L’écho des vendanges : un millésime plutôt technique

Publié le 12 octobre 2021

Le millésime 2021 sera définitivement technique en cave (© Gabrielle Lantes).

Aux quatre coins du département, les vendanges touchent à leur fin. Les vignerons indépendants ou en cave coopérative, ne s’attendent évidemment pas à une grosse récolte. Partout cependant, la qualité demeure relativement satisfaisante. Quant à l’élaboration des vins, le plus dur reste à faire, avec un millésime qui s’annonce plutôt technique.

 

L’Hostellerie des vins de Rognes

Veiller aux maturations

Dans les vignes de la cave coopérative de Rognes, il reste encore une semaine de travail environ. Dans ce vaste terroir de 380 hectares, classé en AOC Coteaux d’Aix-en-Provence et en IGP, tout a commencé dix jours plus tard qu’à l’accoutumée. Un retard en grande partie dû au gel du mois d’avril, que le climat n’a pas pu rattraper. Au 27 septembre, plus de la moitié des vignes de la cave coopérative avaient été vendangées. Mais l’on sait déjà qu’il manquera au final 20 % de raisins par rapport à une année normale. La quarantaine de coopérateurs de la cave assure habituellement une production annuelle de 32 000 hectolitres de vins.

Le gel, mais aussi la grêle, ont réduit significativement le potentiel de production. Le premier a frappé indifféremment tous les cépages et la plupart des parcelles. “Dans celles qui l’ont moins été, les rendements seront quand même plus faibles. Il faut dire que, l’an dernier, la récolte avait été très bonne. La vigne se repose aussi peut-être un peu cette année“, commente Gilles Giordano, le président de la cave coopérative. Depuis le démarrage des récoltes, il pleut aussi un peu chaque semaine. Et, selon les secteurs, à quelques kilomètres près, les précipitations observées ont été très variables, de 20 à 45 mm. Les vignerons ont donc été vigilants.

La cave est logistiquement équipée pour accueillir des récoltes importantes et, cette année, compte tenu des volumes plus faibles à traiter, il aurait été possible d’accélérer la cadence au besoin. Mais il faut aussi savoir ne pas se précipiter, pour optimiser la qualité des raisins arrivant à maturité. D’autant qu’il reste encore trop de raisins à rentrer pour savoir quel sera le profil des vins qui caractériseront ce millésime. En cave, les débourbages et les filtrations ont commencé. “Dans une dizaine de jours, quand les premières cuves auront fini de fermenter, nous y verrons plus clair“, espère Gilles Giordano.

Le millésime sera aussi délicat à gérer dans les semaines à venir pour d’autres raisons. “Du fait des moindres volumes, les jus sont beaucoup plus concentrés. Les vignerons s’efforcent de vendanger la nuit, autant que possible. Mais il s’agira aussi de veiller aux macérations pour maîtriser la couleur des rosés. Dans tous les cas, 2021 ne sera pas insurmontable“, assure Gilles Giordano. “Notre métier nous a appris à faire avec des années comme celles-ci“, reconnaît le président de la cave coopérative. 

 

Association de vins de la Sainte-Victoire

Hétérogène jusqu’au bout

Dans le secteur de la Sainte-Victoire, les vendanges devaient être finies la semaine dernière, excepté quelques ci ou là, pour la production des vins rouges. D’autant que la météo annonçait encore des pluies dimanche dernier. La plupart des vignerons ont essayé de les anticiper, car il fallait être particulièrement vigilant sur les cinsaults, qui mûrissent plus tardivement, et dont la peau fine était plus exposée aux éclatements.

Durant ce mois de récolte, les vignerons du secteur ont connu en effet quelques petites pluies, mais ces dernières n’ont pas réellement perturbé le travail dans les vignes. “L’inquiétude portait plus sur l’état sanitaire et sur le risque de développement du Botrytis que sur les difficultés logistiques dans les caves“, souligne Jean-Jacques Balikian, directeur de l’Association des Vignerons de la Sainte-Victoire.

L’hétérogénéité des quantités récoltées, selon les secteurs et les parcelles, rend les estimations de production à venir complexes. Certains viticulteurs sont catégoriques : ils ne feront qu’une demi-récolte. À l’inverse, d’autres feront le plein. Le gel – plus ou moins marqué – a été l’élément majeur. Et la date des tailles aura souvent fait la différence, d’après le directeur. “Les chantiers les plus tardifs auront contribué à optimiser le potentiel de récolte. Selon où l’on se situe dans la haute vallée de l’Arc, les vignerons peuvent avoir été touchés par le gel, mais aussi la grêle. Toutefois, les cas de figure sont multiples.

