FRSEA Paca : des prix toujours pas rémunérateurs

Publié le 02 février 2021

Les agriculteurs de la FRSEA Paca ont dénoncé la recherche du profit par les acteurs de la grande distribution, alors que les effets de la crise impactent aujourd’hui plus fortement encore de nombreux secteurs agricoles (@ Emmanuel Delarue).

Dans de nombreux secteurs, les exploitations agricoles souffrent des conséquences économiques de la crise sanitaire qui se poursuit. Avec des débouchés toujours à l’arrêt et l’incertitude sur la reprise, c’est l’attitude de la grande distribution que dénoncent les agriculteurs des FDSEA de la région.

Ils ont redoublé d’efforts depuis le début de la crise pour assurer l’approvisionnement des filières et alimenter les Français. Aussi, au printemps dernier, l’appel lancé aux enseignes de jouer le jeu sur l’approvisionnement français semblait avoir été entendu. La préférence nationale avait pu trouver un bel écho chez les consommateurs. Mais, depuis, les mauvaises habitudes ont refait surface. Et dans le contexte actuel de crise, ce n’est pas supportable pour les agriculteurs. C’est ce qu’ont dénoncé, mercredi 13 janvier dernier, les exploitants agricoles de la FNSEA sur tout le territoire français. Dans la région, plusieurs représentants du syndicat ont convié la presse chez Jean Granon, maraîcher sur Aix-en-Provence. Patrick Lévêque, président de la FRSEA, Laurent Depieds, secrétaire général, ou encore Thomas Chaullier, président des Jeunes agriculteurs des Bouches-du-Rhône, se sont fait les porte-paroles d’une profession en plein désarroi, en dépit de ce qu’elle continue à apporter à la société.

Lors de la première vague, l’agriculture a limité la casse dans notre région. Certaines filières – en lien avec l’évènementiel, le tourisme et la restauration – ont malgré tout été très impactées. Mais aujourd’hui, le deuxième effet Covid touche quasiment tout le monde.

La salade, un exemple parmi d’autres

Alors que les restaurants sont toujours fermés et l’exportation au ralenti, les enseignes se sont relancées dans une guerre des prix indécente“, lance le président, Patrick Lévêque.

Produit leader du maraîchage, “la salade est, par exemple, depuis le 15 novembre vendue en deçà des coûts de production“, soit entre 15 et 20 centimes pièce, sachant que les coûts de production sont de 30 centimes au minimum. 15 % des volumes de salades produits se jetteraient actuellement, faute de débouchés.

La situation de ce produit d’hiver n’est pas isolée. La politique de prix des distributeurs – qui ont réalisé des résultats exceptionnels au regard de l’année écoulée – ferait bien d’autres victimes. Les négociations avec la grande distribution, qui ne prend pas en compte les coûts de production, tirent les prix vers le bas. Les coopératives de la région sont aussi très concernées par cette pression, pas seulement les petits producteurs. Et ce qui est à craindre, c’est “l’impact de cette dérive sur les trésoreries des exploitations. Les jeunes, qui démarrent, et ceux qui ont investi dans leur outil de production, en plus des difficultés subies de ces derniers mois, se retrouvent dans des situations particulièrement fragiles. La grande distribution n’achète pas les produits des agriculteurs français au juste prix, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas rémunérateurs pour les producteurs. Le consommateur doit en être alerté“, estime le président de la FRSEA.

Un discours trompeur

Pourtant, “l’objectif de la loi Égalim mise en place par l’État était bien de rendre les prix d’achat des produits agricoles plus rémunérateurs pour les agriculteurs. Or, ce n’est pas du tout ce qu’il se passe à l’heure actuelle“, rappelle Laurent Despieds. Pour le secrétaire général de la FRSEA, le discours des enseignes – qui n’hésitent plus à utiliser un marketing local – est trompeur. “Elles communiquent auprès des consommateurs sur le fait qu’elles travaillent avec des agriculteurs locaux, qu’elles achètent des volumes. Mais le problème est qu’elles ne mettent pas les prix en face. Pour marger, la grande distribution se rattrape sur les produits frais, il faut que cela cesse !

Une situation que pointe aussi Thomas Chaullier, président des Jeunes agriculteurs dans les Bouches-du-Rhône : “L’offre de la grande distribution est aujourd’hui plus importante que durant le premier confinement. Celle-ci en joue et demande aux producteurs français de s’aligner sur les prix de leurs confrères européens, ce n’est pas possible. On souhaiterait que la grande distribution – qui a connu une augmentation de son chiffre d’affaires de 1,8 % – en redistribue une bonne partie aux producteurs comme la loi Égalim le prévoit“, ajoute-t-il.

Forte inquiétude sur le rosé

Le jeune viticulteur de Meyreuil est aussi inquiet de la situation critique dans laquelle se retrouvent beaucoup de viticulteurs. “Avec la taxe Trump, la filière viticole est la victime collatérale du conflit aéronautique entre les États-Unis et l’Europe. Elle se retrouve aussi privée de marchés très importants, sur le marché intérieur comme à l’export.“ D’autant que l’absence de visibilité sur la réouverture les débouchés de la restauration et du tourisme n’arrange rien.

Si la production de rosé de 2019 a été vendue, il n’en est pas de même pour ce qui a été produit en septembre dernier. “Certaines caves n’ont rien vendu du millésime 2020, alors qu’une partie de la production l’est généralement dès le début d’année. Les marchés sont arrêtés. Le vin peut être est stocké, mais le rosé demande à être vendu dans l’année. La prochaine nouvelle récolte nécessitera de vider les cuves“, explique Thomas Chaullier. 

Emmanuel Delarue


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