GEL : le département constate ses plaies

Publié le 20 avril 2021

Sur vigne, tout n’est pas perdu mais on ne s’attend évidemment pas à une production ‘normale’. © E. Delarue

La vague de froid qui a frappé de plein fouet le département la semaine dernière, et le gel survenu dans la nuit du 7 au 8 avril, auront des conséquences lourdes sur toutes les cultures. Tout le territoire a été touché.

L’ensemble du territoire des Bouches-du-Rhône a été touché par un épisode de gel de plusieurs heures, dans la nuit du 7 au 8 avril dernier. Si aucun secteur n’est épargné par le passage de cette masse d’air froid, le thermomètre est descendu par endroits à -5°C, voire -6°C.

Phénomène d’une rare intensité, cet épisode de gel a impacté toutes les productions agricoles (fruits, légumes, vignes, grandes cultures…). L’an dernier, un coup de gel était survenu un peu plus tôt en saison, le 25 mars, et avait particulièrement affecté la production de fruits à noyau et, par endroits, la poire et la pomme. Ce coup-ci, les altérations quantitatives s’annoncent très fortes pour de nombreuses filières. Le phénomène particulièrement violent est notamment dramatique dans les vergers, où les fruits commencent à se former à cette période.

 Dans le Val de Durance, il a commencé à geler entre 1 heure et 2 heures du matin, et les températures ne sont remontées qu’au matin, vers 8 h 00 ou 08 h 30.

 

Une lutte fastidieuse

Pour les exploitations qui disposent de dispositifs de lutte contre ce type de phénomène, les équipements n’ont pas toujours pu faire face efficacement. Durant cette nuit, différents systèmes ont été mis en œuvre. L’aspersion anti gel – qui utilise une forte quantité d’eau, environ 40 m3/h/ha – est la solution qui a été le plus efficace. Mais avec certaines limites. “Dans les parcelles, sur une vingtaine de mètres, les bordures n’ont pas résisté au gel provoqué par le déplacement très rapide de cette grosse masse d’air froid”, rapporte Pascal Borioli, directeur du GRCeta de Basse Durance.

Les autres systèmes employant moins de volumes d’eau à l’hectare, comme les dispositifs de micro aspersion, ont moins bien fonctionné en raison des températures beaucoup trop basses. “Avec de l’antigel en pleine surface, on peut globalement gagner 4°C à 5°C. Mais en micro-aspersion, c’est plutôt autour de 2°C à 3°C. Et comme il faisait environ -5°C au thermomètre humide, les dégâts n’ont pu être évités”, complète l’ingénieur arbo. À part exception, les chaufferettes installées dans les vergers, à raison de 300 bougies/ha, n’ont pas davantage protégé les arbres. “Il aurait fallu en actionner entre 450 ou 500 bougies par hectare”, estime Pascal Borioli, qui précise aussi qu’un tel dispositif sur une seule nuit revient environ à 6 000 ou 7 000 €/ha.

 

Il faut remonter à 1991

Dans le département, on n’a pas souvenir d’un épisode de cette ampleur et de cette intensité depuis 1991. Et, d’avis d’expert, il semble supérieur à ce dernier. En fruits à noyau, il est encore tôt pour faire le bilan. Et, sur fruits à pépins, l’évolution de la qualité de l’épiderme sera aussi à suivre. Mais c’est également à moyen et plus long terme que s’inquiètent les arboriculteurs. On peut déjà estimer que beaucoup de vergers fassent état de 90 % de pertes. Et c’est la forte floraison de l’année prochaine qui est à craindre. En 1992, l’année commerciale, qui a suivi celle du gel, avait été en effet catastrophique, avec une surproduction au niveau européen, la production de fruits de petits calibres, etc. Le spectre de 2022 comparable à 1992 fait donc déjà peur.

Mais, à l’échelle des exploitations, les conséquences de ce phénomène climatique vont se faire ressentir avant cela. Au vu de la période où il est survenu, beaucoup de producteurs ont déjà réalisé des frais dans leurs vergers en matière de taille de traitements phytosanitaires, etc. L’absence de recettes qui se profile annonce déjà de lourdes difficultés de trésorerie. Dans l’immédiat, la tâche des arboriculteurs, va consister à faire le point sur le potentiel de production restant, et à définir les priorités en termes de lutte au verger (contre carpocapse, la tavelure, etc.), afin de savoir sur quoi il sera possible, ou pas, d’économiser. Se posent aussi les questions autour du déploiement des filets paragrêle, de la gestion de l’irrigation ou de la fertilisation. Beaucoup de producteurs devront faire des choix sur certains postes dans leur verger, afin de réaliser des économies d’échelle. Faute de fruits à venir en quantité, et donc de chantiers d’éclaircissage, certains producteurs de fruits à noyau ont déjà rompu leurs contrats saisonniers, afin de limiter la main-d’œuvre. Les conséquences en cascade de ce triste événement pour l’agriculture départementale sont véritablement multiples.


Le vignoble aussi impacté

Mais les vergers du département ne sont pas les seuls impactés. Sur vigne, tout n’est pas perdu, même si on ne s’attend pas à une production ‘normale’. “On est en train de faire le bilan et, d’ici un mois ou deux, on en saura davantage sur l’ampleur et l’étendue des dégâts dans le vignoble du département”, estime Didier Richy, conseiller viticole à la Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône. Mais, déjà, la première semaine de visites sur le terrain fait état de gros dégâts sur les bourgeons des vignes, même dans les secteurs tardifs au vu des températures très basses. “Ces zones vont être moins impactées que les zones précoces et médianes. Mais le gel a balayé tous les secteurs et, d’un vallon à l’autre à l’autre sur une même commune, les dégâts sont variables. La taille tardive a pu jouer un rôle pour préserver un peu la vigne”, explique Didier Richy, “mais l’on considère qu’elle peut retarder de 10 à 15 jours le débourrement”.

On comprend le dilemme pour les grosses exploitations. Avec ce coup de gel précoce, les perspectives du réchauffement climatique annoncées par le Giec se vérifient encore un peu plus. “Températures de l’hiver douces, débourrement précoce et coup de froid en mars/avril. Il va falloir réfléchir sur quels moyens mettre en œuvre pour y faire face”, confie l’ingénieur viticole. Après ce coup de gel, tout l’enjeu sera maintenant d’observer, avec le redémarrage de la vigne, si, d’ici un mois, il y a aura des grappes ou pas. La proportion du vignoble touchée semble dans tous les cas plus importante qu’en mars 2017. Peut-être “de 60 à 80 % du vignoble impacté à des degrés variables”, d’après les premières impressions du conseiller viticole. Elles seront affinées dans les semaines prochaines. 

Emmanuel Delarue

 

ZOOM sur…
La tomate d’industrie s’en tire bien

Heureusement ! Les surfaces de tomates d’industrie commençaient à peine à être semées. “En plein champ, nous avons perdu environ 20 hectares sur la soixantaine déjà semés, sachant que nous tablons cette année sur un total d’environ 2 500 hectares. En pépinière, une quinzaine d’hectares a également été perdue. Mais tout sera ressemé et retravaillé”, explique Robert Giovinazzo, directeur de la Sonito, l’interprofession de la tomate destinée à la transformation.

 

Quelques rappels sur la procédure des calamités agricoles
Sont éligibles aux calamités agricoles :
• les pertes de récolte en arboriculture, légumes, plan-tes aromatiques, à parfum et médicinales, pépinières ;
• pertes de fonds sur les cultures pérennes.
Les pertes de récolte en viticulture (y compris pépinières viticoles) et en grandes cultures ne sont pas éligibles au régime des calamités agricoles.



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