Ce qui est certain, c’est que la récolte ne sera pas pléthorique, à la différence de l’an dernier. Collectivement, les quantités récoltées seront moyennes mais, individuellement, les disparités sont importantes. Avec ces maturités hétérogènes, ce que l’on constate par endroits dans les caves, “ce sont des problèmes d’azote assimilable – ils sont plutôt faibles – mais aussi des problèmes de couleurs, en raison de jus plus colorés, compte tenu des rendements plus faibles“. Les vignerons s’attendent à un millésime plus compliqué que d’habitude, même si les différents retours sont plutôt positifs sur la qualité. Reste que le talent des vinificateurs jouera beaucoup, et représentera une part importante dans l’élaboration finale des produits. “Il est très difficile de tirer des tendances sur les profils des vins. Le millésime sera donc hétérogène jusqu’au bout“, observe Jean-Jacques Balikian.

Les volumes produits chaque année avec la dénomination de terroir Sainte-Victoire sont variables d’un millésime à l’autre, et ils le sont surtout par rapport au marché des rosés en Côtes de Provence. L’objectif pour la dénomination de terroir étant d’atteindre en moyenne les 30 000 hl. Ce ne devrait logiquement pas être le cas en 2021. 

 

Mas de la Dame

Un millésime prometteur

Au sein de la vallée des Baux, la majorité des vignerons a terminé les vendanges dans les derniers jours de septembre, excepté le domaine Dalmeran, toujours un peu plus tardif. Pour la plupart des domaines, ces vendanges ont commencé quelques jours plus tard que la normale. Le 24 août pour le Mas de la Dame que Caroline Missoffe, présidente de l’ODG des Baux-de-Provence, exploite avec sa sœur, Anne Poniatowski. Et, comme partout dans la vallée des Baux, le déroulement des vendanges a été quelque peu bousculé par des maturités décalées et inhabituelles sur certains cépages.

Le cépage rolle – que l’on vendange plus tardivement – a dû être ramassé plus tôt cette année. Et, inversement, d’autres cépages habituellement plus précoces ont été mûrs plus tard. Ce n’était vraiment pas une année comme les autres“, note Caroline Missoffe.

Le manque d’eau cette année a d’abord occasionné quelques sueurs froides. Au printemps, à part la pluie de mai, les précipitations ont été très faibles. “Deux pluies au cours de l’été nous ont vraiment fait du bien, sans quoi les récoltes auraient été encore plus petites“, estime Caroline Missoffe.

Sur les quantités récoltées, la présidente indique qu’elles sont collectivement similaires à celles obtenues l’année dernière. “Un petit peu plus ou un petit peu moins... Mais les volumes sont assez proches de notre récolte 2020. Nous sommes donc satisfaits.

Les vignerons de la Vallée des Baux sont aussi conscients d’avoir été plutôt préservés du gel qui a touché de nombreuses régions et exploitations viticoles. Dans l’aire d’appellation, le sud des Alpilles n’a pas réellement été impacté par le gel. “Des domaines dans le nord des Alpilles l’ont été davantage. Mais il semble que leurs récoltes restent raisonnables sur le plan des quantités, d’après les échos.“ Sur une année normale, les rendements des vignerons de la Vallée des Baux sont assez faibles et se situent en moyenne autour de 35 hl/ha. Le cahier des charges de l’appellation les limite dans tous les cas à 50 hl/ha. Ce que personne n’atteint d’ailleurs.

La qualité des raisins récoltés semble donner toute satisfaction aux vignerons des Baux. “Quelques vignes ont cependant été touchées par le ver de la grappe, ce qui a quelques fois nécessité des tris relativement importants, surtout sur la syrah. Mais rien d’alarmant“, rassure la vigneronne.

Dans les caves, le travail qui attend les vignerons et leurs œnologues sera certainement un plus complexe, en raison de l’hétérogénéité des maturités. Sur les syrahs notamment. Mais cela dépendra des terroirs et des parcelles de chacun. Au Mas de la Dame, tout va bien pour le moment. Peut-être une ou deux cuves un peu plus fragiles, à surveiller de près, mais rien d’alarmant. “Les équilibres arômes / fraîcheur sur les blancs et les rosés sont vraiment bien. Et les vins rouges très prometteurs“, assure caroline Missoffe. 

Emmanuel Delarue

 


Viticulture