Le recyclage des plastiques, une activité en crise

Publié le 02 juillet 2019

Pour continuer à utiliser les plastiques à usage unique en agriculture, une gestion exemplaire s’impose.

La seule destination des paillages plastiques de maraîchage est actuellement la mise en décharge. Une situation temporaire, qui appelle à la mobilisation.

La mutualisation des moyens voulue par les agriculteurs, les distributeurs et les industriels, a permis, ces dix dernières années, de consolider les filières de recyclage des plastiques agricoles usagers sur l’ensemble du territoire. Le dispositif de récupération – qui s'appuie sur l'implication des agriculteurs – permettait de traiter et de transformer la quasi totalité des films plastiques de maraîchage collectés dans l’hexagone. Mais ça, c’était avant le bouleversement, survenu fin 2017. La Chine – qui recyclait jusque-là 50 % des plastiques du globe – a décidé, en trois mois, de fermer ses portes, provoquant un tsunami dans le recyclage mondial du plastique. Les nombreux pays qui s’appuyaient sur cette solution ont été contraints de gérer leurs déchets du jour au lendemain.

Un effet ‘domino’

“Même si les plastiques d’Adivalor n’étaient pas traités en Chine”, assure Sébastien Souchon, délégué régional, “par effet domino, les recycleurs européens se sont retrouvés submergés de plastiques destinés à la Chine. Croulants sous la matière, ces industriels ont logiquement privilégié la qualité, et le plastique agricole a donc directement pâti de cette situation”, explique le délégué régional d’Adivalor.

La fermeture, début 2018, de l’usine Sopave, en Aveyron, spécialisée dans le recyclage des films de maraîchage, est l’une des conséquences de la position chinoise. “Cette usine traitait, depuis le début des années 2000, quasiment tous les plastiques du Sud de la France, soit 15 000 tonnes de films plastiques agricoles souillés par an”, ajoute Sébastien Souchon.

Dans le département des Bouches-du-Rhône, les agriculteurs ont alos connu une période de blocage pendant quelques mois, à partir d’octobre 2018. “Il y a eu effectivement un ralentissement des collectes d’Adivalor auprès des distributeurs, qui s’est accompagnée d’une augmentation des coûts de reprise. En revanche, la plupart des distributeurs ont compensé sur cette période les stockages, et les surcoûts liés à cette situation”, explique Rémy Mouton, conseiller recyclage et bio-énergies à la Chambre d’agriculture. Sur les exploitations, d’importants stocks de paillages usagés se sont accumulés. Mais, à ce jour, la situation de blocage s’est résorbée. Sous la houlette d’Adivalor, qui édite chaque année un cahier des charges précisant l’ensemble des conditions de reprises, les paillages sont normalement collectés.

Forte hausse des coûts de traitement

Les enlèvements n’ont d’ailleurs jamais cessé, précise le délégué régional d’Adivalor. “Les collectes de paillages et de films plastiques agricoles ne se sont jamais arrêtées depuis 2009. Les points de collecte ont même augmenté depuis. Dans le département, les structures (une quinzaine d’organismes) proposant des solutions de récupération ont continué, durant la ‘crise’, de collecter les déchets des agriculteurs. Ce que les agriculteurs ont perçu comme changement notoire dans le processus de collecte, c’est le prix”, indique le délégué régional d’Adivalor.

Le recyclage du paillage a toujours eu un coût. Mais, en deux ans, ce coût s’est envolé (+ 50 %). Jusqu’en 2017, il pouvait être compensé par la collecte de films de serre qui, eux, avaient de la valeur. Mais ce n’est plus le cas depuis début 2018. Et aujourd’hui, la proportion de paillage est telle, qu’il n’y a plus aucune compensation.

Si les paillages plastiques sont bel et bien collectés, “en l’absence de solution opérationnelle de traitement et pour le moment, la seule destination de ces paillages plastiques est la mise en décharge, à un coût de 125 € la tonne”, explique Rémy Mouton. La solution est temporaire, mais les sites commencent à saturer. De plus, les législations française et européenne actuelles incitent fortement à la mise en place de solutions de traitement du plastique.

Redonner de la valeur aux paillages

Invitée à réfléchir sur le problème, le 5?juin dernier, à Châteaurenard, la profession agricole a fait le point sur les pistes envisagées. “Il n’y a plus, aujourd’hui, de solutions techniques pour le recyclage des paillages plastiques. Cette situation est transitoire, et doit inciter la profession à mettre en place des outils, pour générer des plastiques suffisamment propres et recyclables. Nous devons collectivement redonner, reconstruire de la valeur à ces plastiques agricoles qui n’en n’ont plus”, commente Sébastien Souchon.

L’interdiction des plastiques à usage unique – produits pour lesquels il n’y aura pas de solutions de recyclage – semble être assurée. Plus que jamais, l’usage des plastiques qui ne seront pas collectés ou recyclés à 100 % est menacé.

Seule, la mobilisation de l’ensemble des acteurs – à savoir des agriculteurs, metteurs en marchés, industriels et distributeurs – pourra déployer cette gestion exemplaire des plastiques, dans l’objectif de continuer à les utiliser.

L’une des demandes d’Adivalor, formulées aux agriculteurs, concerne la qualité des paillages plastiques usagés collectés. L’objectif attendu est qu’ils contiennent moins de végétaux et moins de terre, “car au-dessus, de 50?% de souillure, il n’y a pas de solution technique sur le recyclage”, prévient Sébastien Souchon.

Emmanuel Delarue

 


Recyclage paillage récupération collecte déchets