Le débit de la durance n’est plus suffisant

Publié le 27 juin 2022

Les services de l’État, la Commission exécutive de la Durance et les représentants de la profession ont évoqué, avec les producteurs, les différentes options à activer le plus rapidement possible (© E. Delarue).

La situation hydrologique, inédite cette année, sur le barrage de Serre-Ponçon a conduit la Commission exécutive de la Durance à mettre en place une restriction de 25 % sur l’ensemble des prises. Mais le débit en Durance n’est pas suffisant pour alimenter la consommation et le fonctionnement des canaux.

La situation hydrologique dans la Crau devient très préoccupante. Les projections de disponibilités en eau n’étaient déjà pas bonnes il y a quelques semaines. Mais tout semble s’être accéléré ces derniers jours. L’Union du canal commun Boisgelin Craponne, avec la Commission exécutive de la Durance (CED) et son comité des prises, avaient déjà alerté sur les faibles débits entrants à Serre-Ponçon au début du mois. Des restrictions applicables aux prélèvements sur l’ensemble des prises de la Basse Durance avaient, une première fois, été évoquées. Une nouvelle rencontre – qui s’est tenue ce mardi à Saint-Martin-de-Crau, en présence des représentants de l’État et du monde agricole – a dressé de nouveaux scénarios.

Un débit déjà divisé par trois au 15 juin

Pour le constat général, Fabienne Ellul, sous-préfète d’Arles, rappelait en préambule de la rencontre que l’ensemble des parties prenantes de l’eau en Durance avait déjà fourni des efforts pour faire face à la situation qui s’annonçait critique depuis plusieurs mois. “EDF a arrêté de turbiner de l’eau depuis le 15 février, malgré un contexte énergétique très porteur et des demandes fortes. L’eau agricole a été très fortement privilégiée. Le préfet a ensuite divisé par trois le débit réservé de la Durance, au 15 juin. Et le lac de Serre-Ponçon est actuellement à une côte inférieure de dix mètres pour permettre une activité touristique rendue difficile”, rappelle Fabienne Ellul.

Même discours de la part du président de la Chambre d’agriculture. À ceux qui avaient tendance à pointer du doigt une quelconque responsabilité du gestionnaire du barrage dans la situation de crise actuelle, Patrick Lévêque répondait que le manque d’eau n’était pas lié à l’activité du gestionnaire du barrage. “C’est à la fois le fort déficit du massif neigeux alpin, la très faible pluviométrie et le débit de la Durance qui ne permettent pas une irrigation normale. Nous avons des décisions à prendre, et le partage de l’eau doit se faire avec équité”, ajoutait le président de la Chambre d’agriculture, “conscient de l’urgence de la crise à gérer” mais qui réfléchit aussi à “anticiper au mieux celles à venir”. Les possibilités d’acheminer de l’eau de l’Étang de Berre vers la Crau sont, par exemple, une piste à l’étude avec les services d’EDF.

Le fonctionnement des canaux pénalisé par la restriction

Reste que, dans un tel contexte, le calme dans les rangs de la profession n’a pas été facile à conserver. Et pour cause : “La situation en Durance est inédite, et seuls les orages prévus à partir de la semaine prochaine pourraient changer la donne”, lançait Jérôme Grangier, le président de la CED, mardi matin.

À l’heure actuelle, les niveaux d’irrigation dans les champs sont insuffisants, tandis que les besoins actuels des canaux sont de 80 m3/seconde et le débit entrant à Serre-Ponçon est de l’ordre de 50 m3/seconde. “Mécaniquement, il n’y a pas assez d’eau rentrant à Serre-Ponçon pour alimenter les canaux. Cette situation s’est brutalement produite à partir de la semaine dernière”, indiquait Florence Verrier, directrice adjointe de la Draaf Paca.

Il y a quelques semaines déjà, afin d’anticiper les besoins en irrigation, la CED avait pris la décision d’autoriser l’ensemble des canaux à fonctionner à leur dotation maximale. “Mais nous avons constaté une ‘rupture’, qui nous a amenés à réexaminer la situation, le 17 juin. Nous avons pris la décision unanime de diminuer la dotation des canaux de la CED sur le Vaucluse et les Bouches-du-Rhône de 25 % en moyenne, c’est-à-dire au maximum possible sur un plan technique. Mais on s’aperçoit aujourd’hui que restreindre ainsi leur fonctionnement ne permet pas d’équilibrer la différence entre le débit naturel de la Durance et le débit de consommation des canaux”, détaillait le président de la CED. Concrètement, cette restriction de la dotation de 25 % se traduit, à certains endroits, par plus d’eau du tout ! Un constat qui a conduit la Commission à entamer la réserve agricole, avec l’autorisation d’EDF. Rappelons que la CED assure la répartition des eaux de la Durance entre le Vaucluse et les Bouches-du-Rhône, ainsi que la gestion de la réserve agricole de 200 millions de mètres cubes. Cette dernière n’est, en temps normal et par convention, utilisable qu’à partir du 1er juillet.

La nappe de la Crau aussi menacée

Pour sécuriser les agriculteurs et conforter la production agricole départementale à l’avenir, une solidarité dans la gestion de l’eau, entre les usages et les bassins versants et entre l’amont et l’aval doit rapidement être instaurée. “Une gestion intelligente de la ressource, sans opposer les usages, doit impérativement s’organiser sur le territoire”, estime Céline Tramontin, présidente du SymCrau, le Syndicat mixte d’étude et de gestion de la nappe phréatique de la Crau. Mais, pour limiter la casse dans l’immédiat, la profession attend que l’État prenne ses responsabilités et fournisse des réponses claires. Pourrait-il prendre en charge un dépassement de la réserve ? “Sans compter que nos cultures sont pérennes et, faute de pouvoir irriguer, nous perdrons la 3e coupe de foin et la 4e à destination des animaux. Mais l’impact sur les cultures sera aussi à moyen terme”, lançait un producteur de foin.

La nappe de la Crau risque aussi mécaniquement de se retrouver dans une situation critique dans les semaines à venir. Des arrêtés devraient d’ailleurs être pris au plan départemental, pour que les restrictions ne pèsent pas uniquement sur les agriculteurs. Les maires et les collectivités devraient, sous peu, être sensibilisés par les services de la DDTM.

Pour l’heure, l’éventualité d’utiliser l’ensemble de la réserve agricole d’ici à la fin du mois de juillet se pose aussi, pour pouvoir sauver les coupes de foin. La proposition de la profession a été enregistrée par les services de l’État et doit être examinée par la CED.

Emmanuel Delarue