La Roque-d’Anthéron : la coopérative ‘La Silvacane’ s’offre une deuxième jeunesse

Publié le 26 janvier 2021

Les barquettes pot-au-feu sont destinées à la grande distribution. Cette dernière représente 80 % du chiffre d’affaires du site (© Julien Dukmedjian).

À près de 60 ans, la coopérative ‘La silvacane’, implantée à la Roque-d’Anthéron, poursuit son développement, sous l’égide du groupe coopératif audois Arterris, qu’elle a rejoint en 2014. À l’origine tournée vers le conditionnement et la mise en marché de fruits produits localement, elle s’est, depuis plusieurs dizaines d’années, réorientée avec succès vers les légumes.

"La coopérative Silvacane avait besoin d’un nouvel élan. Sa reprise par Arterris lui a apporté le deuxième souffle dont elle avait besoin“, résume d’une formule Philippe Celhaiguibel, le directeur du site implanté à La Roque-d’Anthéron. Près de sept ans après la fusion effectuée entre ‘La Silvacane’ et Sud Céréales, suivie par l’absorption de cette nouvelle entité au sein d’Arterris, la coopérative spécialisée dans la production de légumes d’hiver (carottes, choux, navets...) a trouvé un nouveau souffle. “Avec cette opération, l’objectif d’Arterris était d’apporter des solutions alternatives aux producteurs de céréales, en leur permettant de se diversifier“, détaille Philippe Celhaiguibel, nommé depuis trois ans à la tête de deux implantations complémentaires du groupe coopératif audois : ‘La Silvacane’, d’une part ; et le site de Verquières, d’autre part. Ce dernier est situé au nord du département des Bouches-du-Rhône, à proximité de Cavaillon et du Vaucluse ; il est spécialisé dans la production de légumes sous serres froides et chauffées.

À l’échelle du groupe Arterris – 998 millions d’euros (M€) de chiffre d’affaires (CA), 25 000 adhérents et 350 000 hectares de productions végétales –, ‘La Silvacane’ pèse peu avec ses 25 adhérents et ses 20 M€ de CA. Pour autant, cette typologie de production a toute sa place dans la stratégie du groupe audois, comme le précise Philippe Celhaiguibel : “Nous voyons les légumes comme un moyen d’intensifier la production, notamment pour les petites et moyennes exploitations, en répondant aux nouvelles tendances de consommation et aux attentes des marchés. C’est pour cette raison qu’Arterris ambitionne de structurer cette filière et de l’implanter sur tout le territoire, afin de créer des débouchés, tenir les prix et développer un service technique de haut niveau“. Cette feuille de route s’est concrétisée ces dernières années par une augmentation du nombre de coopérateurs. Leur nombre a en effet doublé, avec en parallèle un rajeunissement des nouveaux entrants, la moyenne d’âge se situant désormais entre 35 et 45 ans.

Un bassin de production considérablement élargi

Cette croissance interne s’est accompagnée de la mise en œuvre d’une “politique de groupe“, afin de “créer une émulation interne“ et d’attirer de nouveaux adhérents, souligne Philippe Celhaiguibel. Plutôt que de s’appuyer sur des opérations de portage foncier, par exemple, afin d’aider les jeunes agriculteurs tentés par l’installation, la direction de ‘La Silvacane’ a préféré miser sur plusieurs leviers. Le premier d’entre eux est l’aide à l’investissement collectif, via le financement des outils de production, sur le modèle d’une Cuma. Semoirs et récolteuses ont ainsi été acquis par la coopérative, qui les met à disposition de ses adhérents. Le second levier est quant à lui financier, avec des prix de règlements attractifs pour les coopérateurs, “pour attirer de nouveaux producteurs“ note le directeur du site de la Roque-d’Anthéron. Des efforts ont également été entrepris au niveau du site industriel, “grâce à une optimisation des coûts de production“ et à une amélioration des rendements moyens depuis cinq ans, de l’ordre de 12 à 15 % sur l’ensemble des cultures.

