Manifestation interdépartementale : “Défendre notre liberté d’entreprendre“

Publié le 28 février 2022

Le convoi des agriculteurs des Bouches-du-Rhône et du Vaucluse, parti de Gimeaux, a récupéré ceux du Gard pour aller manifester devant le Leclerc d’Arles (© E. Delarue).

À l’envolée des prix de l’énergie et des matières premières s’ajoutent l’empilement des contraintes administratives et les pratiques de la grande distribution, jugées déloyales. Pour les agriculteurs, la pilule ne passe plus. Mercredi 16 février, ils étaient plus d’une centaine venus de plusieurs départements à faire entendre leur colère du côté d’Arles.

Il y a quelques mois encore, la France entière louait leurs mérites et leur rôle essentiel dans notre société. Pourtant, ils ont de plus en plus de mal à vivre de leur métier. Et ils étaient très nombreux à exprimer leur exaspération mercredi 16 février, sur Arles. En cause ? L’envolée des prix des carburants et de l’énergie, les pressions croissantes de nature sociétale et administrative, ou encore le manque de protection de leur revenu. Pourtant, depuis plusieurs mois, la loi Egalim est censée mieux encadrer les négociations commerciales qui ont lieu chaque année entre grande distribution et industriels, pour fixer le prix des produits vendus dans les grandes surfaces. Face à cette situation qui plonge une nouvelle fois leurs exploitations dans le marasme, plus d’une centaine d’agriculteurs, et beaucoup de jeunes, se sont mobilisés. Ils répondaient à l’appel lancé par plusieurs syndicats professionnels des départements des Bouches-du-Rhône, du Vaucluse, mais aussi du Gard. Réunis pour la bonne cause, ces exploitants affiliés aux Jeunes agriculteurs, aux FDSEA départementales, à la FRSEA, au Comité du Foin de Crau et au Syndicat des riziculteurs ont mené une opération ‘coup de poing’ dans plusieurs points stratégiques.

Un premier groupe d’agriculteurs des Bouches-du-Rhône et du Vaucluse s’était donné rendez-vous le matin dans le secteur de Gimeaux. Là, le ton était donné. “Nous souhaitons vraiment marquer le coup sur la question des énergies, parce que la hausse des coûts pose de gros problèmes aux trésoreries de nos exploitations. Nous demandons de pouvoir utiliser le même GNR que les pêcheurs ou la marine marchande. Pourquoi n’y aurions-nous pas droit ? Nous demandons aussi une exonération de la taxe CSPE (Contribution au service public de l’électricité). Et puis il y a les contraintes environnementales avec les ZNT, entre autres, ou encore la baguette à 29 centimes... je pense qu’on l’a tous un peu en travers“, lançait Manuel Stoffel, rizicultrice, avant que la troupe ne rejoigne les collègues gardois à proximité du péage. Ensemble, les manifestants ont pris la direction du centre-ville d’Arles pour être reçus en sous-préfecture. Sur le parcours, la cinquantaine de tracteurs faisant partie de la troupe a donné lieu à d’importants blocages sur tout le secteur. Dans le calme et la bonne humeur, le cortège a fait une première halte dans la zone nord, au supermarché de l’enseigne Leclerc, histoire de dénoncer, bottes de paille à l’appui, l’attitude déloyale de la grande distribution.

Des contraintes qui s’empilent

Pour les manifestants, il ne s’agissait clairement pas du convoi de la liberté, mais plutôt “d’une manifestation pour défendre la liberté d’entreprendre“, précisait Patrick Lévêque. Pour le président de la FRSEA Paca, la mobilisation se devait aussi de dénoncer l’empilement des contraintes administratives et environnementales. “Il y avait les ZNT cours d’eau, mais les agriculteurs doivent faire aussi avec les ZNT riverains. Ne serait-ce que sur les cours d’eau, à l’échelle du département des Bouches-du-Rhône, ces règles feraient disparaître 2 800 hectares si elles étaient appliquées comme le demande, par exemple, France nature environnement. Si on y ajoute les règles ZNT riverains, la moitié de nos surfaces disparaissent. Notre département est miné par les règles Natura 2000, sur les ZNT, par les Trames Vertes, etc. L’écologie sentimentale a pris le dessus sur l’économie de notre département et, plus généralement, sur l’économie de notre pays. Nous sommes bien évidemment attentifs à la qualité de notre environnement, puisque nous y travaillons et en faisons partie. Mais pour rééquilibrer les enjeux, le combat est permanent.

La solution pourtant simple du gasoil détaxé

Sur le parcours de la manifestation, une station Total Énergie s’est aussi vue remerciée par le déversement du contenu de quelques remorques. Et, en fin de matinée, l’opération escargot prenait fin tout près du centre des impôts d’Arles. Une petite délégation était reçue dans la foulée en sous-préfecture, mais l’issue de la rencontre n’a guère enthousiasmé la foule, comme l’explique Thomas Chaullier, le président des Jeunes agriculteurs des Bouches-du-Rhône : “Nous avons pu exposer toutes nos problématiques, mais aucune solution immédiate ne nous a été faite. Il fallait s’y attendre. Les services de la sous-préfecture nous ont assuré de faire remonter nos doléances. Il est regrettable que le gasoil détaxé – une mesure rapide à mettre en place – ne nous ait pas été accordé. Cela permettrait de limiter un peu les hausses de coût aux agriculteurs, mais aussi aux consommateurs de payer moins cher les produits“.

Faute de solution probante et rapide de la part de l’administration, la pression et la frustration des manifestants sur le chemin du retour ont été quelque peu difficiles à contenir. Le convoi a voulu une dernière fois exprimer son mécontentement, en bloquant l’autoroute. “La situation n’est plus tenable. En particulier pour tous les jeunes qui se sont installés et qui se retrouvent dans des situations très délicates“, déplore le jeune agriculteur. Comme tous les agriculteurs présents ce jour sur Arles, et bien d’autres, le président des JA attend qu’une rencontre, cette fois au niveau national, permette d’avancer sur le dossier. “Si nous n’obtenons pas le carburant détaxé, nous sommes prêts à nous remobiliser“, lance Thomas Chaullier. 

Emmanuel Delarue


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