Gibier : La filière désormais prise en compte

Publié le 11 mai 2021

Pour Didier Gidde, comme pour tous les éleveurs de gibiers à plumes, le stockage des animaux en volière a engendré de lourdes charges durant le confinement (@ E. Delarue).

Le secteur cynégétique bénéficie d’une mesure spécifique pour le mois de novembre 2020. Les éleveurs de gibiers, qui ont perdu plus de 80 % de leur chiffre d’affaires avec la crise du Covid, sont encouragés à se manifester auprès de leur syndicat régional pour constituer un dossier de demande d’aide.

La crise économique et les arrêts d’activités que la pandémie du Covid ont provoqué en 2020 n’auront, directement ou indirectement, épargné aucun secteur. La suspension de la chasse durant le second confinement a lourdement impacté l’élevage de gibiers, une filière qui dépend essentiellement des activités cynégétiques. Pour rappel, il était interdit, en novembre 2020, de sortir à plus d’un kilomètre de chez soi. Sur l’ensemble du territoire français, les chasses communales et privées étaient, de ce fait, toutes fermées. 

Dans les élevages de gibiers à plumes, les commandes se sont soudainement arrêtées. Une situation vécue comme une catastrophe pour le secteur alors en pleine période de livraison. Les élevages ont dû conserver leurs oiseaux en volière et les trésoreries en ont fatalement pris un coup. “La clientèle du secteur est composée à 99 % de sociétés de chasse. C’est 100 % de l’activité des éleveurs de gibiers qui a disparu et le chiffre d’affaires avec“, témoigne Didier Gidde, dont le métier est de produire des animaux vivants pour les relâcher en nature. Les spécificités de l’élevage du gibier à plumes n’ont, jusque là, pas été prises en compte par les dispositifs de soutien de l’État. Mais c’est aujourd’hui chose faite, comme l’explique le président du Syndicat régional des éleveurs de gibier.

Indemnisation plafonnée à 10 000 €

Nous avons réussi à rentrer dans un schéma d’indemnisation. Le ministre de l’Agriculture a consenti à mettre en place un dispositif spécifique aux éleveurs de gibiers pour notamment le mois de novembre, où ils n’ont pas pu travailler. Pour ceux ayant perdu 80  % de leur chiffre d’affaires, le manque à gagner sur ce mois perdu va être indemnisé à hauteur de 10 000 € maximum“. Mais cela ne couvrira pas toutes les pertes, d’après le responsable. 

Sur le mois de décembre, la baisse des restrictions et la possibilité d’aller jusqu’à 20 km autour de chez soi ont pu permettre de rattraper en partie les livraisons. Aussi, sur son exploitation, l’éleveur de Châteauneuf-les-Martigues, qui a déjà opté pour le fonds de garantie de l’état auquel il avait droit, accueille ce dispositif de soutien avec un certain soulagement. Il reste cependant lucide. “Continuer de stocker nos animaux sans les vendre durant tout le mois de novembre a engendré de lourdes charges. Les frais d’aliments complémentaires ont  plombé les trésoreries“, souligne-t-il. 

Ce dispositif spécifique sera traité par FranceAgriMer dans le cadre d’une opération ouverte qui devrait démarrer à la mi-mai, “mais il est important de se manifester rapidement, et de constituer, dès aujourd’hui, une demande de dossier d’aide“, souligne le président régional.

Encore 800 000 oiseaux dans les volières

Les lâchers prévus en novembre qui n’ont pu être réalisés ont été reportés en décembre et, sur ce point, les élevages de la région sont depuis parvenus à ‘destocker’ leurs volières. Mais rien n’a été simple. “Chaque week-end de non-chasse revenait à perdre des milliers d’oiseaux d’un coup. Il a fallu, avant la fermeture de la saison, œuvrer au plan syndical pour être réactif, avec les arrêtés administratifs sur les interdictions, et saisir au bon moment les dérogations pour pouvoir faire travailler les éleveurs“, commente Didier Gidde, qui remercie au passage dans ce combat “le soutien de la Frsea et des Fdsea de la région“.
Sur cette période difficile, si la casse a été limitée en région, dans d’autres départements français, comme la Bretagne ou le Val de Loire, la situation a été dramatique. Très peu de dérogations de lâcher ont été autorisées par l’administration. Les conséquences ont été dramatiques pour certains élevages. Dans certaines régions, les stocks de gibiers sont énormes, notamment en Sologne. Il reste à peu près 800 000 oiseaux non vendus à ce jour sur l’ensemble du territoire, en majeure partie des faisans.

Il n’empêche que la situation économique des élevages dans la région Paca reste difficile. Et le président du Syndicat régional des éleveurs s’inquiète pour la suite : “Il y a un réel traumatisme, et ce ne sont pas les annonces du ministre qui sauveront la filière. Dans la grande région, habituellement, un éleveur arrête son activité par an sans être remplacé. Avec la crise, cette année quatre vont arrêter, dont deux jeunes agriculteurs. Entre la chasse-basching, les intempéries et les incendies, il faut dire que le secteur n’est guère épargné depuis quelques années. Et le spectre de l’influenza aviaire plane toujours, même si, pour l’heure, la région n’est pas menacée“.

Emmanuel Delarue

 


Autres productionsElevageChasse gibier élevage oiseau éleveur lâcher