’ qui soutient, par exemple en Vaucluse, les démarches qualité portées par l’Ail de Piolenc, le Melon de Cavaillon, la Fraise de Carpentras, et les fêtes en Ventoux ; ou bien encore, dans le département des Bouches-du-Rhône, le Calisson d’Aix, le savon de Marseille ou la nouvelle opération portée par les huiles des Baux-de-Provence.

Avec tout ce dispositif de soutien, nous nous inscrivons pleinement dans la raison d’être du Crédit Agricole : “Agir chaque jour dans l’intérêt de nos clients et de la société“, au profit de nos territoires. C’est notre ADN, un ADN qu’il ne faut surtout pas perdre de vue en ces temps de crise. Mon action va être guidée par ces valeurs de coopération, et je tiens à renforcer ce lien entre la banque et nos territoires, si divers.“

Votre nomination intervient à un moment particulier pour l’agriculture. Au niveau national, le Groupe Crédit Agricole annonçait avoir traité 100 000 dossiers au titre du Prêt garanti de l’État (PGE). Qu’en est-il au niveau de la caisse régionale ?

F. A. : “Au 6 mai, nous avions reçu 3330 demandes de prêts, pour un montant de plus de 300 millions d’euros, au niveau de la caisse régionale. Sur ces 3330 demandes, seules 19 n’ont pas été accordées. Cela ne veut pas dire que nous n’allons pas donner suite, juste que nous cherchons d’autres solutions pour accompagner les entreprises, car leur situation ne leur permettait pas d’entrer dans le cadre du PGE. Autres chiffres : nous avons accordé 2700 PGE rien que pour le marché agricole, soit 210 millions d’euros injectés dans nos trois départements.“

Quels sont les secteurs les plus impactés ?

F. A. : “La situation est très contrastée selon les filières. L’horticulture a de très grosses difficultés, tandis que les maraîchers ont, à l’inverse, su tirer parti de cette crise et du retour à plus de produits locaux, en particulier ceux disposant d’un point de vente, qui ont en moyenne triplé leur activité. C’est une des rares bonnes nouvelles de la crise, à condition que cet essai se transforme. Nous avons accompagné ceux souhaitant créer un point de vente ou se rassembler, pour capter cette clientèle en quête de production locale. Les serristes n’ont globalement pas eu de freins sur les débouchés, généralement réalisés avec la grande distribution, même s’il faut reconnaître qu’elle a mis du temps à réagir, et qu’elle l’a souvent fait sur la base de prix d’importation. Aujourd’hui, l’arboriculture et la viticulture mobilisent notre attention : l’accès à la main-d’œuvre est problématique pour les semaines à venir, et il y a encore beaucoup d’inconnues par rapport aux futures récoltes. Les besoins de trésorerie de ces deux filières vont monter en puissance, avec les productions printanières et estivales, et les problèmes économiques vont sans doute intervenir d’ici un ou deux mois. Certaines entreprises ont anticipé, en demandant un PGE pour ne pas se retrouver bloquées en septembre. L’anticipation est, ici, particulièrement saine. Quant à la viticulture, les situations sont contrastées selon que l’on soit en coopérative ou indépendant.“

C’est-à-dire plus précisément ?

F. A. : “Les caves coopératives jouent un rôle d’amortisseur pour les adhérents, ce qui permet d’atténuer le choc. Elles ont également anticipé les PGE. Mais, à l’inverse, les caves particulières sont fragilisées par l’absence de débouchés - pas de foires au printemps, fermeture des circuits CHR - à quelques exceptions près avec la mise en place de drive. Sans compter la problématique de la couleur des vins. Les rouges se conservent, même si le marché est ralenti. En rosé, c’est la grosse inconnue. Si le déconfinement se passe mal, certaines situations vont devenir dramatiques, même si l’export tire un peu le rosé et permet de limiter les dégâts pour certaines structures.“

w Le Covid impose à repenser son organisation. Qu’en est-il au niveau de la caisse régionale ?

F. A. : “Avec ce Covid-19, les bouleversements sont nombreux. Au début de la crise, la direction générale a bien entendu pris toutes les mesures sanitaires de protection des salariés et des clients. Les banques étant des Opérateurs d’importance vitale (OIV), la direction générale a adapté, en un temps record, l’organisation des agences et des services support. L’objectif était d’assurer la continuité du service, en faisant la promotion des outils digitaux que nous mettons à disposition de nos clients, pour effectuer un maximum d’opérations bancaires en ligne. Par ailleurs, le recours au télétravail a été proposé, quand c’était possible bien évidemment. Mais je suis persuadé que l’on n’a pas encore tout vu en termes de nouveaux outils. Certains ont pris de l’ampleur, d’autres restent à inventer. Et l’agriculture ne restera évidemment pas en marge de cette évolution.“

Comment le Crédit Agricole Alpes Provence anticipe-t-il la reprise ?

F. A. : “En réalité, on n’anticipe pas la reprise, car on n’a jamais arrêté ! Ceci dit, la différence est que la caisse régionale accompagne l’urgence économique, avec des reports d’échéances à six mois et les PGE, qui mobilisent les équipes. J’espère que l’on reprendra dans les meilleurs délais une activité normale, pour pouvoir mobiliser les outils que nous avons mis en place et qui viennent irriguer les projets de territoires. J’espère surtout, quand la reprise se fera, que la caisse régionale sera en capacité de continuer toutes ses actions. Mais aujourd’hui, la priorité est aux entreprises et à leurs trésoreries.“ 

Propos recueillis par Céline Zambujo

 


Crédit Agricole Banque assurance Cap'Inov activité bancaire