Ieunes agriculteurs : la reconquête des friches : un enjeu pour les jeunes et l’installation

Publié le 04 avril 2022

L’assemblée générale des Jeunes agriculteurs des Bouches-du-Rhône, qui s’est tenue le 22 mars à Mouriès, était consacrée à la reconquête des friches (© E. Delarue)..

Dans un contexte où le foncier tend à réduire la part de l’agriculture, les Jeunes agriculteurs des Bouches-du-Rhône sont très attentifs à la reconquête des friches, un enjeu majeur pour l’installation dans le département.

Etroitement liée au renouvellement des générations, et donc à l’avenir du métier, la reconquête des friches est une des missions des Chambres d’agriculture qui travaillent aux côtés de la Safer.

Avec une profession agricole qui vieillit, les Jeunes agriculteurs sont aussi conscients que leur responsabilité est de contribuer à limiter cette érosion. “Installer des jeunes sur le territoire est notre première fonction“, lançait Thomas Chaullier, à l’occasion de l’assemblée générale des Jeunes agriculteurs à Mouriès, le 22 mars dernier. “Nous savons que dans les dix ans, entre 40 et 50 %  des agriculteurs partiront à la retraite. Il nous appartient de relever le défi, d’anticiper ces départs et de faire perdurer le modèle familial de notre agriculture à travers le renouvellement des générations“, poursuit le président du syndicat.  Dans le département, les friches agricoles constituent un vrai potentiel de reconquête de SAU agricole. Preuve que la question préoccupe particulièrement la relève, les Jeunes agriculteurs avaient choisi cette année d’échanger sur ce thème avec différents intervenants. La problématique est loin d’être simple, mais de plus en plus d’initiatives et d’opérations de reconquêtes de terres agricoles sont initiées. 

Recherche active sur l’élevage

Sébastien Attias, responsable du ‘Pôle développement technique de l’entreprise‘ à la Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône, témoignait du travail de recherche active dans le département, pour l’élevage notamment. Dans cette filière majeure pour l’entretien des surfaces, l’installation permettra de stabiliser et de faire prospérer le secteur. Les éleveurs étant constamment à la recherche de nouvelles surfaces pour faire pâturer les cheptels, la profession s’est lancée dans plusieurs démarches. Notamment dans un partenariat inédit que la profession a initié avec la SNCF. Les talus ferroviaires et les espaces qui bordent les voies ferrées représentent un potentiel de surfaces pâturables très important. à partir de ce constat, une collaboration a donc été lancée entre la Chambre d’agriculture et la SNCF1. Pour les éleveurs, c’est le moyen d’avoir accès à de nouvelles zones de pâturage. Des zones de foncier relativement intéressantes pour le pâturage, de l’ordre de 30 ha, 40 ha et plus, ont ainsi pu déjà être mises à disposition d’éleveurs. Sur Tarascon, un lot de 50 ha a, par exemple, été mis à disposition d’un éleveur à proximité.

Pour des jeunes qui s’installent et cherchent des terres, ces opérations constituent de réelles opportunités, d’autant qu’elles s’inscrivent dans la durée. Le conventionnement prévoit que l’éleveur puisse venir pâturer sur ces surfaces sur une durée minimum de six ans“, soulignait Sébastien Attias. Dans le même esprit, 800 ha appartenant au port autonome de Marseille, avec qui la Chambre d’agriculture travaille aussi, ont ainsi pu être utilisés pour l’installation de jeunes éleveurs.

Ces initiatives s’inscrivent dans ce que la Chambre d’agriculture met en place depuis plusieurs saisons autour de l’éco-pâturage. Avec le soutien de la Métropole Aix-Marseille-Provence, elle propose un service de mise en relation entre propriétaires et éleveurs du département pour favoriser l’éco-pâturage. Le dispositif a permis de ‘mettre la main’ sur 80 ha la deuxième année de son lancement, de déceler des lots à pâturer, débouchant sur des conventions d’installations de jeunes éleveurs.

Identifier les potentiels 

Comme l’indiquait Anaïs Rudolff, chargée de mission au ‘Pôle aménagement du territoire‘ de la Cham-
bre d’agriculture, “la part de friches représente, en moyenne, un tiers du potentiel agricole des communes dans le département“. Le redéveloppement de l’agriculture dans les territoires répond pourtant à des enjeux majeurs, économiques et alimentaires, et les demandes d’installation affluent dans le département. Le Point accueil installation (PAI) recense par exemple en moyenne 300 candidatures chaque année. 

Pour répondre aux besoins des agri-
culteurs en matière d’installation, de développement, et satisfaire les besoins alimentaires, on estime que 59 000 ha en terres cultivables, ou en parcours, sont nécessaires dans la région. Ces données, issues d’un diagnostic réalisé par les Chambre d’agriculture et la Safer Paca en 2020, représenteraient une augmentation d’environ 10 %  de la surface agricole actuelle.

La reconquête des friches répond également à un enjeu environnemental, puisque la lutte contre les incendies passe aussi par une plus grande maîtrise des espaces naturels. L’agriculture a un rôle très important à jouer pour défendre les massifs forestiers. Les collectivités sont conscientes de cet enjeu. Elles travaillent avec la Chambre d’agriculture pour reconquérir les terres agricoles et lutter contre les risques naturels. Le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône utilise notamment un dispositif bien rôdé.

Des outils et des opérations spécifiques

Le Fonds départemental de gestion de l’espace rural (FDGER) du Département est utilisé pour accompagner le renouveau des territoires agricoles abandonnés, pour créer les conditions d’une exploitation et d’un entretien durables et raisonnés de ces espaces, dans un souci environnemental, de lutte contre les risques naturels ou de conservation d’un terroir agricole dans les secteurs où  il  est  menacé  par  la pression foncière“, rapportait éric Schemoul, chargé de mission volet territorial de la politique agricole. Cet outil a permis de restituer, dans le département, plus de 4 000 ha à l’agriculture depuis 1999, un outil pour lequel 35 %  des dossiers ont été portés par les Jeunes agriculteurs.

Dans le département des Bouches- Rhône, le foncier est très attractif et concurrentiel“, reconnaît Christophe Campanelli. Le directeur départemental de la Safer Paca expliquait que l’opérateur était très investi sur la question, en intervenant d’abord dans le cadre de démarches amiables et avec son droit de préemption avec contre-proposition de prix (200 dossiers/an
dans le département). Dans la lutte contre le développement de parcelles en friches et la rétention foncière, la Safer travaille en étroite collaboration avec les Chambres d’agriculture et les EPCI, avec des opérations spécifiques et des outils mis en place avec les collectivités, comme les ZAP, les conventions d’animations et les opérations de compensation. Dans ce cadre précis, un diagnostic a été réalisé avec la Chambre d’agriculture dans le secteur d’Aix-en-Provence. Un travail de diagnostic a mis en évidence, sur quelques communes, 600 ha de parcelles en friches et a également recensé 300 ha de parcelles sous-exploitées. La convention avec la Chambre d’agriculture a conduit à contacter systématiquement tous les propriétaires et engagé un large  travail de prospections.

Pour le président des Jeunes agriculteurs, “si tout n’est pas parfait, pouvoir compter sur la Safer est une vraie chance. D’un autre côté, on constate que les élus commencent à saisir la nécessité absolue de préserver les espaces agricoles. La crise du Covid et la question de l’autonomie alimentaire y ont contribué. Un travail collectif est engagé sur la reconquête des friches, des solutions sont trouvées, mais la route est encore longue“, concluait Thomas Chaullier. 

Emmanuel Delarue

(1) Lire notre édition du 30 avril, page 3.