Foin de crau: l’inquiétude gagne les producteurs

Publié le 19 octobre 2021

Cette année, en raison d’une mauvaise météo, les premières coupes de foin de Crau se sont terminées tardivement et ont décalé les récoltes suivantes (© E. Delarue).

Dans la Crau, la production de fourrage est plutôt moyenne cette année. Côté marché, les prix du foin de Crau sont tendus, et les hausses sur ceux des intrants n’annoncent rien de bon pour les prochains mois.

Dans la plaine de Crau, la production de fourrage n’a pas été très importante cette année. Si le gel tardif ne s’est pas trop fait ressentir, excepté sur quelques prairies de la partie nord de la Crau, ce sont les pluies du mois de mai qui ont surtout pénalisé la production et le travail dans les champs. Les premières coupes se sont terminées tardivement, décalant les récoltes suivantes. “Tout ce qui a été rentré au mois d’août a été d’une très bonne qualité, mais ce qui a été fauché en septembre beaucoup moins“, explique Didier Tronc, directeur du Comité de foin de Crau. “Sur le mois de septembre, la troisième coupe a été très compliquée. En principe tout doit être rentré à la Saint-Michel (le 29 septembre, ndlr) mais ça n’a pas été le cas cette année. Je pense qu’il restera quelques hectares qui ne seront pas coupés“, complète le directeur.

Les campagnes d’irrigation se sont, elles, relativement bien passées. Contrairement à certaines saisons récentes, les producteurs de foin de Crau n’ont pas subi de mesures de restrictions de la part de la CED (Commission exécutive de la Durance), et d’après le dernier bulletin de la CED, les producteurs n’avaient consommé que 50 millions de mètres cubes sur les 200 Mm3 disponibles.

Un marché peu actif

La campagne commerciale qui débute s’annonce, en revanche, pleine d’incertitudes. “Sur le marché, la demande n’est pas très active. Les conditions climatiques ont partout favorisé la production de fourrage en France. Quant aux prix, ils sont relativement bas, autour de 170-180 euros la tonne pour les grosses balles, et 200 euros la tonne pour les petites“, rapporte le directeur du comité. Les prix devraient plutôt se situer autour de 200 euros en grosse balle et 220-230 euros en petite.

Le coup de frein constaté sur le marché l’an dernier semble se confirmer, d’après Didier Tronc. “L’année dernière, les producteurs ont connu des problèmes de méventes. Jusqu’en février-mars, les hangars se sont difficilement vidés. Puis, les conditions climatiques, partout en France, ont conduit à un affolement sur les marchés, entraînant un déstockage massif, mais à des prix, autour de 150 euros la tonne, pas du tout rémunérateurs.“

Établir des prévisions aujourd’hui sur l’écoulement des stocks est donc pour le moins hasardeux, tant le marché du foin a connu des changements brutaux de situations récemment. La plupart étant liés aux conditions climatiques. Mais, actuellement, c’est la hausse du prix des intrants et les pénuries probables sur certaines fournitures qui viennent ajouter de nouvelles inconnues.

Le prix des engrais a doublé et, sur la ficelle, c’est exactement la même chose : son prix a augmenté de 50 %, et des pénuries sont aussi annoncées. Il faut que l’on sécurise nos approvisionnements, mais nous sommes plutôt inquiets pour 2022“, commente Didier Tronc.

Néanmoins, le Comité de foin de Crau pourra bénéficier d’une période plus favorable que les deux années qui se sont écoulées pour communiquer. En effet, le Foin de Crau AOP fait partie du collectif ‘Entre Alpilles, Crau et Camargue’, initiative du Pays d’Arles, dont l’objectif est de valoriser collectivement les produits sous signe de qualité de la Crau, de Camargue et des Alpilles. Plusieurs actions de communication ont déjà été entreprises. La reprise des salons professionnels sera aussi, dans les mois prochains, l’occasion pour le Comité du foin de Crau d’être présent au prochain Salon international de l’agriculture, à Paris, ainsi qu’au Salon des agricultures de Provence, en juin.

Une plante sème le trouble

Mais ces derniers jours, c’est une autre actualité – relayée par plusieurs médias et réseaux sociaux – qui est venue semer le doute dans l’esprit du grand public vis-à-vis du foin de Crau. Plusieurs chevaux d’une manade d’Aigues-Mortes, dans le Gard, sont morts après avoir ingéré du foin. Celui-ci contenait de l’adonis, une petite plante annuelle (20 à 40 cm), adventice des cultures fourragères ou céréalières. Elle est surtout toxique et mortelle pour les chevaux (incidences cardiaques notamment). Cette plante sauvage – qui aime le soleil et le substrat calcaire – peut se retrouver sur les bords des chemins, les lisières de forêt et de champs cultivés, prairies et talus secs. Son habitat naturel est donc en contradiction avec les prairies de foin de Crau, qui sont des prairies irriguées régulièrement.

À la suite des intoxications et de la mortalité des chevaux dans cette manade gardoise, le Comité de foin de Crau a dû établir plusieurs attestations, pour rassurer et défendre l’appellation auprès de ses clients, et certifier l’absence de cette plante dans le foin de Crau ou dans les prairies qui le produisent. Comme le rappelle le directeur du Comité, cette filière d’excellence dans la région et reconnue par tous les éleveurs de France et de l’étranger : le foin de Crau est donc “une production qui répond à des critères de qualité, ainsi qu’à un cahier des charges strict“. Des contrôles réguliers sont par ailleurs effectués par un organisme indépendant, tant sur les prairies que sur le foin.

Rassurant, Didier Tronc appelle aussi à ne pas céder à la panique. “Si l’adonis a été recensée par des botanistes sur quelques sites dans la région, très peu en Crau, elle n’a jamais été répertoriée sur des terres cultivées à l’irrigation, comme les prairies permanentes de foin de Crau.“ 

Emmanuel Delarue


Les prairies de foin de Crau sont régulièrement irriguées. Peu de risque donc de voir s’y développer l’adonis, toxique et mortelle pour les chevaux.

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