La Bière de Provence : vers un vrai ‘terroir’ pour la production locale

Publié le 30 août 2022

Le collectif brassicole de ‘La bière de Provence’ œuvre à la structuration des filières houblon et malt d’orge en région. (© TN)

Mise en route pour promouvoir la bière artisanale, l’association ‘La bière de Provence’ voit aujourd’hui plus grand. Produire du houblon et du malt d’orge – pour alimenter les brasseries régionales qui se multiplient – est maintenant l’objectif de ce collectif brassicole.

L’association ‘La bière de Provence‘ fête cette année ses dix ans. C’est l’histoire d’un collectif de quelques brasseurs artisanaux, désireux de valoriser ensemble la brasserie artisanale auprès du public. Notamment au travers d’opérations festives et d’évènementiels comme ‘Provence bière connexion’, un festival de brasseurs qui se tient à Marseille. Ces pionniers auraient pu en rester là. Il est vrai que le nombre de brasseries artisanales était, il y a dix ans, plus réduit et localisé dans les villes les plus importantes de la région, ou sur le littoral. Mais à partir des années 2015, elles ont commencé à se multiplier. On compte désormais pas moins de 130 brasseries artisanales professionnelles identifiées et en activité aujourd’hui. Et le rythme reste soutenu dans tout l’Hexagone. En 2019, le Syndicat national des brasseurs indépendants estimait que, chaque semaine, cinq nouvelles brasseries artisanales se créaient en France. Mieux ! Le confinement n’a pas eu raison du boom des brasseries artisanales.

À l’heure actuelle, elles se déploient surtout dans les campagnes, dans les arrière-pays des Alpes-de-Haute-Provence ou des Hautes-Alpes notamment. “Au départ, ce sont souvent des amateurs qui se lancent, ou des personnes en reconversion professionnelle”, explique Thomas Narcy, chargé de mission de l’association.

Créer de nouveaux produits, se lancer dans une démarche qui a du sens, autour des produits du terroir… Autant d’enjeux que l’association s’est mise à voir d’un autre œil. “Beaucoup de brasseurs sont aussi frustrés de devoir travailler avec des ingrédients qui ne sont pas locaux, à commencer par le houblon et le malt d’orge”, explique Thomas.

De fait, l’attente des brasseurs est clairement, aujourd’hui, de pouvoir travailler avec des orges brassicoles et des houblons cultivés régionalement. Un constat qui fait inévitablement évoluer les vocations de l’association : outre la promotion des savoir-faire de la brasserie artisanale locale et le travail sur les circuits courts, le collectif soutient désormais l’émergence d’une filière agricole régionale, pour couvrir les besoins de tous ces nouveaux entrepreneurs.

Dans ce sens, ‘La bière de Provence’ s’est notamment rapprochée d’Agribio 04 et du Groupe de recherche en agriculture biologique (Grab), qui ont identifié cette production comme un débouché porteur pour les agriculteurs de la région. 

 

Déjà six hectares de houblon

Un premier projet cible, depuis 2019, l’expérimentation de la culture du houblon en climat méditerranéen. Sept parcelles tests ont été suivies pour confirmer l’intérêt de la culture et affiner les itinéraires culturaux. Le climat, le sol, les variétés ont été passés au crible, et les résultats sur le houblon – une culture qui demande entre trois et quatre ans pour entrer en production – sont encourageants. Le collectif va chercher aussi conseil et expertise auprès de producteurs espagnols, pour accompagner les néo-houblonniers dans la mise en place des cultures, le suivi des récoltes et sur la qualité des productions.

Des brassins tests et des dégustations ont aussi été réalisés entre les brasseurs de l’association et l’IFCO, l’Institut spécialisé dans la formation professionnelle des métiers de la vigne et du vin : ce dernier est membre de l’association et a développé une branche biérologie. Avec l’expertise de biérologues, les recettes s’améliorent, et la saison 2021 offre des résultats vraiment appréciables.

Au-delà de la phase de tests, plusieurs houblonnières conséquentes se sont depuis installées dans la région : à Forcalquier et Reillanne, dans les Alpes-de-Hautes-Provence?; à Callian, dans le Var?; ou encore à Cabrières-d’Aigues, dans le Vaucluse.

Dix houblonniers sont aujourd’hui répertoriés dans l’association, avec des profils distincts : on trouve ainsi des brasseurs paysans, qui se lancent dans la production pour plusieurs d’entre eux, mais aussi des agriculteurs diversifiant leur production céréalière.

L’association recense actuellement six hectares cultivés en bio, soit un potentiel de production de sept tonnes de houblon. À titre de comparaison, la production française représente 505 ha en 2020 pour un volume de 822 t, la France arrivant ainsi en 10e position sur l’échiquier mondial. Cette production est fortement concentrée en Alsace (465 ha). 

 

Une malterie régionale en gestation

Si le houblon apporte toute la dimension aromatique de la bière, le malt a son rôle à jouer, notamment pour donner le corps et apporter l’alcool au produit. Disposer d’un malt d’orge local est aussi intéressant pour la proximité de l’approvisionnement.

Parmi ses projets, l’association envisage ainsi de créer une malterie sous forme de SCIC (Société coopérative d’intérêt collectif, ndlr), un outil dimensionné pour fournir les brasseurs régionaux. Une initiative qui rentre dans le cadre d’un projet de structuration de filière régionale ‘Orges-malts-bières’, portée par la Coopération Agricole Sud. Comme le précise Thomas Narcy, “le projet associe aussi des acteurs essentiels comme Agribio 04 et Arvalis, et vise l’expérimentation et l’accompagnement de la culture de l’orge brassicole localement”.

Pour enclencher la vitesse supérieure avec de telles ambitions, le collectif brassicole s’est assuré de recueillir les attentes des brasseurs. Une enquête – conduite l’an dernier auprès de 70 brasseries régionales – a évalué l’opportunité et la faisabilité de créer une malterie dans la région. Tous sont intéressés par la démarche d’un approvisionnement local sur le malt d’orge et, d’après le sondage, les besoins peuvent rapidement doubler.

Sur le marché du malt d’orge, la France est pourtant le 3e producteur mondial à destination des brasseries industrielles. C’est aussi le premier exportateur mondial. “Mais la production n’était, jusque-là, pas organisée pour fournir de petits producteurs. Pour l’instant, les petits brasseurs régionaux s’approvisionnent essentiellement en Belgique. La malterie artisanale s’est également bien développée en France. Une dizaine de malteries fonctionnent sur ce schéma. Mais pas encore dans la région. Une toute petite existe cependant dans la vallée du Jabron, mais elle n’est pas dimensionnée pour fournir les petits brasseurs artisanaux de la région”, détaille le chargé de mission.

Reste que le marché sur la région existe bel et bien, et le collectif espère donc créer un outil qui, progressivement, soit capable de produire 1 500 t de malt d’orge. Plusieurs coopératives céréalières de la région observent attentivement le projet. La céréale serait aussi bien valorisée, puisque l’orge brassicole bio est, à l’heure actuelle, payé autour de 450 € la tonne pour celui qui l’a produit. Dans le cadre du projet, Agribio 04 suit déjà une douzaine de parcelles de cultures d’orge brassicole, soit 30 ha, avec des rendements qui avoisinent les 30 q/ha. 

Emmanuel Delarue


Au-delà de la phase de tests, plusieurs houblonnières conséquentes se sont installées dans la région. Dix houblonniers sont aujourd’hui répertoriés dans l’association. (© TN)

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