La Coopération Agricole Sud : quand les défis se multiplient

Publié le 12 juillet 2022

Pour André Bernard, et Franck Lehuédé , aux côtés de Stéphane Honorat, les consommateurs restent majoritairement favorables au local et à la proximité (© E. Delarue).

Dans un contexte de superposition des crises, les coopératives veulent apparaître comme les garantes solidaires d’une alimentation durable, tout en répondant aux défis climatiques et sociétaux.

Avec le réchauffement climatique, la question de la sécurité alimentaire et la capacité de la production à répondre à la demande sont au centre de tous les grands débats actuels. Ces deux thématiques prégnantes pour le monde de la coopération agricole étaient le fil conducteur de l’assemblée générale de la Coopération Agricole Sud (LCA Sud), qui se tenait le 27 juin à Lambesc.

Si le défi alimentaire ne peut se résumer à une seule question d’offre ou de production agricole suffisante, l’inflation globale des coûts de production, la volatilité des marchés et les difficultés d’approvisionnement l’handicapent pourtant sérieusement.

Nous traversons une situation complexe et préoccupante, sans réelle visibilité, avec un véritable risque de rupture d’approvisionnements sur certains segments de production. De ce fait, un des enjeux est de contribuer à restaurer, dans ce contexte difficile, la souveraineté alimentaire, tout en relevant le défi du changement climatique et des transitions agroécologiques”, affirme pourtant Stéphane Honorat, président de la Coopération Agricole Sud. Des sujets, vitaux pour les filières et les territoires, qui sont aussi au cœur de l’action coopérative au plan national. “Notre objectif est de développer la compétitivité de nos entreprises, d'accompagner leur transition écologique, mais aussi leurs performances au plan économique, social et environnemental, sans dogme ni opposition des différents modèles agricoles entre eux”, ajoute Dominique Chargé, président de la Coopération Agricole.

Face à un éclatement du paysage économique, climatique et géopolitique – mais également à une instabilité politique intérieure qui aura forcément un impact sur le secteur agricole –, le président national appelait aussi les coopérateurs à “rester unis et cohérents dans les actions de lobbying en région”.

Pourtant, face à la crise actuelle, “difficile d’être en capacité de produire, de nourrir et de faire face aux dérèglements climatiques”, commentait Bénédicte Martin, vice-présidente de la Région Sud. Mais les coopératives peuvent compter sur l’institution. Sa représentante précisait que, si la politique agricole de la collectivité allait devoir établir des priorités, “nous allons les assumer autour de l’urgence climatique et de l’hydraulique comme premier pilier”, ajoutait-elle.

Dans le cadre des financements de modernisations des investissements, la présidente de la commission agricole rappelait aussi la volonté de la Région “d’accompagner les exploitations agricoles à se doter d’outils de prévention. Et, face au risque climatique, la recherche et l’expérimentation restent tout aussi prioritaires”.

En première ligne

Avec leurs spécificités et leur mode original de gouvernance, les coopératives agricoles de la région se positionnent en première ligne pour répondre à ces défis multiples. Et comme le rapportait Stéphanie Pons, directrice de la structure, celles-ci peuvent s’appuyer sur le regroupement de moyens, de compétences et sur une écoute renforcée des besoins des adhérents.

Au cours de l’année écoulée, la Coopération Agricole Sud a poursuivi ses actions spécifiques de développement des entreprises, en particulier en matière de conseil apporté aux coopérateurs, de formation et d’accompagnement juridique. Elle s’est employée à renforcer l’efficacité économique et à encadrer leur engagement dans les démarches de management, de qualité et de gestion de l’environnement. Avec cet accompagnement global, la fédération a poursuivi aussi son travail de collecte d’informations, qui constitue une base de données générales et économiques par filière, nécessaire pour les futurs chantiers de la coopération. Un travail de terrain qui porte sur l’amélioration de la compétitivité et le développement de stratégies dans chacune des filières, pour améliorer le revenu des adhérents et la pérennité des métiers.

Émergence d’une filière brassicole

Projet parmi d’autres, en particulier concernant la valorisation par les segments de niche, après l’action engagée autour du pain 100 % Sud ‘Lou Pan d’Ici’ – qui rassemble avec succès coopératives céréalières, meuniers et boulangers pour s’adresser directement au consommateur final –, un nouveau projet similaire est lancé. “Les brasseries artisanales locales sont en plein essor. Un projet ‘orges, malts, bières’ est en cours de structuration, et nous envisageons la création d’une filière régionale brassicole. La première étape serait l’installation d’une malterie”, rapporte Nicolas Garcin, fondateur de 'La brasserie artisanale de Serre-Ponçon'. Sur la question de l’approvisionnement local des brasseurs, Arvalis, Agribio 04 et plusieurs coopératives ont déjà commencé à travailler ensemble sur la production d’orge.

Aider les coopératives à développer des circuits de commercialisation alternatifs à la grande distribution est l’un des autres chantiers menés par LCA Sud. Cet appui au ‘sourcing local’ a abouti, par exemple, à l’élaboration d’un catalogue recensant des produits coopératifs régionaux pour les magasins de vente directe coopératifs (caveaux, jardineries, moulins). Ce catalogue regroupe 150 références et près de 40 points de vente coopératifs. Selon les besoins des coopératives, des déclinaisons seront réalisées pour les industries agroalimentaires souhaitant se sourcer régionalement, pour la restauration hors domicile et pour la grande distribution, afin de mettre en avant les produits issus des coopératives régionales.

De nouvelles préoccupations chez les consommateurs

Pour répondre aux attentes sociétales, la Coopération Agricole Sud s’investit aussi sur tous les vecteurs de différenciation et de valorisation que sont les Signes d’identification de la qualité et de l’origine (Siqo). Pour faire émerger et porter des projets, elle a notamment travaillé sur la mise en commun de ressources humaines. Et parmi les projets portés figurent la mise en place d’un Label rouge, pour la semoule de blé dur, et l’exploration de la piste d’une IGP, pour la culture du blé dur.

Alors certes, si avec 2020 et 2021 le secteur agricole avait observé – avec satisfaction – une prise de conscience de l’importance de l’alimentation et de son lien au territoire chez les consommateurs, la guerre en Ukraine bouleverse à nouveau la donne. Les préoccupations actuelles autour du pouvoir d’achat recentrent les priorités des consommateurs. Et, sur certains réseaux commerciaux de proximité, on constate qu’ils ne sont pas aussi présents depuis le début de l’année. “Mais il ne faut pas désarmer. La proximité aura toujours une valeur”, rétorque André Bernard. Pour le président de la Chambre régionale d’agriculture, il apparaît nécessaire de “modifier encore quelques paramètres, d’adapter nos circuits courts, de mieux communiquer par le numérique et de construire collectivement des systèmes de circuits courts performants”.

Les efforts des agriculteurs sur ces démarches de valorisation présenteront toujours un intérêt fort dans la valorisation finale des produits en circuits courts. Et la coopération est tout à fait légitime pour les porter. En dépit d’un certain repli observé sur le local et le bio, “une très large majorité des Français reste favorable à ces productions. Et le local résiste mieux”, commentait Franck Lehuédé, du Credoc. Reste à savoir si ces modifications dans les comportements de consommateurs ne sont que conjoncturelles.

Emmanuel Delarue

 


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