FRSEA Paca : “Un échelon régional fort pour peser“

Publié le 25 avril 2022

L’économie agricole, la succession des crises et la résilience de l’agriculture étaient au cœur des échanges de l’assemblée générale de la FRSEA, le 15 avril, à Aix-en-Provence. (© E. Delarue)

Dans un contexte de guerre en Ukraine et de crise sanitaire qui se poursuit, le syndicalisme régional veut susciter la cohésion de tous et la volonté de travailler avec la profession et ses partenaires, pour bâtir ensemble une agriculture plus résiliente.

Avec la guerre en Ukraine, l’opinion internationale et les Européens ont redécouvert le spectre d’une pénurie alimentaire. Si l’on ne mesure certainement pas encore le coût économique réel du conflit et si, du point de vue du consommateur, ses effets ne se font pas encore ressentir, la profession agricole – consciente des risques et des conséquences – travaille sur les solutions pour consolider l’outil de production régional. Plusieurs intervenants ont débattu de la question de l’économie agricole, de la succession des crises et de la résilience de l’agriculture, à l’occasion de l’assemblée générale de la Fédération régionale des syndicats d’exploitants agricoles (FRSEA) de la région Sud, le 15 avril à Aix-en-Provence.

Durant l’année écoulée, avec une crise sanitaire encore prégnante, l’actualité syndicale a déjà été riche. La refonte du Schéma directeur régional des exploitations agricoles (SDREA), l’élaboration du Plan stratégique national (PSN) de la France pour la nouvelle Pac, le lancement de la Loi Egalim 2, la proposition de loi foncière Sempastous, le dossier prédation ou encore le gel destructeur au mois d’avril sont autant de dossiers pour lesquels la FRSEA Paca et les FDSEA des départements de la région se sont fortement impliquées. Défenseur des agriculteurs et du modèle familial des exploitations dans notre région, Patrick Lévêque, son président, s’inquiète de la situation économique des exploitations, déjà très préoccupante. “Nos serristes ont vu le Gazole non routier (GNR) multiplié par trois, la facture d’électricité de nos associations d’arrosants par pompage par deux ! Sans oublier l’explosion de nos intrants, de 40 à 300 %. Le plan de résilience n’est pas à la hauteur, il doit être fortement abondé. Nos petites exploitations souffrent aussi, elles ne doivent pas être oubliées“, insistant sur la nécessité, pour l’État, “de prendre en compte l’envolée du coût de l’énergie“.

Face à ces menaces multiples, le réseau FNSEA et les organisations professionnelles ont planché sur les leviers à activer de court et de plus long terme.

Les renégociations commerciales, levier majeur

“Le premier volet passe par la renégociation commerciale de l’ensemble des prix agricoles, avec la grande distribution et tous les acteurs des filières“, expliquait Yannick Fialip, en charge des questions économiques à la FNSEA et invité pour l’occasion.

Capitales pour le secteur agricole, ces négociations fixent les tarifications pour les mois à venir. Elles ont été réouvertes à la suite du conflit en Ukraine. Un comité national de suivi des nouvelles négociations commerciales a été mis en place pour réunir la profession agricole, l’ensemble des industriels privés et coopératifs, la grande distribution, le ministère de l’Agriculture. “Certains distributeurs jouent le jeu, pour d’autres, c’est plus difficile. Mais les pouvoir publics sont conscients que si l’on n’aide pas les producteurs, on manquera de production. Les négociations doivent être conclues le 1er mai“, indique le président de la commission ‘Économie’ de la FNSEA.

Autre levier sur lequel le réseau s’active : “L’organisation et le soutien collectif que la FNSEA, les FRSEA et les Chambres d’agriculture peuvent orchestrer pour aider les agriculteurs à l’achat des matières premières“. Pour permettre aux agriculteurs de faire des économies sur leurs achats de fuel, en mutualisant les commandes pour obtenir des prix plus intéressants, la FRSEA Paca a, par exemple, déjà mis en place une opération d’achat groupé de fuel. Les rabais ainsi obtenus vont de 40 à 100 € pour 1 000 litres.

Dans la région, quatre FDSEA proposent ce service à leurs adhérents : les Bouches-du-Rhône, le Vaucluse, les Alpes-de-Haute-Provence et les Hautes-Alpes. En 2021, 872 400 litres de fuel ont ainsi été livrés dans ces quatre départements.

Intervenir rapidement sur les trésoreries

L’autre chantier porté par la FNSEA consiste à travailler pour proposer des dispositifs de très court terme, afin d’aider les trésoreries des agriculteurs. “On ne pouvait pas attendre la fin des présidentielles, et nous avons négocié plusieurs mesures dans le plan de résilience. Les agriculteurs et éleveurs bénéficieront de soutiens directs et rapides, pour compenser l’augmentation des coûts d’alimentation animale ou du prix du gaz ou de l’électricité. Un acompte sur le remboursement de la TICPE1 sur le GNR leur sera versé, et les prises en charge de cotisations sociales permettront aussi d’aider les plus fragilisés des agriculteurs à passer le cap de la crise“, détaillait Yannick Fialip.

Avec la déstabilisation du marché des céréales, la mise en culture des jachères pour l’alimentation humaine et animale est une autre marge de manœuvre, pour produire plus, mise sur la table. Insuffisante et encore à définir par Bruxelles, elle pourrait être intégrée dans la prochaine Pac.

Du côté des partenaires politiques et économiques du secteur, on n’a pas attendu pour réagir face aux difficultés rencontrées par les différentes filières agricoles. Comme l’expliquait Bénédicte Martin, vice-présidente de la Région Sud en charge de l’agriculture, la Région a voté le 10 mars, en commission permanente, la réactivation des dispositifs particuliers d’accompagnement des entreprises. Les interprofessions et l’Association régionale des industries agroalimentaires (Aria) ont aussi été consultées pour réfléchir à la manière de les déployer.

Avancer aussi collectivement

Le soutien de la Région va aussi consister à apporter du conseil collectif aux entreprises, pour aller trouver de nouvelles sources d’approvisionnement et de nouvelles opportunités de partenariats commerciaux. Mais il faut aussi pouvoir travailler collectivement sur le long terme, pour sortir de notre dépendance vis-à-vis des produits d’importation. Comment retrouver un niveau de production intéressant, de la rentabilité et encourager à produire des céréales, élément nourricier majeur, sont autant de questions auxquelles nous devons répondre ensemble“, alertait Bénédicte Martin.

Plusieurs projets de structuration de filière sont déjà en cours, ou à l’étude, comme sur le blé dur bio, l’alimentation animale ou sur la fertilisation. “Il nous faut trouver des clés en mobilisant quelques mesures de coopération. Mais à la condition de jouer sur l’organisation collective pour faire avancer des filières stratégiques comme les céréales, car il y a urgence“, insistait la vice-présidente de la Région Sud.

La collectivité est plus que jamais à l’écoute de la profession, ce qui a conduit Laurent Depieds, secrétaire général de la FRSEA Paca, à rappeler le rôle de la structure au sein du réseau FNSEA. “L’échelon régional, dans le syndicalisme comme les autres instances professionnelles, devient le plus pertinent pour travailler sur les perspectives d’avenir. Face aux crises actuelles, il n’y aura pas de possibilité de défendre le secteur et de travailler sur des solutions sans avoir un syndicalisme fort et structuré, pour peser et déterminer des stratégies, afin de porter des projets qui vont dans le sens d’une agriculture régionale résiliente“, concluait Laurent Depieds. 

Emmanuel Delarue

 

(1) Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques.


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