Le Puy-Sainte-Réparade : l’entraide pour avancer

Publié le 12 mai 2021

Laurent aux côtés de son grand-père, Claude. Deux générations d’agriculteurs et de tracteurs (@ E. Delarue).

Au Puy-Sainte-Réparade, l’entraide et la solidarité agricole sont au cœur de toutes les décisions de Laurent Dubost, vigneron coopérateur installé depuis deux ans. À son tour, il souhaite continuer à aider les jeunes et à transmettre.

Comme tous les viticulteurs de l’Hexagone, Laurent Dubost a passé une bonne partie de la nuit du 8 avril dans ses vignes, le gel n’épargnant pas ses parcelles, malgré l’installation de chaufferettes et les feux de bois allumés, qui auront peut-être préservé l’essentiel. Les parcelles de carignan et d’ugni, plantées la semaine précédente, n’ont heureusement pas été impactées. Mais le jeune viticulteur du Puy-Sainte-Réparade n’a pas le tempérament à se laisser abattre. Aussi, préfère-t-il retenir de ce triste épisode l’entraide qui s’est fait jour : c’est elle qui l’a poussé à se lancer dans le métier, l’a aidé à s’installer et, la semaine dernière, l’a aidé à lutter contre les températures négatives. Aujourd’hui, il se “satisfait déjà d’avoir fait le plein de ses deux parcelles en production, l’an dernier, et pense à ceux qui ont peut-être déjà tout perdu cette nuit-là”.

Il faut dire qu’entre la crise du Covid et le gel cette année, son démarrage dans le métier n’est pas des plus faciles. Laurent, 28 ans, est installé comme vigneron coopérateur depuis 2019. Il ne s’y destinait pas du tout. Son grand-père a pourtant été agriculteur toute sa vie : jusque dans les années 90, ce dernier développait la polyculture sur l’exploitation familiale. Cerisiers, pommes de terre, carottes ou encore melons sur près de 15 hectares côtoyaient alors la vigne. Les souvenirs du milieu agricole, Laurent les tiens de cette époque, quand il accompagnait son grand-père, durant les grandes vacances, pour aller vendre ses productions aux grossistes, du côté de Salon-de-Provence.

Un précieux soutien pour démarrer

Depuis, l’agriculture a beaucoup changé. Au fil des ans, l’exploitation familiale aussi. Les investissements ont cessé et les vignes de l’entreprise familiale ont été arrachées. En 2013 pourtant, le jeune homme a le déclic. “On avait les terres, un patrimoine, et on ne s’en occupait pas”, reconnaît-il a posteriori. Fraîchement installé à son compte comme jardinier paysagiste, Laurent s’était spécialisé dans les installations hydrauliques. Pourtant, son entourage bienveillant le pousse à se lancer dans la vigne, notamment Gilles Giordano – vigneron sur Rognes, président de la cave coopérative l’Hostellerie des vins de Rognes et ami de la famille – qui l’incite, l’aide et lui donne confiance pour prendre ce nouveau virage.

Sur l’exploitation familiale, quelques terres étaient en location, peu exploitées, avec quasiment plus de vignes, alors qu’une bonne partie des terres reste classée en AOP Coteaux d’Aix-en-Provence. Il reprend donc les parcelles et se consacre uniquement à cette production. Aujourd’hui, il a 4,3 ha en production (grenache et merlot), dont la moitié en AOP. Et, depuis deux ans, il essaie de planter deux hectares chaque année, au fur et à mesure de ses moyens. “Pouvoir atteindre 15 hectares de vignes serait idéal”, pour le jeune vigneron qui ne veut “pas d’employé ni de contrainte”, mais songe aussi à un peu de diversification, avec un petit verger d’oliviers, “une activité très complémentaire de la vigne”.

L’un de ses plus gros challenges aujourd’hui est de rattraper le temps sur les investissements. Il a démarré avec peu de moyens, le tracteur de son grand-père, un Ford 4600, toujours utilisé pour le travail du sol. Mais il a aussi compris la nécessité d’acheter du matériel neuf, “à commencer par un nouveau tracteur, parce que le deux-roues motrices c’est quand même délicat dans les dévers”.

Une vision du métier différente mais des valeurs partagées

De son grand-père, Claude, le jeune homme a appris beaucoup, même si leur vision diverge sur certaines approches. Sur l’arrosage des vignes par exemple. Laurent équipe tous ses plantiers au goutte-à-goutte quand les parcelles sont irrigables. Ce qui n’est pas tout à fait du goût de Claude. Pas plus que de l’herbe entre les rangs ! Mais c’est bien Laurent qui a aujourd’hui le dernier mot, même s’il est aussi pleinement conscient que son métier sera aussi celui d’un “gestionnaire, avec une approche bien différente de celles des générations précédentes, qui se décidaient à investir seulement quand elles avaient suffisamment les moyens”.

Comme ses prédécesseurs avant lui, Laurent se reconnaît tout à fait dans l’identité et les valeurs de la coopération viti-vinicole, et n’a d’ailleurs pas songé un seul instant à faire différemment. La solidarité agricole est au cœur de toutes ses récentes étapes dans le métier. Une mentalité qui plaît à Laurent, et que ce dernier a retrouvée aussi au sein de la Cuma Val de Caire, dont il est adhérent, mais aussi chez les Jeunes agriculteurs. Engagé dans le mouvement, il est aujourd’hui responsable de la filière viticole au niveau départemental et régional. Sans autre prétention, il se plaît à “défendre le métier et sa reconnaissance auprès du grand public”.

Transmettre à son tour

Beaucoup de sujets lui tiennent à cœur, comme la défense des bonnes pratiques agricoles. À l’échelle de son exploitation, il s’est déjà efforcé d’engager de bonnes relations avec son voisinage, d’expliquer ce qu’il fait et pourquoi (voir encadré). Sur d’autres plans, le jeune vigneron ne manque pas de projets. Dans l’immédiat, il vise l’obtention de la certification environnementale HVE de niveau III. Il souhaite aussi et surtout continuer à favoriser l’entraide et la transmission autour de lui, et encourage ses confrères agriculteurs à faire de même. À tous les jeunes, il a aussi un message : “N’hésitez pas à vous faire aider, à demander conseil. L’encadrement technique est très précieux, et il faut être solide sur ses bases quand on démarre”. 

Emmanuel Delarue

 

CONTACT Laurent Dubost : Ancienne route de Rognes au Puy, Le Puy-Sainte-Réparade

 

 



Une parcelle de syrah qui a, semble-t-il, résisté au gel du 8 avril dernier (@ E. Delarue).

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