Maussane-les-Alpilles: la passion du mouton

Publié le 18 avril 2022

Victor Juglaret, avec quelques-uns des premiers agneaux du printemps nés le 20 février. Ils seront bientôt rentrés en bergerie pour la période de finition, qui dure environ un mois à un mois et demi ( E. Delarue)..

Sur leur exploitation à Maussane-les-Alpilles et Mas-Thibert, Victor Juglaret et sa famille, éleveurs ovins, ont trouvé un équilibre. La production de foin s’est développée, mais le cœur de métier reste ‘le mouton’.

Pour beaucoup d’éleveurs ovins de France et de la région, Pâques est traditionnellement une période d’activités accrue. Mais, chez Victor Juglaret et sa famille, éleveurs sur Maussane-les-Alpilles, “on s’efforce plutôt de lisser la productivité du troupeau sur l’année“. Associé depuis quelques années avec son père et son frère, le jeune éleveur de 29 ans est conscient de l’avantage de bénéficier, aujourd’hui, du travail de ses aînés.

Victor Juglaret est en effet issu d’une grande famille d’éleveurs. En 1951 son grand-père est descendu de Savoie pour s’implanter à Maussane et se lancer dans les moutons. “Avant lui, son père était dans les vaches laitières. Mais mon grand-père avait davantage la passion des moutons“, rapporte Victor qui en a, de toute évidence, hérité. “Le mouton et les prairies“, sont aujourd’hui ses deux métiers, et il fait partie de ces agriculteurs qui ont la chance de disposer de terres pour mener à bien leurs activités pastorales.

Des activités très complémentaires

Avec le souhait de pouvoir développer leur activité, les associés trouvent des terres sur la commune d’Arles et achètent ensemble une propriété à Mas-Thibert, en 2016. “Sur Maussane, les surfaces de la famille – enclavées entre la colline et le village – et les perspectives d’agrandissement étaient très limitées“, explique Victor. Forts de nouvelles surfaces et de nouvelles agnelles, leur cheptel se monte aujourd’hui à 1 700 brebis, ce qui représente déjà un bel élevage dans le département.

Comme l’explique Victor, les activités d’élevage et de production de fourrages sont très complémentaires. Une partie du fourrage produit est autoconsommée par les bêtes. Le foin produit à Mas-Thibert, qui bénéficie de l’appellation Foin de Crau, est en revanche vendu en totalité sur le marché.

Notre premier métier reste le mouton, mais la production du foin représente aussi, aujourd’hui, deux tiers du chiffre d’affaires de l’exploitation“, explique le jeune homme. Avec son père et son frère, l’activité familiale a ainsi trouvé son équilibre.

Les trois éleveurs disposent ainsi de 135 hectares de prairies permanentes et d’une quinzaine d’hectares de prairies temporaires, qu’ils labourent chaque année ou presque pour y implanter de la luzerne, du sainfoin, de l’orge, de l’avoine. Il ne s’agit pas de faire du grain, mais de nourrir les moutons sur la période du printemps, avant qu’ils ne partent en montagne. Le reste de l’année, les brebis sont à l’extérieur et pâturent dans les prairies de l’exploitation. Mais, comme la quasi-totalité des éleveurs du coin, Victor fait transhumer ses troupeaux l’été. Avec son père et son frère, ils ont d’ailleurs dans les montagnes savoyardes des surfaces en propriétés, et d’autres qu’ils louent.

Des périodes creuses, Victor n’en connaît pas vraiment. Excepté peut-être sur les mois de décembre et janvier. “En été, les brebis sont en montagne ; l’automne, c’est l’agnelage ; au printemps, on prépare les prés pour la saison, mais c’est aussi une période d’agnelage.“

Les naissances s’étalent pour les deux-tiers en automne, de septembre à novembre. Le reste au printemps, sur la période allant de février à avril. “Avec ces deux périodes de naissances, l’objectif est d’avoir des animaux à la vente plus ou moins toute l’année. Mais la nature fait qu’il y a automatiquement quelques trous“, explique l’éleveur.

Pour les combler, il faudrait faire vieillir les agneaux et les ‘finir’ plus tard. Mais l’éleveur et sa famille préfèrent vendre des agneaux jeunes, frais. “Et puis l’agneau, quand il est bon, il faut le vendre. Après, il prend du gras et perd en qualités gustatives“, ajoute Victor. Ce n’est pas du tout ce que le metteur en marché avec qui l’éleveur travaille, ‘Alazard & Roux’ à Tarascon, attend.

Sur Pâques, les Juglaret s’efforcent néanmoins d’avoir de l’agneau pour fournir leur acheteur. Mais le gros de leurs ventes s’étale de décembre et janvier, puis sur les mois de juin, juillet et août. “Sur 1 500 agneaux que l’on fait sur l’année, les trois semaines avant Pâques ne représentent finalement que 200 à 250 bêtes“, détaille-t-il.

Faire perdurer le travail d’engraissement

Dans le département, si un bon nombre d’éleveurs ovins se sont, ces dernières années, orientés sur la vente directe, Victor reconnaît que ce mode de commercialisation ne correspond pas vraiment au métier auquel il veut se consacrer pleinement. “Nous avons peut-être une trop grosse unité de production, et d’autres activités en parallèle. Dans d’autres configurations, certains parviennent à très bien valoriser leur produit. Mais en ce qui nous concerne, il faudrait chambouler toute notre organisation“, complète l’éleveur.

Victor est en revanche très heureux de pouvoir compter sur l’abattoir de Tarascon, un outil de proximité qu’il fallait absolument conserver“. Pour l’exploitation des Juglaret, il faut dire qu’il se situe à une quinzaine de kilomètres.

De moins en moins d’éleveurs ovins engraissent leurs animaux aujour-
d’hui dans la région. Par facilité ou confort de travail, ils préfèrent confier cette étape à d’autres, “en vendant leurs agneaux petits.“ Mais, pour la famille de Maussane, la finition des animaux est une philosophie. “C’est notre métier. On les engraisse chez nous et, quand on les livre, ils sont abattus et prêts à consommer“, indique Victor.

Il faut dire que le contexte actuel, avec un prix de l’aliment en hausse et le coût de l’agneau maigre qui peut être élevé, ne favorise pas le travail d’engraissement et de finition d’agneau. “C’est pourtant valorisant de contribuer à produire des bêtes qui seront nées, élevées, abattues et consommées localement. Et c’est tout ce que l’on essaye de faire perdurer“, commente l’éleveur. 

Emmanuel Delarue


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