Flavescence : la Sainte-Victoire toujours aussi engagée sur la prospection

Publié le 18 janvier 2022

Cette année 2 600 hectares ont été prospectés sur l’ensemble de la zone Sainte-Victoire. Depuis 2014, première année de prospection, à quelques centaines d’hectares près, les surfaces prospectées sont d’ailleurs relativement stables (© E. Delarue).

Dans le secteur de la Sainte-Victoire, la lutte contre la flavescence dorée s’appuie avant tout sur une prospection massive et fine, réalisée chaque année depuis 2014. En dépit de souches contaminées découvertes sur la campagne 2021, la confiance reste de mise.

Engagés dans la pratique d’une viticulture plus vertueuse, les vignerons de la Vallée de l’Arc s’emploient, depuis une dizaine d’années, à adapter leurs pratiques. Ils continuent de le faire et n’hésitent pas à communiquer sur leurs méthodes et leurs progrès. Pour répondre aux attentes socio-environnementales, tout en améliorant la qualité sanitaire des vignes, deux réseaux se sont constitués au fil des années dans le secteur : celui des Fermes Dephy, depuis 2012, avec 11 exploitations et le lycée agricole de Valabre ; et, plus récemment, celui des Fermes 30 000, avec 15 exploitations et le lycée agricole de Saint-Maximin.

Cette année, malgré l’hétérogénéité climatique, les résultats en matière de réduction du nombre de traitements, de réduction de doses et d’emploi de produits de biocontrôle sont positifs d’après les suivis d’évolutions des Indice de fréquence de traitement (IFT). Mais la rencontre technique annuelle organisée par l’Association des Vignerons de la Sainte-Victoire, en fin d’année dernière, était surtout consacrée aux résultats de la prospection flavescence dorée, réalisée en 2021 dans le secteur des Côtes de Provence Sainte-Victoire. Le sujet préoccupe vivement les vignerons de la vallée, puisque de nouveaux foyers ont été observés cette année.

Comme l’indiquait Camille Avallone, de l’association, “en tout, 18 jours de prospection ont été comptabilisés avec l’accompagnement de la Chambre d’agriculture, du lycée La Provence Verte et de la Fredon Paca sur la zone foyer. La mobilisation, très forte, de toutes les vigneronnes et vignerons depuis plusieurs années est d’ailleurs très appréciée, pour organiser les prospections relativement tôt dans la saison et discriminer les souches potentiellement suspectes plus facilement“.

Sur le secteur, aussi bien du côté des Bouches-du-Rhône que côté varois, 2 600 hectares ont été prospectés sur l’ensemble de la zone Sainte-Victoire. Depuis 2014, première année de prospection, les surfaces prospectées sont d’ailleurs relativement stables, à quelques centaines d’hectares près.

Trois nouveaux foyers

Sur le foyer déjà signalé par le passé à Trets, aucune nouvelle souche n’a été identifiée cette année. En revanche, “trois nouveaux foyers ont été découverts : un premier en limite de Pourrières, en direction de Saint-Maximin ; un autre au sud de Puyloubier ; et un dernier au nord de Rousset. Trois parcelles sont donc revenues positives sur cette campagne de prospection flavescence dorée, avec une souche concernée par parcelle“, commente Sylvain Bernard, coordinateur vigne à la Fredon Paca.

La présence de flavescence dans les souches suspectées a été confirmée par les analyses des deux laboratoires agréés au niveau national avec lesquels travaille la Draaf. “Ce que l’on observe cette année, ce sont des démarrages qui vont demander une rigueur dans le traitement et la surveillance. Mais celle-ci est en place de longue date dans le secteur Sainte-Victoire, donc pas d’inquiétude pour les années qui viennent“, assure Alice Dubois, de la Draaf. “Avec les prospections, l’arrachage des souches malades et les traitements qui permettront de diminuer le risque de propagation, ces secteurs pourront être assainis“, souligne aussi de son côté Sylvain Bernard. Pour la profession, la complexité de la lutte contre la flavescence est toujours ce ‘train de retard’ d’une année, entre la visibilité des symptômes et la présence réelle de la maladie.

Les contaminations se font généralement entre le mois de mai et les vendanges, et les symptômes de l’année précédente apparaissent à ce moment-là. Avec ce décalage incompressible – et pour ne pas que la machine s’emballe –, l’association des prospections et des traitements insecticides est indispensable“, rappelle Alice Dubois.

Une proposition de zones à traiter pour 2022 doit être définie sur le secteur. Ces zones seront établies en fonction du bilan complet de la prospection, des populations de vecteurs et des piégeages. Le périmètre à traiter sera ensuite validé par l’arrêté préfectoral, qui doit être pris en mai prochain.

Évolution dramatique dans le secteur d’Arles

Mais le point inquiétant dans le département des Bouches-du-Rhône reste le secteur d’Arles où l’année dernière déjà, un foyer d’une grande ampleur avait été découvert. “Cette année, sur une même exploitation, 24 hectares sont à l’arrachage et plus de 48 000 souches ont été contaminées. Sur une exploitation voisine 4 500 souches ont été contaminées et 5 hectares sont à l’arrachage. Une troisième exploitation, dans les environs, compte aussi 2 500 souches contaminées. Nous sommes clairement sur une explosion jamais vue dans le département, et même dans la région“, commente Alice Dubois.

Le secteur est très précoce, la zone très humide et les populations de vecteurs y sont très importantes. De plus, les symptômes de mildiou étaient tels en 2018, qu’au moment où les prospections ont été réalisées, il n’y avait presque plus de feuilles sur vignes. Et l’année suivante, il n’y a pas eu de prospections“, poursuit l’experte. Et comme l’indiquait Sylvain Bernard, déterminer la bonne ‘fenêtre’ pour prospecter est toute la difficulté. “Il ne faut pas prospecter trop tôt, puisque tous les symptômes ne se sont pas exprimés. Mais à le faire trop tard, on risque aussi d’en rater !“ La date optimale se situerait la semaine qui précède le début des vendanges. Un créneau qui, selon les années, reste plus ou moins facile à appréhender pour les viticulteurs. 

Emmanuel Delarue

 


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