Hydraulique agricole : conserver une longueur d’avance

Publié le 21 décembre 2021

La concertation territoriale, organisée à Carpentras entre les différents acteurs concernés par l’hydraulique en région, le 26 novembre, a pointé l’ampleur du défi en région (© E. Delarue).

Dans notre territoire, la sécurité alimentaire ne peut s’envisager sans eau. Une concertation régionale, organisée dans le cadre du Varenne de l’eau, pointe la nécessité de s’adapter aux changements climatiques, mais soulève aussi l’ampleur du défi en région.

Les épisodes caniculaires se multiplient, les gels tardifs sont de plus en plus dévastateurs, les inondations et les évènements climatiques extrêmes se répètent régulièrement. Les agriculteurs des territoires de la région voient s’accélérer – sous leurs yeux et à la défaveur de leurs productions – les conséquences prégnantes du changement climatique. La gestion de l’eau est au cœur de ces enjeux.

Le Varenne agricole de l’eau répond au souhait du président de la République qu’une réflexion collective soit conduite, pour identifier les réponses que l’agriculture doit apporter au défi du changement climatique. Dans ce cadre, la Chambre régionale d’agriculture (CRA Paca) et la Direction régionale de l’agriculture, de l’alimentation et de la forêt (Draaf) ont organisé une concertation territoriale entre les différents acteurs concernés par l’hydraulique en région. Un premier colloque de restitution de ces travaux s’est tenu sur le campus de Carpentras, le 26 novembre dernier. Il voulait aborder une vision régionale du partage des besoins et de l’accès aux ressources en eau mobilisables pour l’agriculture. Il a aussi permis à la Région Sud, qui souhaite prendre toute sa part dans les travaux du Varenne de l’eau, de réaffirmer “son volontarisme sur le chantier immense de l’eau, de l’adaptation et de la résilience“, confiait Bénédicte Martin, en charge de l’agriculture à la Région Sud.

Des menaces mais une volonté collective

Entre réalisations, avancées et perspectives, les échanges de la matinée partagés par les différents protagonistes de l’État, de la Région et de la profession agricole ont permis de caractériser les forces, mais surtout les faiblesses et les menaces que le changement climatique constitue dans le territoire régional. Certes, la région Paca s’appuie sur un tissu de réseaux hydrauliques assez exceptionnels, récents ou très anciens. Mais aujourd’hui, ils se révèlent insuffisants, compte tenu des besoins qui émergent.

Reste qu’une des particularités régionales est aussi qu’elle est “l’une des seules où le Conseil régional a élaboré une stratégie territoriale de l’irrigation. La Région Sud a réussi à récupérer 11 millions d’euros, dans le cadre du Plan de relance, sur les 30 millions de l’enveloppe nationale. Cette opportunité, saisie l’année dernière, se renouvelle cette année avec le Varenne de l’eau. Il est important que notre région fasse connaître ses besoins, notamment en matière d’aménagements“, lançait Patrice de Laurens, le Draaf Paca.

Mais la question des aménagements n’est pas facile à trancher. Beaucoup ont en tête la diminution des ressources à moyen - long terme, mais aussi que les utilisations de l’irrigation, ainsi que les transferts de l’eau, nécessiteront des arbitrages complexes. L’objectif de cette journée était de faire ressortir des besoins forts de la région sur des aménagements concrets. “C’est tout ce qu’attend le ministre de l’Agriculture“, complétait Patrice de Laurens.

De nouveaux besoins émergent partout

Et force est de constater que tous les départements de la zone méditerranéenne sont concernés par les problématiques liées à la gestion de l’eau. Même dans le secteur alpin ! Si le barrage de Serre-Ponçon fait figure de château d’eau, plusieurs bassins-versants sont déficitaires. Des économies d’eau sont nécessaires et les exploitants sont accompagnés vers de la substitution collective et des réseaux sécurisés, quand c’est possible, ou encore des stockages individuels. “La profession est attentive, dans le cadre du changement climatique, aux économies d’eau et essaye de diminuer les prélèvements. Mais l’on voit aussi apparaître des questions prégnantes sur le changement climatique de la part d’exploitations qui, jusqu’à présent, se passaient de l’irrigation“, confiait André Pinatel, président d’honneur de la CRA Paca.

Dans le département des Alpes-Maritimes, on observe aussi une très forte demande pour équiper de petites exploitations. Mais en face, les solutions d’accompagnement sont rares.

En Vaucluse, “les projets de modernisations ne manquent pas. Mais il faut aussi pouvoir amener l’eau dans des territoires qui n’en bénéficient pas, sans quoi l’agriculture disparaîtra“, soulignait Alain Guillaume, président du Canal de Carpentras.

Si le département des Bouches-du-Rhône est largement desservi par les aménagements hydrauliques de la Société du canal Provence, et compte aussi beaucoup de réseaux d’irrigation gravitaires, “notre volonté est de maintenir et de moderniser les ouvrages anciens“, insistait Patrick Lévêque, le président de la Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône. Le projet de rénovation du Canal de Haute Crau a récemment pu capter deux millions d’euros du Plan de relance sur les sept millions d’euros qu’il nécessitait. Mais “c’est un projet très coûteux pour réhabiliter un aqueduc qui dessert 200 irrigants, et à peu près 1 300 hectares de terres. C’est surtout un projet qui permet de prendre la mesure des financements qui s’imposent pour répondre aux besoins alimentaires de la société“, ajoutait Patrick Lévêque.

Avancer groupés

Dans chacun des départements de la région, les enjeux sont multiples et spécifiques, et la profession agricole s’investit pleinement dans l’accompagnement d’une agriculture plus résiliente, sur l’économie de l’eau, mais aussi sur sa sécurisation dans les territoires. “Prioriser aujourd’hui un secteur ou un autre est difficile“, confiait André Bernard, président de la CRA Paca. “L’important est de travailler tous ensemble, le Conseil régional, l’État, l’Agence de l’eau, la profession agricole et les aménageurs, pour capter les différents financements. Nous avons la chance de pouvoir compter sur une Région qui s’est engagée et qui a pris la mesure du problème depuis quelques années. À nous de conforter cette longueur d’avance sur la sécurisation de l’eau et l’amélioration des techniques de production, pour s’adapter au climat et sur les aménagements de la desserte en eau sur le territoire“, résumait-il.

S’il y a, dans certains secteurs, déjà des solutions envisagées, il y a encore beaucoup de travaux à venir, mais surtout nombre de concertations à prévoir. “La feuille de route qui a commencé à se définir dans cette rencontre doit nous permettre de capitaliser sur ce qui a déjà été réalisé dans notre région. Nous devons renforcer nos moyens et nos compétences, pour aller plus vite encore et tous ensemble“, concluait Bénédicte Martin. 

Emmanuel Delarue

 


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