Filière porcine : les éleveurs ne baissent pas les bras

Publié le 30 mars 2021

L’abattoir du Pays d’Arles, dont le transfert de gestion à la Sica abattoir de Tarascon vient d’être officiellement signé, a déjà intégré la chaine d’abattage porcin (@Magali Sagnes)

Avec une hausse du coût alimentaire qui dure, la reprise des cours se fait attendre dans les élevages porcins de la région. Si, sur les marchés, la crise continue de perturber les débouchés, au plan local, on s’organise pour développer la filière et toujours mieux valoriser le produit.

L’organisation des producteurs de porcs de Provence A3P – qui compte une vingtaine de producteurs sur les départements 13, 83 et 84 – ainsi que le syndicat porcin de ce même bassin de production ont tenu leur assemblée générale, le 18 mars, à Saint-Martin-de-Crau. L’occasion, pour les deux entités, de revenir sur les préoccupations des éleveurs, toujours en

attente d’une stabilité entre coûts de production et valorisation produit. Au plan sanitaire, l’évolution de la fièvre porcine africaine en Europe est scrutée. La situation s’est aujourd’hui plutôt stabilisée, même si des cas, dans les élevages domestiques et sur la faune sauvage, ont été observés à la frontière entre la Pologne et l’Allemagne.

Sur les marchés, en ce début d’année, la crise du Covid continue de perturber les débouchés, tandis que la concurrence internationale avec les États-Unis et le Brésil reste forte. Sans compter les exportations européennes vers la Chine et les conséquences du Brexit, qui sont toujours aussi incertaines.

Alimentaire : +20 % en 2020

Mais c’est surtout la hausse du coût des matières premières – à laquelle les élevages sont confrontés depuis fin 2020 – qui inquiète en premier lieu. Principal coût de production en élevage, le prix de l’alimentation des animaux d’élevage est en forte hausse depuis fin 2020, avec une augmentation de 16 % en deux mois : le coût de l’aliment est en effet passé de 245 à 285 € la tonne. L’indice des matières premières aura ainsi augmenté de près de 20 % en 2020 (source : IPAA Insee).

Plusieurs raisons expliquent cette tension. Au niveau mondial tout d’abord, il y a une forte demande de la Chine qui cherche la reconstitution de ses stocks. En Russie ensuite, la récolte – moyenne – a conduit le gouvernement à préserver son marché. Enfin, en France, la baisse des surfaces en colza notamment limite la disponibilité des tourteaux. Tout laisse à penser que cette tendance sur le prix de l’aliment va se maintenir dans les prochains mois, avec des tensions sur le marché mondial des matières premières (céréales et tourteaux).

Et face à cela, le prix du porc sortie d’élevage, lui, est en baisse depuis plusieurs mois. Depuis début 2021, il s’est stabilisé à 1,20 €/kg, alors que le prix de revient pour une juste rémunération de l’éleveur est de 1,54 €/kg (indice valeur janvier 2021).

Baisse de la production européenne

Après des années de croissance – liée au développement de la production dans certains États membres, mais aussi aux élargissements successifs de l’UE –, le déclin de la production européenne a commencé. En Europe du Nord où se concentre la production, une nette baisse s’annonce, alors que dans le sud, l’Espagne continuera sa croissance encore pendant encore quelques années. Malgré la présence de la fièvre porcine africaine en Europe de l’Est, des investissements se profilent en Roumanie.

Au plan local, le syndicat porcin continue d’œuvrer dans l’intérêt collectif pour défendre le métier. En partenariat avec la Fédération nationale porcine, il a travaillé tout au long de l’année sur différents sujets d’actualité : l’évolution de la réglementation bio-sanitaire, la fièvre porcine africaine, la compétitivité, le bien-être animal et l’environnement. Le syndicat a également œuvré à la mise à jour des cahiers des charges du ‘Porc français’ au niveau national. Pour rappel, dès 2017, les représentants professionnels avaient entamé des réflexions, afin de constituer une démarche qualité qui soit un socle de bases de bonnes pratiques de la filière porcine française. À l’issue des États généraux de l’alimentation, les représentants professionnels s’étaient engagés à faire évoluer la démarche ‘Le porc français’, en intégrant un socle des bonnes pratiques d’élevage, dont des critères nouveaux répondant aux attentes sociétales. Aussi, l’application du nouveau cahier des charges se fera graduellement jusqu’au 1er janvier 2022. Pourtant, au sein de l’association A3P et du syndicat, les éleveurs n’ont pas émis le souhait d’aller vers cette certification, qui reste volontaire, dans le sens où ils valorisent déjà leur production localement, même si leurs pratiques d’élevage correspondent à ce cahier des charges. La raison ? Les coûts supplémentaires induits et non compensés aujourd’hui.

Nouvelle démarche locale

D’autant que c’est plutôt du côté de la certification Haute valeur environnementale que les éleveurs souhaiteraient s’orienter. Plusieurs élevages – avec des ateliers de porcs plein ou semi plein air – se sont déjà engagés dans cette voie. Par ailleurs, une filière locale – qui cherche à s’appuyer sur le HVE – a été initiée il y a plusieurs mois, par les éleveurs et la société Alazard & Roux. Comme l’explique Olivier Roux, “’Cochons de Crau’ reprend le flambeau de ce que nous avions créé en 1996 avec Porc Ventoux, et correspond à ce que le consommateur attend aujourd’hui”. Reste qu’avec la fermeture de la restauration, difficile encore de dégager du volume. Le démarrage est donc modeste – de l’ordre d’une quinzaine de cochons par semaine –, mais sur les marchés de la boucherie, la qualité du produit commence à s’implanter. Pour Gérald Moretti, président du groupement de producteurs A3P,
la démarche permettra de développer l’élevage local, mais aussi de favoriser l’engagement des éleveurs dans la HVE”. Le signe de qualité pourra également ouvrir de nouvelles portes, celles de la restauration des collectivités notamment, et la loi Égalim – sur les produits locaux sous signes de qualité – devrait le permettre plus largement dès 2022.

Autre avancée notable de l’année : l’abattoir du Pays d’Arles – dont le transfert de gestion à la Sica abattoir de Tarascon vient d’être officiellement signé – est prêt. L’activité a d’ailleurs repris depuis octobre, et la coopérative – gérée par les éleveurs et présidée par Christian Trouillard et Jacques Mailhan – a déjà intégré la chaine d’abattage porcin. “C’est le lancement. La chaîne fonctionne, mais nous avons besoin de fédérer encore les éleveurs dans le Pays d’Arles pour que l’outil fonctionne à plein, pour faire du volume et espérer réduire les coûts d’abattage, à terme”, souligne Gérald Moretti. 

 

Emmanuel Delarue


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