Cultures légumières : répondre aux besoins des maraîchers par l’expérimentation

Publié le 18 avril 2022

L’Aprel souhaite mettre en place une nouvelle forme de suivi en réseau de certaines variétés. La fraise remontante Mariguette devrait cette année être travaillée dans ce cadre (© C. Zambujo)..

Pour l’Aprel, l’objectif est de continuer à construire des programmes expérimentaux concertés, pertinents et concrets, qui pourront produire, à terme, des références technico-économiques exploitables par les producteurs, et maintenir le niveau qualitatif des filières.

L’expérimentation est plus que jamais stratégique pour les maraîchers, et le programme d’actions très chargé, conduit en 2021 par l’Association provençale de recherche et d'expérimentation légumière (Aprel) en témoigne. Comme l’expliquait Claire Goillon à l’occasion de l’assemblée générale annuelle qui se déroulait à Saint-Rémy, le 29 mars dernier, le travail des cinq ingénieurs de l’équipe a porté autour de trois grandes thématiques : les variétés, les itinéraires techniques et la protection des cultures. Sur le volet variétal, l’Aprel a développé 14 actions (1 action représente un ensemble d’essais) et 2 projets, principalement autour de la laitue, de la fraise, du melon et de la tomate. Chaque année, les essais variétaux sont renouvelés sur ces quatre espèces. Mais les travaux sur les variétés s’orientent aussi sur des espèces plus minoritaires, puisque l’Aprel développe la diversification en maraîchage avec le butternut, la pastèque, le chou-fleur, le céleri, la pomme de terre et la carotte.

"Pour les producteurs, l’adaptation des variétés à leurs systèmes de production reste un levier majeur à plusieurs niveaux, notamment sur la performance des exploitations, la protection des cultures, avec les résistances, ou encore la rentabilité économique et la qualité de production. Pourtant, très peu de projets sont financés sur cette thématique de la recherche variétale en tant que tel. Au niveau régional, toutes les stations ont aussi des besoins dans ce domaine, mais ce n’est pas une priorité des financeurs", regrette Claire Goillon.

À l’Aprel, toutes ces expérimentations sur les variétés sont conduites en réseaux et donnent lieu à des fiches de préconisation, des outils précieux pour les conseillers techniques et les producteurs afin de leur permettre de choisir le meilleur matériel, récent et adapté au terrain. Pour 2022, les essais variétaux concerneront aussi la diversification, notamment le melon Piel del Sapo, le radis de couleur, l’aubergine, la mâche et l’épinard.

Suivis variétaux plus ciblés

L’Aprel souhaite aussi mettre en place une nouvelle forme de suivi en réseau de certaines variétés déjà perçues comme étant intéressantes. "L’objectif est de pouvoir les observer sur davantage de conditions différentes et sur une durée plus longue. La fraise remontante Mariguette devrait cette année être travaillée dans ce cadre. D’autres projets concernent les variétés résistantes de melon, et la qualité gustative de la tomate", précisait Claire Goillon.

Pour le volet technique, sept actions ont été conduites et sept projets portés avec différents partenaires autour de la question des paillages plastiques, du pilotage de la fertirrigation, la diversification, la réduction du travail du sol ou la valorisation des effluents hors-sol. La moitié  des actions est financée par des projets orientés surtout sur l’environnement, par des partenaires tels que l’Ademe, l’Agence de l’eau et la Région Sud notamment.

Dans le réseau, l’Aprel reçoit aussi des demandes techniques ponctuelles de producteurs auxquelles les conseillers s’efforcent d’apporter des réponses par l’expérimentation. Dans ce cadre, en 2022, un suivi sera réalisé sur l’éclairage par Led en fraise hors-sol, tandis que d'autres essais porteront également sur l'optimisation de la conduite du poivron rouge, des couverts végétaux ou encore des densités de semis de carotte.

La protection des cultures, au cœur des projets financés

Avec une vingtaine d’actions recensées et 15 projets, la protection des cultures reste la principale thématique de l’Aprel. La diversité des cultures travaillées dans ce cadre représente bien les cultures de la région. Les trois-quarts des actions sont financées par des projets avec différents financeurs comme Écophyto, France Agrimer, le programme européen 'H2020' ou l’Inrae. Toutes les espèces régionales sont concernées et les thématiques travaillés très variées, tandis que les aspects technico-économiques ne sont pas oubliés.

Avec l’émergence de nouveaux bioagresseurs, les besoins se font d’autant plus ressentir chaque année. De nouveaux essais sont au programme cette année, entre autres sur le piégeage de Drosophila suzukii ou encore sur un nouvel auxiliaire permettant de lutter contre la punaise Nezara en tomate.

Avec les financements qui nécessitent une mobilisation générale, les dépôts de projets sont devenus le cœur de métier de l’Aprel. En 2021, l’Aprel a travaillé sur 24 projets collaboratifs et porté un tiers d’entre eux. L’Inrae, le CTIFL et le Groupe de recherche en agriculture biologique sont le plus souvent associés aux études, mais plusieurs autres partenaires le sont aussi ponctuellement, à l’échelle nationale.

Et preuve que les besoins d’expérimentation des producteurs sont constants et que la qualité des travaux menés avec tout le réseau est reconnue, de nouveaux projets se concrétisent sur le terrain. Les partenariats avec des structures de développement régional, les instituts et la recherche se développent aussi et devraient appeler à l’avenir à se rapprocher également d’autres filières, comme l’arboriculture.

Mais à l’Aprel, il n’y a pas que l’expérimentation qui mobilise les ingénieurs de la station. Ces derniers sont aussi impliqués sur l’actualisation et la rédaction d’outils précieux sur la protection phytosanitaire, les préconisations variétales, l’élaboration des Bulletins de santé du végétal (sur tomate, aubergine et melon), mais ils animent également une cellule de veille sur les organismes émergents et s'intéressent désormais à l'évolution de l’agrivoltaïsme et à ses conséquences sur les cultures.

Sur le fonctionnement interne de la structure, l'organisation a évolué ces derniers mois. Mais le cœur de l'équipe est toujours présent et impliqué dans la coordination de l’expérimentation en légumes. Le départ de Catherine Taussig, cheville ouvrière de la structure, l’an passé, avait contraint l’équipe à revoir les postes. Claire Goillon et Anthony Ginez s’occupent désormais de la comptabilité et de la partie administrative de la station. Mais "la nouvelle organisation de la structure donne déjà pleine satisfaction" au président de l’Aprel, Gérard Roche, bien occupé avec l’organisation du congrès de Légumes de France qui doit se tenir pendant le salon Med'Agri en octobre prochain, mais qui a accepté d'être reconduit à la présidence de l’Aprel trois années supplémentaires. 

Emmanuel Delarue


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