Le bassin de production s’est lui aussi considérablement agrandi et couvre désormais une zone de 100 km environ autour de La Roque-d’Anthéron, incluant les départements des Bouches-du-Rhône et du Vaucluse, mais également ceux du Var et du Gard. Quant au profil des producteurs, la diversification est fortement encouragée. “Outre le maraîchage, nos coopérateurs produisent le plus souvent des grandes cultures, des semences et de la vigne“, précise Philippe Celhaiguibel. “Nous leur amenons de la sérénité et de la visibilité, à travers un accompagnement technique, financier et commercial, des prix d’achat minimums garantis et une forme d’assurance récolte“ plaide ce dernier. il reconnaît toutefois qu’il est parfois compliqué “de convaincre des agriculteurs de se lancer dans le maraîchage, a fortiori en plein champ, quand bien même la part de risques est compensée par une rémunération attractive pour les agriculteurs adhérents“. C’est en effet un métier très pointu, avec des techniques d’assolement spécifiques, des rotations et des choix de culture primordiaux, le tout avec une marge d’erreur réduite.

Une gamme en augmentation

Depuis la fusion avec Arterris, l’outil industriel de ‘La Silvacane’ a été en partie modernisé, à travers notamment l’acquisition de trois trieurs optiques, en 2015 : ces derniers ont permis de réduire la part de main-d’œuvre nécessaire au volet tri et au calibrage des légumes. Avec une capacité de production de 10 000 tonnes par an, contre 6 000 t/an traités actuellement (6 000 t de carottes et 2 000 t de choux, radis, navets...), la marge de progression reste, il est vrai, encore importante. Mais des projets d’élargissement de la gamme (verticaux et horizontaux) sont à l’étude ou sont déjà mis en œuvre, “avec l’objectif de rester sur des marchés de niches“, indique Philippe Celhaiguibel. C’est le cas par exemple des barquettes de légumes pour pot-au-feu, déjà conditionnés sur le site de La Roque-d’Anthéron ; des carottes en sachet plastique ; ou concernant l’élargissement de la gamme de légumes, de l’apparition, depuis peu, des navets blancs, en sus des navets-raves ou noirs notamment. À terme, l’agrandissement de la gamme  devrait porter sur de nouvelles variétés de choux, de patates douces et de panais, pour lesquels des essais sont en cours.

Spécialisée dès sa création dans les opérations de réception, stockage/conservation – les chambres froides occupent une large part des 4 500 m² du site –, lavage, calibrage ou encore de conditionnement, la coopérative s’est associée à ‘Kultive’, pour la commercialisation de ses produits. Dans le cadre de ce partenariat, elle bénéficie de l’expertise de ‘Kultive‘ dans les domaines du marketing et de la vente, tout en bénéficiant de ses portefeuilles clients sur le territoire national et à l’international. Ces derniers sont, pour l’essentiel, des centrales d’achat d’enseignes nationales de la grande distribution – pour lesquels ‘La Silvacane’ produit notamment des légumes conditionnés sous forme de marques de distributeur –, mais aussi des grossistes comme Pomona, ou encore des collectivités, dans le cadre de la restauration scolaire et hors domicile.

La HVE en ligne de mire

Si le site de La Roque-d’Anthéron est en plein pic d’activité, celui de Verquières est au ralenti, en attendant de monter en puissance, avec l’arrivée des légumes de printemps et d’été : oignons, carottes botte, légumes-feuilles, concombres, aubergines, tomates, poivrons... Contrairement à ‘La Silvacane’, les légumes produits sous serre sont uniquement lavés, calibrés mais non conditionnés en barquette, puisque destinés à être commercialisés en vrac.

Spécialisé dans les fruits et légumes issus de l’agriculture conventionnelle depuis sa création, le site de ‘La Silvacane’ n’a pas vocation à évoluer vers le bio : “Une telle décision obligerait à remanier en profondeur l’outil industriel, avec le réaménagement des lignes de production“. Ce qui n’empêche pas une gestion raisonnée des intrants, en particulier les produits insecticides, grâce à des efforts entrepris pour l’introduction dans les cultures de la lutte intégrée, avec des comptages et des piégeages de ravageurs. Déjà certifié Global Gap, le site et ses coopérateurs devraient, en revanche, évoluer dans les prochaines années vers la certification Haute valeur environnementale (HVE), sous l’impulsion d’Arterris, qui l’a intégrée dans son plan stratégique. “D’une part, c’est un label qui a du sens pour nous, puisque l’essentiel de la production est commercialisé sur le marché français. Cela correspond, d’autre part, à une attente forte des consommateurs“, plaide Philippe Celhaiguibel.

Julien Dukmedjian

 

Contact :
Coopérative ‘La Silvacane‘ - 
Le Grand Pont - 13 640 La Roque-d’Anthéron - Tél. : 04 42 28 40 92

http://www.lepanierdelegumes.com/la-cooperative/presentation


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