Lavande et lavandin : les volumes au rendez-vous cette année

Publié le 07 août 2020

Lavande et lavandin, des productions ‘confidentielles’ dans les Bouches- du-Rhône, qui suscitent un intérêt qui va bien au-delà des frontières de la région provençale.

Les récoltes pour la lavande et le lavandin s’annoncent bonnes, voire extraordinaires cette année. Les conséquences sur le marché d’une saison abondante ne réjouissent pas pour autant tous les producteurs déjà peu ravis de voir l’engouement autour de leurs productions traditionnelles gagner du terrain.

Dans la filière des plantes à parfum, le lavandin est la principale culture en France. Elle représente une superficie de 21 000 hectares pour une production d’huiles essentielles de 1 300 tonnes en 2018. Plus de 70 % de cette production provient de la région Sud-Provence-Alpes-Côte d’Azur, et cible la parfumerie fonctionnelle, principalement les lessives, savons, parfums d’ambiance, etc. C’est un marché où la demande est forte actuellement. Mais le lavandin ne pousse pas qu’en Provence, et beaucoup d’agriculteurs de diverses régions s’y intéressent de plus en plus.

La lavande est produite sur 5 700 hectares en France, pour une production de 100 tonnes d’huiles essentielles. Comme pour le lavandin, 70 % de sa production se situe en région Sud. Elle concerne la parfumerie alcoolique et l’aromathérapie, dont la consommation est en hausse actuellement, mais doit faire face aussi à la concurrence bulgare, premier producteur mondial de lavande, avec 300 tonnes d’huiles essentielles. Sur ces deux cultures, la récolte bat son plein et les résultats sont pour l’heure prometteurs.

Acteur au sein de cette filière, la coopérative France Lavande assure la collecte des récoltes de plantes à parfum et plantes aromatiques d’une centaine de producteurs sur les départements de la Drôme, de l’Ardèche, des Alpes-de-Haute-Provence et du Vaucluse. Les débouchés de la coopérative sont principalement les huiles essentielles de lavandes et de lavandins. La coopérative en produit en moyenne 60 tonnes par an. La lavande et le lavandin sont récoltés, distillés et les produits commercialisés se destinent principalement à la parfumerie (95 %). 


“La récolte du siècle !”

Productrice dans la Drôme, Éliane Bres, la présidente de la coopérative France Lavande, est satisfaite du déroulement de la campagne. “Pour ce qui est de la lavande et du lavandin, les deux principales cultures de la coopérative dromoise, les rendements sont très bons cette année. Mais entre la haute montagne, où les rendements sont faibles, et en plaine, où ils sont beaucoup plus élevés, difficile d’évaluer précisément quels niveaux seront atteints, d’autant plus que les récoltes ne sont pas rentrées partout.” Il faut quand même attendre, puisque les écarts de rendement peuvent être importants même sur une même exploitation, mais pour certains lavandiculteurs, la récolte sera très bonne. Au sein de la coopérative, “le chiffre de + 30 % en volume par rapport à l’année dernière sur les mêmes parcelles est avancé par certains adhérents”. Et pour ce qui concerne la présidente, “ce sera la récolte du siècle !”.

Une bonne nouvelle pour la filière, car ces dernières années, les résultats n’étaient pas vraiment au rendez-vous pour les producteurs, avec des récoltes moyennes en quantité, mais valorisées par de très bons prix. “Ce ne sera pas forcément le cas cette année. Car il s’est planté de la lavande et du lavandin dans la France entière et à l’étranger, ce qui contribue à déstabiliser complètement le marché”, analyse la présidente.

Un point de vue que partage beaucoup de producteurs ‘historiques’. À Jouques, Éric Garcin dirige le Moulin Saint-Vincent, l’une des dernières distilleries de lavande et huiles essentielles des Bouches-du-Rhône. Il distille plusieurs plantes, dont la lavande fine et le lavandin sur une trentaine d’hectares. Mais il est aussi prestataire. Il coupe et distille le lavandin de producteurs situés dans les Bouches-du-Rhône et le Var, une centaine d’hectare environ. La campagne a démarré cette année comme d’habitude, mais les volumes sont plus importants que les années précédentes et les chantiers avancent doucement.

En lavande et lavandins, la récolte consiste à collecter la hampe florale constituée de la tige et de l’épi pour la distillation. Mais Éric Garcin travaille avec un espieur, une technique innovante identifiée il y a quelques années par la filière. La machine permet de ne récupérer que les fleurs et non pas les tiges pour réduire le volume récolté. La qualité de l’huile est aussi meilleure.

Il constate lui aussi que les rendements sont bons cette année, mais il tient à préciser qu’“il ne s’agit en réalité que d’une année normale, après plusieurs mauvaises années”.


Un marché très convoité

Sur son exploitation, ses rendements atteignent une centaine de kg/ha pour le lavandin sur une sole complète (jeunes et vieux plants, toutes variétés confondues), “ce qui est déjà pas mal”. Sur la lavande fine, les rendements sont beaucoup moins élevés, “autour de 40 à 50 kg/ha”, indique t-il. Ses productions et l’essentiel des parcelles qu’il coupe en prestation sont en bio. Éric Garcin vend une grosse partie de ses produits en direct dans son magasin, mais travaille aussi avec des laboratoires qui recherchent de l’hyper qualité. L’engouement autour de la lavande, il l’a lui aussi constaté et le dénonce non sans amertume aujourd’hui. “Certains plantent des lavandes dans de très bonnes terres céréalières ou maraîchères, et augmentent facilement leurs rendements. Tout est tellement simple aujourd’hui de produire grâce la mécanisation et l’irrigation de plus en plus présente en plaine, surtout quand le marché est attractif. Mais l’intérêt autour de la lavande et du lavandin s’estompera, quand les producteurs opportunistes vont voir les prix s’écrouler !”, lance-t-il vertement. Pour le producteur de Jouques, le problème est que “ce sont les producteurs traditionnels en coteaux qui ne peuvent pas faire pousser grand chose d’autre qui sont victimes de l’écroulement des cours”. Pour le lavandin, les prix étaient autour de 34 €/kg l’an dernier et cette année on parle de 22 €/kg. “Personne ne sera gagnant, sauf les acheteurs et les industriels”, conclut Éric Garcin. 

Emmanuel Delarue


“Certains plantent des lavandes dans de très bonnes terres céréalières ou maraîchères et augmentent facilement leurs rendements”, souligne Éric Garcin, distillateur à Jouques, qui craint un effondrement des prix avec les volumes produits. “Ce seront

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