Les Poulettes de Bazaine visent l’excellence

Publié le 13 août 2019

Ludivine Rique conduit l'exploitation en famille, avec sa mère.

Ludivine Rique et sa mère Martine élèvent des volailles en plein air depuis 15 ans. Après des débuts comme intégrateur pour Evialis, elles ont choisi de prendre leur envol et de s’en affranchir, en misant sur la vente directe et la qualité.

“Elles sont cocoonées nos poulettes” : l’exclamation de Ludivine Rique résume bien le sentiment du visiteur lorsqu’il se rend sur l’exploitation qu’elle dirige avec sa mère, ‘Les Poulettes de Bazaine’ à Mollégès, en plein cœur des Alpilles. Elles y élèvent près de 1?200?volailles en liberté sur 1,5?ha : des poules pondeuses et des volailles de chair (poulets fermiers, pintades) et à partir d’août des chapons et des dindes, destinées à être commercialisées pour les fêtes de fin d’année. Ni l’une ni l’autre ne sont pourtant issues du milieu agricole. C’est la passion pour ce métier d’éleveuses avicoles, conjuguée à “l’envie de travailler en plein air” pour Ludivine, qui amène Martine Bernaras à racheter une exploitation avicole en 2003. Il s’agit alors d’une rupture complète avec son précédent métier, puisqu’elle était auparavant gérante de supérette. Pendant près de 11 ans, elle est intégrateur pour Evialis. L’entreprise spécialisée dans la nutrition animale lui fournit des poussins Label Rouge qu’elle se charge d’élever, jusqu’à la phase d’abattage, soit un cheptel de 6?000?poulets. Ces onze ans lui laissent le temps de maîtriser l’élevage des volailles sur le bout des doigts, avant de se décider à quitter Evialis pour voler de ses propres ailes. “Ma mère avait le projet de poursuivre l’élevage avicole, mais pour son propre compte, en commercialisant œufs et volailles, via la vente directe aux consommateurs et aux restaurateurs” raconte Ludivine. Elle-même s’est essayée à d’autres métiers avant de rejoindre l’exploitation familiale en 2016, à 24 ans, après des débuts dans la coiffure et la vente. Elle apprend sur le tas et se forme, aux côtés de sa mère. “Nous avons le même caractère. Donc, c’est parfois orageux”, résume la jeune femme dans un grand éclat de rire. “Mais l’avantage, c’est que nous n’avons pas besoin de nous parler pour nous comprendre. En un regard, nous nous savons parfaitement ce que l’autre attend… ou ce qui l’agace”.

Une nourriture 100 % végétale

C’est donc en famille que mère et fille conduisent l’exploitation qui n’a guère changé depuis la réorientation prise en 2014. “Nous avons simplement choisi de ne pas poursuivre en Label Rouge, même si nous avons conservé des bâtiments d’élevage conformes aux exigences de cette certification” note Ludivine Rique. Avec quatre animaux au?m2, chacun d’eux peut s’ébattre à son aise sur les 1,5?ha clôturés de la ferme. Pintades et poulets s’y côtoient, après être sortis de la “pouponnière”, où les poussins sont réceptionnés entre 12 et 24 h après l’éclosion, en provenance du Gers. “Nous recevons chaque année 3?lots de 200 à 300?poulets cou-nu et 100 à 150?pintades de souche lourde” détaille Ludivine Rique. Après réception, les volailles sont nourries pendant cinq semaines avec un mélange de céréales sans OGM (blé, maïs, tournesol, orge et lin) réduites en farine. Leur menu quasi-inchangé pour la suite de leur croissance (les grains de céréales remplacent la farine), jusqu’à la phase d’abattage. Celui-ci s’effectue à partir de 16 semaines pour les poulets et 20?semaines pour les pintades. Poules et coqs pèsent alors environ 1,8?kg pour les premières et 2?kg pour les seconds. Quant aux pintades, si elles cohabitent parfaitement avec les poulets, leur élevage est plus délicat, surtout en phase initiale de croissance?: “Elles sont fragiles après la naissance?: il suffit d’une chaleur insuffisante pour altérer leur développement” précise l’éleveuse.

Plus de 200 chapons commercialisés pour Noël

Contrairement à une majorité d’élevage de volailles en plein air, une tuerie a été spécialement aménagée dans le bâtiment qui abrite également l’espace de vente, sur l’exploitation. Une option choisie pour plusieurs raisons :

“Il s’agit d’abord de réduire les coûts d’exploitation et d’éviter de réceptionner des volailles après abattage qui ne sont pas les nôtres, comme cela a pu se produire par le passé, avant que nous disposions de notre propre abattoir” explique Ludivine. Le dernier argument, enfin, est plus psychologique : “Cela rassure nos clients. Ils apprécient de constater que nous maîtrisons le cycle d’élevage quasiment de bout en bout”. Les ‘Poulettes’ ont pour cela investi dans un appareil qui tue l’animal par électrocution et dans une machine à plumer, pour optimiser les temps de traitement et de préparation. Les fêtes de fin d’année constituent un pic d’activité pour l’exploitation qui doit répondre à une très forte demande des particuliers, mais aussi de chefs cuisiniers de la région. En prévision, elles réceptionnent au mois d’août plus de 200?chapons (castrés et vaccinés) qui poursuivront leur croissance dans la ferme pour atteindre 3,5 à 5,5?kg en décembre. “Nous travaillons sur réservation, avec une clientèle d’habitués” note Ludivine qui est assurée ainsi de commercialiser l’ensemble de sa production de chapons. Outre la vente directe sur l’exploitation (le samedi matin), Ludivine Rique est présente sur plusieurs marchés de producteurs “qualitatifs” : le jeudi à Cavaillon et le dimanche matin au Coustellet, dans le Luberon. La qualité de leurs volailles y fait, selon elle, l’unanimité auprès des consommateurs : “Les clients apprécient la finesse de la chair et l’absence d’eau à la cuisson. Certains n’en reviennent pas que la viande tiennent à l’os !” sourit l’éleveuse. Elle propose aussi des œufs non calibrés, issus de ses pondeuses. Au-delà du goût, “les clients adorent quand il reste un peu de paille ou de la fiente dessus. Cela les change des œufs calibrés et d’une couleur uniforme qu’ils peuvent acheter en grande distribution” raconte dans un grand éclat de rire la jeune femme.

Julien Dukmedjian

 


La rusticité des poulets cou-nu leur permet de supporter les conditions caniculaires enregistrées cet été.

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