Marché : la France a une belle carte à jouer

Publié le 01 octobre 2019

Ombre au tableau pour les producteurs de pommes français cette année : la menace d’un Brexit dur. En effet, le Royaume-Uni représente, à lui seul, 23 % des exportations françaises de ce fruit, soit un peu plus de 100 000 tonnes chaque année.

La récolte est prometteuse, bien que l’été ait débuté sous les assauts de la chaleur. Perspectives de récolte et des marchés à consolider ou conquérir. Le point avec Didier Crabos, directeur de Cofruid’Oc.

Éric Charden n’imaginait pas un instant, en chantant “L’été sera chaud”, en 1979, combien il était dans le vrai. L’automne vient de frapper à la porte, mais l’été fait encore sentir sa présence. Et une présence avec lesquels les vergers français ont eu maille à partir. Si 2018-2019 a frappé l’esprit des producteurs en raison d’aléas climatiques importants et des conditions de récolte particulièrement dures, la nouvelle campagne 2019-2020 ne sera pas non plus oubliée de sitôt. En effet, si le printemps s’est montré clément, le début de l’été “a démarré dans une ambiance de feu. Pour nous, c’était le 28 juin, avec jusqu’à 46°C. Nous avons alors découvert le concept de pomme cuite sur l’arbre. Mais, fort heureusement, l’impact a été différent d’un verger à l’autre, et a touché plutôt les jeunes vergers peu feuillus et sur la face orientée ouest”, détaille Didier Crabos, directeur de Cofruid’Oc, coopérative dont la zone d’influence géographique s’exerce dans l’Hérault, le Gard, le Vaucluse, les Bouches-du-Rhône et les Alpes-de-Haute-Provence.

Résultat ? Si la récolte sera plus faible pour la variété Granny Smith, entre - 15 et - 20 %, en raison des quelques gelées du printemps, les premiers fruits cueillis sont de qualité, avec des taux de sucre à 11°Brix. Pour les autres variétés, dont la golden, “la récolte est prometteuse, même si l’on estime que l’on aura une perte de volume à hauteur de 10 %”, assure Didier Crabos. Pour la variété Gala, la qualité sera là “grâce notamment à la vigilance des producteurs sur la maturité des fruits et la couverture en eau durant tout l’été”, commente le directeur. Si le “ciel” ne fait pas de nouveaux “caprices”, les indicateurs seront au vert pour cette variété. Pour la reine des reinettes, la variété emblématique de la coopérative, la récolte, qui s’achève à la fin de ce mois, a affiché progressivement de bons résultats, et les fruits présentent un calibre supérieur à 2018. En revanche, les voyants sont plutôt à l’orange pour la variété Gala, car 38 % de fruits présentent un calibre inférieur à 70 mm. Pour les autres variétés (Pink Lady®, Joya®, Story®, nouvelle variété résistante à la tavelure, cultivée en partie en bio et en partie en ‘écoresponsables’), si aucun aléa climatique ne s’en mêle, la récolte sera bonne. On l’aura compris, la récolte est prometteuse, même si celle-ci subira une cure d’amaigrissement dans toute l’Europe. Et pour cause. Selon les chiffres dévoilés à Prognosfruit, la récolte de cette année devrait être la septième récolte la plus faible de la décennie, avec 10,5 millions de tonnes, ce qui laisse présager un retour à l’équilibre salutaire, après une campagne record en 2018-2019, avec des volumes sans débouché, des prix très bas et des pertes importantes en stockage.

 

Les atouts de la France

Entre une offre très diversifiée en variétés, une palette large de débouchés construits au niveau mondial (Asie, Moyen-Orient), des circuits très sélectifs, la force de démarches filières très structurées et valorisantes, au premier rang desquels Pink Lady®, et un marché français resté dans des bases de valorisation équilibrées, la France a, à l’évidence, plusieurs atouts dans sa manche. Reste qu’en ce début de saison, le démarrage est lent sur les marchés, en raison notamment d’un climat pas très porteur en matière de con­sommation. “À ce sujet, surtout pour ce qui est des nouvelles variétés, dans une contrainte d’espace rayon, chacun devra s’interroger sur la valeur ajoutée réelle pour le consommateur pour rentrer dans le cœur du public”, souligne Didier Crabos. Autre facteur freinant : le report des stocks des variétés (Golden, Jonagold, Braeburn). Une reprise plus dynamique des marchés devrait suivre, d’autant avec une belle récolte française proche de son plein potentiel.

Sur les marchés d’exportation, la France se montre performante sur les variétés Gala, Granny, Pink Lady®, Jazz®, Honey Crunch®, qui partent vers l’Asie et le Moyen-Orient, ainsi que dans l’Union européenne. Sur le marché français, “une part de la production est portée par des variétés typiquement françaises telles que la Belchard® Chantecler et la Reine des reinettes, et une autre part avec une variété telle que la Pink Lady® portée, elle, par une démarche filière très structurée”, détaille Didier Crabos. Quoi qu’il en soit, “le challenge que l’on doit relever sur tous les marchés, c’est la dynamisation de la consommation, très concurrencée par les fruits exotiques et les “berries” (baies), et le décrochage des jeunes générations”, ajoute-t-il.

 

 

Florence Guilhem

 

Les points d’interrogation qui subsistent

L’inconnu de l’effet Brexit pèse bel et bien également sur la filière pommes tant par rapport au taux de change de la livre, sa valeur pouvant fléchir, que par rapport à l’impact de la désorganisation des flux commerciaux. Autre élément de géopolitique, la réalité du blocage des exportations américaines par les taxes de rétorsion et un climat peu favorable au commerce, avec un report possible sur d’autres marchés. À ne pas sous-estimer, non plus, le retour de la production chinoise et l’impact sur le marché du jus concentré, avec un équilibre favorisé par la faiblesse de l’offre est-européenne. Par ailleurs, quel sera l’impact, au final, du débat sociétal sur les traitements phytosanitaires sur le marché français, particulièrement exposé à ce sujet, et où l’émotionnel l’emporte sur la raison ? Enfin, même si elle s’annonce prometteuse, la récolte finale pourrait évoluer dans un contexte climatique toujours plus compliqué. À suivre donc. 


Didier Crabos : “Le challenge que l’on doit relever sur tous les marchés, c’est la dynamisation de la consommation, très concurrencée par les fruits exotiques et les “berries” (baies), et le décrochage des jeunes générations.”

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