Le Cellier Saint-Augustin rayonne à l’export

Publié le 13 juin 2022

Située au nord de l’appellation Coteaux d’Aix-en-Provence et à la lisière des Alpilles, la cave coopérative de Sénas exporte la majorité de sa production de vins rosés, tout en conservant un ancrage local, via son caveau de vente.

“Nos prédécesseurs, à la tête de la cave coopérative, avaient choisi de s’orienter vers le vrac, plutôt que la vente de vins conditionnés en bouteilles. La récente hausse du prix des emballages – verres et cartons – nous conforte dans l’idée qu’ils avaient fait le bon choix”, tranche Guillaume Fabre, vice-président du Cellier Saint-Augustin et arrière-petit-fils du fondateur de la structure. Près d’un siècle après sa création (elle fêtera son centenaire en 2025), la cave coopérative vinicole de Sénas maintient donc une stratégie qui était sans doute en partie dictée par la position géographique de la commune, à l’écart des flux touristiques, mais qui s’est révélée payante depuis l’essor du rosé de Provence, sur le marché national et à l’export. Près de 90 % de la production annuelle de vin rosé – essentiellement en AOP Coteaux d’Aix-en-Provence – sont désormais destinés au négoce et expédiés principalement vers le marché américain.

S’il bénéficie aujourd’hui d’une conjoncture favorable, le Cellier Saint-Augustin a, en revanche, traversé des zones de turbulences par le passé. Notamment dans les années 1970-1980, marquées par des campagnes d’arrachages de vignes dédiées à la production de vins de table et une baisse de la production. La situation a encouragé les dirigeants de la cave de La Capelette – l’actuel caveau de vente à Sénas – et celle de Mallemort à fusionner, en 1982. L’opération a permis de mettre en commun les moyens financiers et l’outil de production – transféré dans une troisième cave, à Sénas – tout en contribuant à l’amélioration des techniques de vinification. Le Cellier Saint-Augustin a enfin, quelques années plus tard, intégré le Syndicat des vins des Coteaux d’Aix-en-Provence, puis celui des Vins de Provence. “C’est une décision essentielle”, juge avec le recul le vice-président du Cellier saint-Augustin : “Elle a eu un effet levier considérable, pour la promotion et la commercialisation de nos vins”.

Le choix de la polyculture

L’aire de production s’étend désormais le long de la Durance, formant un territoire délimité par les communes de Vernègues et Cazan, Salon-de-Provence, Eyguières, Orgon, soit 450 hectares de parcelles répartis sur plusieurs territoires (Luberon, Alpilles, Pays d’Aix) et aires d’appellation (Coteaux d’Aix-en-Provence et IGP Alpilles). Cette particularité explique en partie le profil atypique des coopérateurs, “dont la majorité est constituée de viticulteurs, mais aussi d’arboriculteurs (pêches, poires, pommes, ndlr) et/ou de maraîchers” explique Guillaume Fabre. Ce choix de privilégier la polyculture amène une grande disparité dans la taille des surfaces de vignes cultivées (de 0,50 à 100 ha), comme de celle des volumes apportés à la coopérative. “95 % du volume annuel moyen, soit 30 000 hectolitres, sont assurés par une vingtaine de producteurs”, note le vice-président du Cellier Saint-Augustin. À l’heure où des mouvements de rapprochements s’opèrent dans certaines coopératives vinicoles de la région, d’une taille comparable, les administrateurs de celle de Sénas n’envisagent pas de telles opérations. “Notre objectif est de rester maître de la gestion de la coopérative et de conserver le mode de fonctionnement actuel, avec un volume de masse salariale raisonnable, à savoir une secrétaire, un caviste et son adjoint, auquel s’ajoute un personnel technique”, précise Guillaume Fabre.

Une stratégie de prudence qui n’exclut pas de la part des dirigeants de la structure, dont Laurent Chabert, son actuel président, une politique d’investissements ambitieuse, afin d’accompagner la montée en gamme et la modernisation de l’outil de production, réclamées par le secteur du négoce. “Nous avons réalisé d’importants efforts financiers sur les dix dernières années dans ce sens”, note le vice-président du Cellier Saint-Augustin : “Nous avons réalisé récemment la réfection des revêtements de l’intérieur des cuves béton acquis de nouveaux pressoirs pneumatiques, des filtres tangentiels, des outils de gestion du pH...” La prochaine étape concerne l’agrandissement de la capacité de stockage (35 000 hl), “proche de la saturation” selon Laurent Chabert. Celle-ci devrait être portée à 49 000 hl, dans les trois ans à venir, en deux tranches successives de 7 000 hl chacune et s’accompagnera de la construction d’un nouvel espace dédié, à l’arrière du bâtiment actuel de la cave.

Des vins multi-médaillés

Si le Cellier Saint-Augustin est majoritairement tourné vers le négoce et l’export, il n’en conserve pas moins un ancrage local fort, via son caveau de vente. Sa clientèle est constituée majoritairement des habitants de Sénas et des localités alentour, qui viennent y réaliser leurs emplettes : Bib, bouteilles et même vins en vrac à la tireuse. Il a aussi contractualisé avec plusieurs enseignes de la grande distribution, où ses vins sont présents dans les linéaires. Même si ces deux circuits de distribution ne représentent que 10 % du volume de production annuel, un effort important a été réalisé sur le volet qualitatif, comme en témoignent les récompenses remportées au Concours général agricole, aux Vinalies et à la Foire de Mâcon pour sa gamme de vins en bouteilles. Les cuvées ‘Lavande’ rosé (AOP Coteaux d’Aix-en-Provence) et IGP Alpilles Blanc ont ainsi récemment remporté des médailles d’or dans leurs catégories respectives. Autant de trophées qui constituent “une belle vitrine” pour la structure, savoure Laurent Chabert. 

Julien Dukmedjian

 


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