IGP des Bouches-du-Rhône : le segment monte en puissance

Publié le 28 janvier 2020

Le 20 janvier à Aix, l’assemblée générale des IGP 13 s’est tenue, en présence de Christian Burle, représentant de la Région, Marie-Pierre Callet, présidente de la commission viticole du Conseil départemental 13, Patrick Lévêque, président de la Cham

Le segment des Indications géographiques protégées monte en puissance dans le département. Dans le même temps, le syndicat, reconnu Organisme de gestion, continue de s’impliquer et de s’investir dans la transition écologique.

Chaque année, les orientations économiques des entreprises viticoles du département influent naturellement sur les volumes produits en Indications géographiques protégées (IGP). Mais les nouvelles plantations qui arrivent en production - de l’ordre de 100 à 150 hectares de plus chaque année - font progresser les surfaces, qui atteignent aujourd’hui 3 300 ha. Ainsi, le segment des IGP monte logiquement en puissance dans le département, et la récolte - historiquement haute enregistrée en 2018, avec 273 000 hectolitres (hl) - l’a bien illustrée.

Sur ce total, la dénomination ‘Méditerranée’ domine largement, et se con­centre essentiellement sur le rosé, avec des vins d’assemblage. En 2018, la contribution du département des Bou­ches-du-Rhône à la production de Méditerranée IGP, en rosé, a atteint 179 000 ha. Mais le département compte d’autres dénominations - l’IGP Pays des Bouches-du-Rhône, l’IGP Alpilles, et l’IGP Bouches-du-Rhône ‘Terres de Camargue’ -, dont les productions sont stables d’une année sur l’autre.

Au cours des derniers mois, le syndicat, reconnu Organisme de gestion (ODG), a mené des actions pour animer son large territoire, et faire connaître les spécificités de ses productions auprès des consommateurs. En partenariat avec le Département et la Chambre d’agriculture, le Salon international de l’agriculture, la présentation des millésimes et le Salon des agricultures de Provence ont été trois grands temps forts dans le domaine de la promotion.

Comme le rappelait le président du syndicat, Jean-Claude Pellegrin, à l’occasion de son assemblée générale, le 20 janvier dernier, “les vins IGP du département des Bouches-du-Rhône sont acteurs de leur territoire, en produisant des vins de qualité, adaptés à l’attente des consommateurs. Et aujourd’hui, nous devons intégrer aussi les attentes sociétales”. Tout le département est concerné par la certification Haute valeur environnementale (HVE), dont la filière viticole. Aussi, le syndicat des IGP souhaite que le plus grand nombre de producteurs d’IGP des Bouches-du-Rhône soit reconnu HVE. Chez les IGP, la dynamique est nationale.

Conserver ‘l’esprit IGP’

Comme l’a expliqué Gérard Bancillon, président de la Confédération nationale des vins IGP, “la Confédération vient d’entrer au conseil d’administration de l’association nationale HVE, avec notamment l’objectif de conforter la légitimité de ce segment, au regard du grand public, et le contenu du cahier des charges HVE”. Mais, les enjeux des vins IGP sont spécifiques. “Nous sommes, en tant qu’IGP, dans un espace de liberté, et nous tenons à le conserver. C’est la qualité finale du produit qui importe, ainsi que le marché”, rappelait le viticulteur gardois, ajoutant que “l’introduction des mesures agro-environnementales dans le cahier des charges des IGP doit rester facultative”.

Pour les producteurs d’IGP des Bouches-du-Rhône, le message est clair : ”Il faut y aller !”. Et ils pourront compter sur la Chambre d’agriculture, accréditée pour accompagner les exploitations du département, et pour les aider à mettre en place le référentiel HVE. “On peut raisonnablement penser que, d’ici 2021, 80 % des vins IGP du département seront produits sous label HVE”, estime Jean-Claude Pellegrin. “Mais il ne s’agit pas d’une course, ni d’une compétition pour autant”, insiste le président du syndicat, rappelant par là que le pas de temps agricole n’est pas celui du calendrier politique, ou électoral, ni celui des extrémistes de l’écologie. “Il s’agit, pour nous, de changer de mode de culture. Mais nous nous sommes, tout au long de notre vie, adaptés : à la production, aux produits, aux marchés, aux intempéries, etc. S’adapter prend du temps, et les vignerons attendent que la société et l’État prennent aussi leurs responsabilités, pour nous aider financièrement, et sur le long terme, à passer ce cap de la transition écologique.”

Toujours en matière d’adaptation, les IGP des Bouches-du-Rhône s’engagent aussi aujourd’hui dans l’intégration des cépages résistants (voir encadré), mais toujours dans ‘l’esprit IGP’. Les producteurs auront le choix. Reste que pour le moment, la liste des nouveaux cépages proposée sur les rosés est bien mince. Pour le président du syndicat, il va falloir “les expérimenter sur le long terme, avec espoir, mais sans se mentir sur les résultats, dans une logique économique et de durabilité”.

Réponse juridique attendue

Dans l’actualité, un certain dossier anime depuis quelques temps l’ODG des Bouches-du-Rhône, comme les services de l’INAO : la demande de passage en AOP de l’IGP ‘Sable de Camargue’. Le syndicat des IGP des Bouches-du-Rhône est aujourd’hui clairement inquiet quant à son utilisation de la mention territoriale ‘Terre de Camargue’.

En effet, le Gard, l’Hérault et les Bouches-du-Rhône ont en partage la mention ‘Camargue’ pour leurs IGP, les uns avec l’IGP ‘Sable de Camargue’, les autres avec l’IGP Bouches-du-Rhône ‘Terre de Camargue’. Pour le syndicat des Bouches-du-Rhône, il n’est pas question de perdre l’utilisation du terme ‘Camargue’.

Les producteurs des Bouches-du-Rhône ne contestent pas la demande de valorisation supplémentaire des producteurs de l’IGP ‘Sable de Camargue’. Mais souhaitent avoir “la garantie de pouvoir continuer d’utiliser la mention pour l’IGP au niveau national et international”, insiste Jean-Claude Pellegrin.

L’inquiétude des producteurs d’IGP ‘Terre de Camargue’ porte sur le fait qu’une Dénomination géographique complémentaire (DGC) n’est pas protégée au niveau européen. “Qu’adviendrait-il en effet si, dans l’avenir un opérateur de la future AOP contestait l’uti- lisation de la mention ‘Camargue’ par l’entité IGP ‘Terre de Camargue’ ?”, s’interroge le président des IGP 13. Les producteurs des Bouches-du-Rhône attendent donc “un verrouillage de l’utilisation ‘Camargue’, et que la DGC ne puisse être attaquée, sur le marché français comme à l’export”.

L’ODG travaille sur ce dossier, mais n’a pour l’instant pas obtenu de réponse, malgré les sollicitations des services de l’INAO. Comme le soulignait Marie-Pierre Callet, présidente de la commission viticole du Conseil départemental 13, “il serait incohérent que cette mention ne puisse un jour plus être utilisée par l’IGP 13, dans la mesure où les trois départements 13, 30 et 34, ainsi que de nombreux acteurs du tourisme et de l’agriculture, travaillent aujourd’hui ensemble sur un spot ‘Camargue’ au niveau touristique”. Le dossier devrait vraisemblablement encore occuper l’ODG dans les prochains mois, mais le syndicat pourra compter sur le soutien de la Chambre d’agriculture, d’après son président Patrick Lévêque.

Emmanuel Delarue


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