Il était une fois, au Mas de Cayol…

Publié le 20 juin 2022

Sur ses parcelles d’oliviers situées au pied du village des Baux-de-Provence, les chantiers de taille se prolongent encore un peu pour Laeticia Citi (© E. Delarue).

Au cœur des Alpilles, Laetitia Citi, jeune productrice récoltante, perpétue la tradition des olives, avec son mari. Le projet familial, qu’ils commencent à concrétiser depuis quelques années, ne fait que commencer.

Sur ses parcelles d’oliviers situées au pied du village des Baux-de-Provence, les chantiers de taille se prolongent encore un peu pour Laeticia Citi. Mais la floraison a été abondante cette année, et les olives ont déjà fait leur apparition. En dépit du manque d’eau et du vent très fort qui règne dans la zone, la jeune oléicultrice espère que les arbres donneront tout leur potentiel pour élaborer les nombreuses productions auxquelles elle se consacre, avec son mari. Ils gèrent en effet tous les deux les vergers du Mas de Cayol, une exploitation de quelque 26 hectares d’oliviers, sur Maussane et Les-Baux-de-Provence. Si Gilles est issu d’une longue lignée d’agriculteurs, de son côté, Laeticia s’est très récemment reconvertie dans le métier.

Un changement de cap dicté par une envie de découvrir la terre, puisqu’elle exerçait dans le secteur du paramédical, jusqu’en 2016. Un certificat de spécialisation oléicole, passé au CFPPA de Saint-Rémy-de-Provence, la conforte dans ses objectifs : la jeune femme veut s’installer comme oléicultrice. Restait pour se lancer la question du foncier, très prisé dans les Alpilles. Autour de la maison familiale, le couple récupère alors quelques hectares pour commencer. Puis d’autres, un peu plus loin, du côté des Baux. Les oliviers implantés leur permettent de produire de l’huile d’olive sous l’appellation des Baux-de-Provence. La moitié des parcelles de l’exploitation est en fermage ou en commodat. “Trouver des terres, même en friche pour de la location n’a pas été simple. Le bail fermier n’est pas toujours bien compris ou bien accepté”, reconnaît l’oléicultrice. Mais, battante et motivée, Laeticia n’a rien lâché.

Sa jeune exploitation s’est, pour une grande partie, bâtie sur de la remise de terres en cultures, comme au pied du château des Baux. Une parcelle de 4 ha d’un seul tenant en bio. Cette production est complétée par des parcelles en cours de conversion, située non loin de Fontvieille. La moitié des vergers du Mas de Cayol est désormais en agriculture biologique.

Olives de bouche, huiles et agrotourisme

Sur Maussane, les oliviers sont surtout utilisés pour la production d’olives de bouche. Les parcelles y sont irriguées, ce qui permet de soigner au mieux la production des olives cassées, olives noires piquées au sel ou Verdale de Provence, élaborées par des confiseurs locaux. “L’olive cassée se ramasse à partir de la dernière semaine d’août généralement. Nous faisons aussi la grossane piquée au sel, récoltée beaucoup plus tard. Entre la récolte pour les olives de table, celles ramassées pour la tapenade et pour la production de nos huiles – fruité vert AOP vallée des Baux, en AB et conventionnel, huile d’olive maturée en AOP Vallée des Baux et huile mono variétale de grossane –, la récolte des olives s’étend jusqu’en décembre”, indique Laeticia.

Sur l’exploitation, l’oléicultrice s’occupe surtout de la partie transformation et de la commercialisation des olives, en huiles et des olives de bouche. Elle a commencé par vendre son huile et ses olives sur les marchés. Mais, très vite, l’opportunité d’acheter une boutique dans le village des Baux s’est présentée. Une occasion que le couple a su saisir pour pouvoir y vendre ses productions. Aujourd’hui, leur site internet ainsi que les ventes sur les foires et salons restent des débouchés importants pour le Mas Cayol, qui vend exclusivement les productions des deux oléiculteurs. Lors de la dernière campagne, la trituration a été confiée au moulin coopératif de Mouriès. Mais le couple – qui a le projet de pouvoir créer son propre moulin – ne perd pas espoir. “Garder la mainmise sur la valorisation était un premier objectif avec la vente en direct et le magasin, car les récoltes restent très variables et l’on s’aperçoit de cet intérêt les années où il y a peu d’huile. Mais pouvoir maîtriser la production de la culture jusqu’à la vente, en passant par la transformation, en est un autre”, explique la jeune femme.

La famille a aussi développé une activité agrotouristique, avec un gîte, sur l’exploitation basée à Maussane. Le secteur est porteur et c’est pour les agriculteurs un beau moyen de transmettre leurs savoirs et expériences avec des voyageurs qui souhaitent s’éloigner des circuits touristiques traditionnels.

Surveillance accrue de la mouche

Installée depuis seulement quatre ans au final, Laeticia prépare sa 6e campagne. Jusqu’à présent, le couple n’a pas connu d’année noire au plan sanitaire. “La mouche est présente chaque année, et nous traitons la plupart des parcelles à l’argile, le seul produit que l’on s’autorise à utiliser tant que la pression ne dépasse pas un certain seuil”, rapporte-t-elle. Les deux exploitants ont aussi déployé leur propre réseau de pièges, pour surveiller la présence et le développement des populations du ravageur dans leurs vergers. “Tous les trois jours, on contrôle nos pièges. Un travail monstre d’observation assidue sur le terrain, mais qui rassure aussi surtout sur le début de campagne, pour intervenir au plus vite et réaliser le premier traitement.

Avec son installation, Laeticia mène aussi d’autres combats. La jeune femme est rentrée chez les Jeunes agriculteurs “pour protéger l’agriculture au sens large, et participer à la revaloriser sur le territoire des Alpilles”. Son engagement lui vaut aujourd’hui d’être présidente du canton Crau Alpilles, secrétaire générale des JA des Bouches-du-Rhône et vice-présidence des JA Paca. “Permettre à des agriculteurs de s’installer, faciliter et accompagner les reprises, et défendre la possibilité pour un agriculteur d’habiter sur ses terres et de faire construire sur son outil de production”, font partie des causes qui sensibilisent particulièrement Laeticia. Elle pense aussi à ses deux enfants. Les quelques parcelles qu’elle a commencé à acheter sont aussi pour leur avenir.

Notre projet de réhabilitation de terres en friches pour s’installer sur le secteur des Alpilles a fonctionné. Cela n’a pas été simple, mais nous y sommes arrivés. D’importants investissements ont été engagés”, résume aujourd’hui Laeticia, qui reconnaît “qu’être deux dans le métier, pouvoir se soutenir et s’entraider au quotidien est une véritable chance”.

La jeune femme de 35 ans est aujourd’hui pleinement épanouie dans celui qu’elle a découvert, et qu’elle exerce avec passion. Mais sur le Mas de Cayol, l’histoire ne fait que commencer de s’écrire. 

Emmanuel Delarue


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