Les Vignerons de Mistral : La cave de Berre fait peau neuve

Publié le 12 septembre 2022

Fabien Girandola est le président des Vignerons de Mistral depuis l'année dernière (© E.Delarue).

Pour s’adapter au marché et mieux répondre aux attentes des consommateurs, la cave coopérative des Vignerons de Mistral s’est lancée dans une vaste politique d’investissements avec, à sa tête, un nouveau et jeune président.

Au cœur de la Provence vigneronne, l’histoire de la cave coopérative de Berre est intimement liée à celle de la famille Girandola, implantée sur les rives de l’Étang de Berre depuis quatre générations. L’arrière-grand-père de Fabien en est d’ailleurs un des fondateurs. Et, depuis une petite année, le jeune vigneron de 37 ans a récupéré, à son tour, la présidence des Vignerons de Mistral.

Sur Berre-l’Étang, il est à la tête de 28 hectares de vignes et d’une exploitation qui a quasiment toujours fait de la polyculture, mais aussi de l’élevage. Son père avait développé pendant 12 ans, et jusqu’en 2020, un élevage de vaches Highland. Et, avant lui, son arrière-grand-père viticulteur élevait également des vaches laitières et des porcs, à destination de l’engraissement.

À la fin des années 2000, la structure familiale – orientée vers la vente directe – fonctionnait très bien. Mais avec plus de 80 bêtes en plein air intégral, l’activité élevage devenait aussi très prenante pour celui qui s’apprêtait à la reprendre. Quand son père part à la retraite juste avant le début de la pandémie de Covid, Fabien – déjà présent sur l’exploitation depuis 2005 – décide de se consacrer surtout à ses vignes. Et s’il a quelques amandiers et produit du fourrage, la vigne représente aujourd’hui 80 % de son chiffre d’affaires.

Ses nouvelles responsabilités de président de cave coopérative, Fabien Girandola y aspirait. Mais il ne les voyait pas forcément arriver tout de suite. Le souhait de l’ancien président, Gérard Ballatore,
de se mettre en retrait a en effet précipité le désir du jeune vigneron. Il pourra néanmoins encore compter sur l’expérience de son aîné, aujourd’hui trésorier de la cave. À ses côtés, la nouvelle équipe compte d’autres jeunes vignerons, âgés d’une trentaine d’années comme lui. Un atout que le président, qui veut aller de l’avant, compte bien exploiter.

Du nouveau dans le chai

Il a d’ailleurs pris en main une politique de développement assez ambitieuse, du côté des investissements notamment, avec l’objectif de se doter d’un outil de production plus performant.

La cave – dont le chai était jusque-là équipé de filtres à plaques – a fait l’acquisition d’un filtre tangentiel. Un audit de la structure est aussi prévu dans quelques mois, pour déterminer les objectifs et préparer un changement d’infrastructures. Des pressoirs supplémentaires et davantage de cuveries sont aussi souhaités. “On s’aperçoit que l’on est vite limité sur les années de grosse vendange, et nous réfléchissons à toutes les options possibles permettant de gagner de la place. Avec une capacité de 45 000 hectolitres, la cave a dû reloger 5 000 hectolitres par exemple cette année, tout en gérant aussi le stock vendu, mais pas encore retiré. En parallèle, l’ouverture d’un deuxième quai de réception –  qui existait auparavant – est également prévue”, indique le président.

La cave coopérative produit chaque année entre 15 000 et 20 000 hectolitres de vin IGP, pour 8 000 hl
en AOP Coteaux d’Aix, qu’elle commercialise essentiellement sur le marché du vrac. Deux caveaux de vente, sur Berre et Marignane, complètent bien l’activité et permettent d’écouler environ 8 000 bouteilles par an.

Objectif : la bouteille?!

“Le vrac fait partie de notre histoire. C’est un circuit qui représente moins de frais, moins de travail, etc. Mais notre souhait est de mieux valoriser notre produit. On s’aperçoit aussi que le marché du vrac s’essouffle un peu depuis deux ans, et l’on souhaite aujourd’hui dynamiser la vente sur la bouteille, au travers d’une politique commerciale un peu renouvelée”, rapporte le président.

Pour la première fois depuis le début de leur histoire, les Vignerons de Mistral viennent de se doter d’une responsable commerciale. “Elle aura la charge de gérer les deux caveaux de vente, de dépoussiérer l’habillage des bouteilles plutôt vieillissant, et de développer de nouveaux packagings. C’est un véritable travail de fond que nous engageons, tant sur le produit que sur la visibilité et l’image de la cave coopérative”, commente Fabien Girandola.

Les vendanges ont débuté juste après les pluies du 15 août cette année, le 17 août. Un début de vendange plutôt précoce, même pour la coopérative des Vignerons de Mistral qui n’avait jamais débuté avant le 21 août. Heureusement que la majeure partie du vignoble (environ 70 %) est à l’irrigation. Cependant, même les vignes arrosées ont souffert de la sécheresse atmosphérique ces derniers mois.

“Le raisin est sur la vigne, mais l’extraction des jus est complexe. Les grains sont beaucoup plus petits que la normale, la chair est épaisse et les degrés d’alcool sont aussi très élevés. Le rendement est, pour l’instant, plutôt faible”, observe le vigneron. “Mais, au niveau qualitatif, 2022 devrait être un bon millésime”, complète-t-il, un peu perplexe cependant sur les couleurs. “Les presses sont plus difficiles, c’est pour cela que l’on vendange très tôt. Mais avec l’investissement des nouveaux filtres tangentiels, on devrait arriver à mieux gérer cet aspect”, tempère-t-il. Les vendanges devraient s’étendre sur cinq à six semaines, mais après la grosse année de vendange 2020, durant laquelle la cave a produit 31 000 hl, et le gel l’an dernier, Fabien Girandola espère atteindre les 26 000 ou 27 000 hl cette année. 

Emmanuel Delarue


Un rosé emblématique de la gamme produite par la cave coopérative de Berre (© E.Delarue).

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