Lionel Escoffier : berger par conviction

Publié le 03 décembre 2019

Si ses cousins se consacrent à la production et à la commercialisation du foin de Crau, Lionel Escoffier est chargé d’élever les brebis, un troupeau de 1 700 bêtes.

Éleveur de Mérinos d’Arles depuis bientôt 20 ans, Lionel Escoffier, qui mène l’un des plus gros troupeaux du département, a multiplié les démarches pour valoriser la viande, la laine mais aussi au profit de la race.

C’est en évoluant dès son plus jeune âge, aux côtés de son père et de son grand-père, que Lionel Escoffier a appris à aimer cette race, adaptée à son territoire comme au pastoralisme. Et cela fait bientôt 20 ans qu’il élève des brebis Mérinos d’Arles aux pieds des Alpilles, du côté d’Aureille. L’éleveur s’est passionné très tôt pour ce qui représente, aujourd’hui, bien plus qu'un métier pour lui. Mais avant de s'installer, il a d’abord conseillé les autres, les éleveurs caprins et ovins notamment. Et c’est à la Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône, comme technicien dans la filière fromagère, qu’il a envisagé sa vie d’après. Une expérience de dix années qu’il ne regrette pas, et qui lui sont toujours utiles dans la gestion de son exploitation, et dans ses rapports avec ses salariés et stagiaires.Le pas dans le métier d’éleveur, il l’a véritablement franchi en 2002, au départ à la retraite de son père et avant que ses deux cousins ne le rejoignent, quelques années plus tard. Ils ne sont aujourd’hui pas de trop pour gérer une exploitation de 400 hectares. Si ses cousins se consacrent à la production et à la commercialisation du foin de Crau, Lionel, lui, a la charge d’élever les brebis, un troupeau de 1 700 bêtes. C’est l’un des cheptels les plus importants du département. 

 

Le créneau du bio

L’exploitation est conduite en bio, une démarche qui apporte à Lionel “la même revalorisation sur la viande que le Label Rouge de Sisteron”. Certes, les contraintes sont importantes, mais à la portée d’un élevage extensif comme le sien. Et même si les prix ne sont jamais assez élevés, Lionel ne se plaint pas du segment de marché sur lequel il se situe. Il faut dire que sur celui de l’agneau, “le bio constitue vraiment une niche”.La quasi totalité de la production du GAEC ‘Le Mérinos’, soit environ 700 à 750 bêtes à l’année, part à la coopérative ‘L’agneau soleil’, à laquelle adhère Lionel Escoffier. La quinzaine de producteurs bio de la structure négocie un prix sur l’année. Il a atteint 7 € le kilo en 2019, avec une plus-value qui a pu atteindre jusqu’à plus d’une trentaine de centimes d’euro le kilo autour de la période de Pâques. L’autre atout important des éleveurs de la région, sur ce marché, est qu’ils parviennent à tirer leur épingle du jeu “sur des périodes creuses avec, par exemple, des agneaux prêts à partir à l’abattoir quand les autres régions d’élevage n’ont pas encore de production”.

 

Fournisseur de brebis Label Rouge

En plus de la commercialisation des agneaux pour la viande, Lionel fait aussi de la sélection : il vend environ 350?femelles par an pour le renouvellement des troupeaux d’autres éleveurs, notamment des Hautes-Alpes, qui produisent exclusivement de l’agneau de boucherie. Lionel Escoffier est fournisseur de brebis pour le Label Rouge ‘Agneau de Sisteron’. “Mais la Crau a toujours été pourvoyeuse de femelles pour les zones de montagnes”, explique l’éleveur.Comme le reconnaît Lionel, “le contexte de l’élevage n’est pas très facile actuellement”. Les tensions sociétales sur la consommation de viande et le traitement des animaux se font de plus en plus ressentir dans la profession. Il y a aussi la prédation, qui rend le métier d’éleveur éprouvant. Aussi, Lionel a conscience des avantages de son sché­ma d’exploitation environnemental, où ses bêtes sont à l’extérieur toute l’année.Son métier, il l’adore, mais s’efforce aussi d’accorder du temps à sa famille. Un crédo qui l’a conduit à bien s’entourer et, surtout, à s’appuyer sur un berger, salarié à l’année, et un second, une partie de l’année. Actuellement, tout le monde est bien occupé avec la période des agnelages qui se termine, et le démarrage des engraissements des premiers agneaux. Ensuite, même si les questions sanitaires préoccupent l’éleveur toute l’année, ce sera le temps des prophylaxies et des déparasitages, puis des tontes en mars.

 

Le projet autour de la laine prend forme

Au printemps, Lionel n’aura décidément pas le temps de s’ennuyer, puisque le projet autour de la laine mérinos, mené en collaboration avec la Maison de la Transhumance, devrait enfin prendre forme. Le travail engagé depuis des années par le collectif pour la promotion du Mérinos d’Arles, que préside Lionel, va aboutir à la commercialisation d’une gamme complète de vêtements élaborés avec la fameuse laine. “Ce n’est pas avec ce débouché qui permettra, certes, de diversifier l’activité que l’on fera tourner l’exploitation”, confie Lionel Escoffier, qui y voit surtout “la concrétisation d’une aventure collective et l’émulation des éleveurs de la région autour de la race du Mérinos d’Arles”. Quoi qu’il en soit, en une dizaine d’années, “le prix de la laine Mérinos a pris près de deux euros du kilo”. Ce n’est pas pour déplaire à l’éleveur, dont la famille s’est toujours battue pour la promotion de la laine Mérinos, comme pouvait déjà le faire son grand-père, “à l’époque où elle ne se vendait pas”, conclut Lionel Escoffier. On l’a compris, pour le berger passionné et convaincu, le challenge est d’abord affectif.

Emmanuel Delarue


Dans la bergerie, la période des agnelages se termine et les engraissements des premiers agneaux démarrent.

Portrait Eleveurs Mérinos berger